L.'UMVERS
front, qui ooeupaH une K|;ne semidreulaire d*une beue et demie de développement.
«Par l'effet de cette manœuvre, l'aile gauche des Russes se trouverait tout a coup assaillie par Ney et par Davoust, chargés de commencer la bataille en attaquant les deux redans et la redoute de Séméonovskoîé qui couvraient le front de Bagration; en même temps, le mouvement de Poniatovski sur la vieille route de Smolensk tendrait à les tourner. L'action ainsi engagée, le yice-roi devait s*emparer deBorodino, menaçant alors le centre des Russes et leur oatterie principale de Gorki; et, pour donner plus de poids à cette grande diversion, l'empereur avait ajouté aux troupes d'Eu« gène le corps de cavalerie de réserve commandé par Grouchy, outre deux divisions sous les ordres de Gérard et de Morand (Mortonval).*» De cette manière, la droite des Russes, qui s'étendait depuis Borodino jusqu'à la Moskva, ne pouvait prendfre part à l'action, et si t'attaque des Français réussissait sur la gaudie des Russes et à leur centre, toute la droite de ces derniers se trouvait acculée à la Moskva, sans espoir de retraite.
La matinée était brumeuse; cependant le temps se leva, et Napoléon s'écna : « Voilà le soleil d'Austerlitz ! » Ce mot d'un heureux augure courut dans les rangs; aussitôt on lut aux sol* data la proclamation de l'empereur.
« Soldats !
« Voilà la bataille que vous avez tant désirée. Désormais fa victoire dépend de vous; elle nous est nécessaire; elle nous donnera l'abondance, de bons
Suartiers d'hiver et un prompt retour ans la patrie. Conduisez-vous comme à Ansterlitz , à Friedland , à Vitepsk , à Smolensk , et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée; que l'on dise de vous : Il était à cette grande bataille sous les murs de Moscou ! »
Aussitôt l'attaque commença contre Jes ouvrages qui protégeaient la gauche de Bagratîoo^ tandis que, pour dé-
tourner Pattentkm de Routomof ^ le corps de Delzons délogeait l'ennemi du village de Borodino. Les retranchements et les points fortifiés furent attaqués et défendus avec une égaie valeur; Compansest blessé; DupcAain le remplace, et, blessé lui-même, il cède le commandement au général Dessaix. Le marédud Davoust a son cheval traversé par un boulet; un Instant on le crut mort, mais il se relève et continue de donner ses entres. Dessaix est frappé à' son tour; Rapp ^i le remplace a le même sort uu pertes successives jettent quelque indécision dans le corps de Davoust ; N ej. Murât , soutenus par les West|rfiahens, font des efforts inouïs; la division Davoust redouMe d'ardeur; bientôt le redan et la flèche tombent au pouvoir des Français. Il restait encore la redoute de Séméonovski, que Koutousof n^ardait comme -la def de sa position.
Malgré la belle résistance de Bagration qu'apnaientdepuissants renforts, malgré nntrépidité et le sang-froid des généraux Ralevskoî, Barazdin, Dokhtourof , à neuf heures les Francis sont maîtres de la redoute.
Cependant le général russe, vovant que sa droite n'était pas inquiétée,' fait replier le corps de Bagbavout sur le théâtre de la bataille ; (Mtermann et la cavalerie de la garde russe suivirent ce mouvement et vinrent renforcer Dokhtourof. Alors la lutte devint générale; la grande batterie est enleva; le général Plauzonne y reçoit la mort ces braves ; Bonami , resté pendant quelque temps mettre de la position , est bkné
grièvement et fait prisonnier par Tyatchef, qui, secondé nar Ostermann et Dokhtourof , reprena la pontion et force la division Morand à retro^prader. Ce général revient à la charge secondé par Eugène , Gérard , Grouchy et Broussier. Les Russes reculent, abandonnantie plateau à Morand, mais ils restent maîtres de la grande batterie. La lutte se prolongeait terrible et indécise: Napoléon jugea nécessaire de faire avancer, pour soutenir Ney et Davoust, toute rartillerie de la réserve; la division Roguet remplaça le corps
de Junotj qui se porta à la drefile de Davoost.
« Il était près dé midi lorsque rem* pereur oommanda aux deux maréchaux et à Murât de ranimer le comlnt par uo effort vigoureux et général, et à Priant ^enlever les mines du village de SëméonoTskoîé où Tennemi tenait enoore. A cet ordre, le feu de nos batteries éclata sur toute la ligne avec un fracas épouvantable; celles des Russes rÎTaiisèrent d^activité. Les colonnes franeaises, infanterie et cayalerie, s'ébranlent et inondent la petite plaine en avant du village. Vainement la mitraille et les boulets ouvrent dans leurs rangs de larges sillons; elles se reforment à l'instant, et la masse avance toujours avec une constance héroïque , ofalet de l'admiration des ennemis euxmêmes (le colonef Boutoûrlin).
« Bagration iuge que le sort de la bataflle va se décider... il ordonne à ses troupes de charger l'ennemi qui menace oe les écraser : les Russes rébranlent à leur tour -et courent au devant des Français. De oe choc terrible entre deux masses égales en force , en bravoure, résulte une mdlée confuse , une sorte de lutte corps à corps , oà la victoire , après quelques moments dincertitude, semble pencher tour à tour pour Fun et l'autre parti. Mais bientôt Ba^ation tombe blessé d'une balle qui lui fracasse la' jambe; Saiut* Priest, un Français, son chef d'étatmajor, le remplace un moment; il est frappé; on l'emporte aussi. Plusieurs autres sont tués à la même place. Les Russes, sans direction, se déconcertent, ils ploient; les Français, au contraire, s^animent d'une nouvelle ardeur. «
Le village de Séméonovskoîé venait d'être emporté par Friant; la cavalerie de Nansouty, de Latour-Maubourg et de Montbrun, refoulait les colonnes russes, qui rétrogradaient lentement et en bon ordre derrière le village; si la garde impériale eût donné en oe moment, les Russes étaient perdus; le hasard leur vint en aide. Une diversion sur la gauche du vice-roi détourna fattention de l'empereur, qui détacha
sur le point qu'on croyait nenaeé la division Claparèdo; Eugène s'assura bientdt que cette attaque des Russes n'était qu'un coup de main sans danger réel; mais, pendant ces hésitations, Konovnitzin, qui remplaçait Bagration, avait eu le temps de rallier les troupes. L'armée russe concentrée
S résentait un front de mille toises, la roite appuyée à la grande route et la gauche au village de Psarévo. Rien n'âait encore décidé à l'extrémegauchc des Russes , où Toutchkof , renforcé de Baghavout , était aux prises avec Poniatovski et Junot. Les mouvements qu'on remarquait dans les lignes des Russes semblaient annoncer l'intention de prendre l'offensive; les généraux fran-
Sais conseillèrent , dit-on , à l'empereur e faire donner la garde; il crut pouvoir vaincre sans elle : l'événement prouva que ce fut une faute. Cependant de hautes considérations le tfétermi* nèrent : en arrière des lignes de Koutousof , il apercevait une masse compacte et immobile que Routousof semblait tenir en réserve : c'était la milice de Moscou, mal armée et incapable de combattre avec des troupes aguerries; mais Napoléon ignorait cette circonstance; il devait craindre aussi que de nouveaux renforts n'arrivassent à l'ennemi ; en faisant donner la garde, il exposait sa dernière ressource, et mettait l'ennemi dans le secret de sa détresse. D'ailleurs, pour dire ici toute notre pensée, la victoire de Borodino, en admettant qu'elle eût été plus complète, n'aurait point sauvé l'armée française; Moscou n'en eût pas moins été incendié, et les débris de l'armée russe , ayant pour auxiliaires les rigueurs précoces de la saison, eussent toujours suffi pour repousser
relques milliers de soldats éâiappés tant de fléaux et à la fureur des éléments.
Cependant la grande batterie des Russes, prise et reprise, est enlevée; Tygatcfaet\ qui la défendait avec intré-
Eidité, est fait prisonnier; mais Montrun et Caulaincourt tombent frappés mortellement, le premier au commencement de l'action , le second au seiu
L'UNIVERS
même de la victoife; le oorpede ]>okhtouffof , aasailli et enfoncé par le viceroi , se replie en désordre sur la droite des Russes. L'imminence du péril semble accroître l'énergie de Koutousof ; il veut à tout prix reconquérir sa position; l'armée entière s ébranle; mais toute l'artillerie française, tonnant à la fols, foudroie les premières colonnes. Les Russes alors s'arrêtent^ et leur feu répond à celui des Français : lutte terrible, où , de chaque côté, trois cents bouches à feu sillonnaient les rangs ennemis, où le courage, réduit à un dévouement passif, se bornait à attendre la mort , immobile à son rang. La cavalerie seule, engagée sur les flancs de l'armée, chargeait avec fureur, mais sans avantage marqué. Enfin Napoléon ordonne à Ney de s'avancer sous le feu des Russes et de déborder leur flanc gauche: le maréchal exécute ce mouvement décisif; les Russes reculent, mais rangés en bataille, et vont se reformer sur leur dernière li-
gne. Us avaient perdu en tués et en lessés près de quarante mille hommes. On assure que Koutousof , igno* rant encore toute l'étendue de son désastre, manifesta Tintention de recommencer le combat le lendemain; il occupait encore une position formidable, et avait conservé presque toute son artillerie* L'attitude imposante des Russes frappa Napoléon lui-même; il répondit à ceux qui lui conseillaient d'achever la déroute de l'ennemi : Eh ! H nous avons une bataille demain, que nous restera-t^il pour décider la fHetoireî S'ireût été mieux informé de la position deKoutousof , sans doute son génie n'eût pas hésité; mais dix mille morts et quinze mille blessés venaient de laisser dans les rangs de l'armée française des lacunes profondes.
Napoléon déclara que la bataille était finie. Ney reçut le titre de prince de la Moskva. L'intrépide maréchal devait vivre assez pour sauver les débris de cette armée naguère si brillante : il était réservé à la haine d'un parti de répandre sur le sol de la patrie le reste de ce glorieux sang. Cependant Koutousof, après avoir
ordonné Quelques dispositions défensives, ordonna la retraite, que protégea son arrière-sarde. Du 9 au 13 , Napoléon s'arrêta a Mmaisk. Koutousof, pour prix de sa belle conduite, fiit élevé â fa dignité de feld-maréchal ; sa résistance lut célébrée à Pétersbourg comme une victoire; mais à Moscou on connut bientôt toute la vérité. Rostopchin , gouver.neur de cette capitale , était entièrement dévoué aux Anglais ; habile à manier l'esprit de la popâace , il ne cessait de répandre des bruits mensongers sur les prétendus revers des armées françaises : il publiait que Napoléon venait' renverser les autels et anéantir le peuple orthodoxe; pour inspirer aux Russes le mépris de rennemi , il exposait à leurs veux quelques prisonniers débiles et exténués par les privations. Profondément blesse dans son orgueil national, il avait conçu un projet digne des dévouements anti^es, celui d'ensevelir Farmée victorieuse sous les ruines de la capitale. Comme il entrait dans ses plans d'attribuer rincendie de Moscou aux Français, il se prépara secrètement à cette œuvre de délivrance et de destruction. Il soumit aux mesures les plus sévères les étrangers qui lui étaient suspects, exila les uns et condamna les autres au supplice ignominieux du knout; enfin, pour arrêter Témigration, il fit défendre de quitter la ville sans sa permission. Les seigneurs s'éloignèrent malgré ses ordres; mais le peuple et les bourgeois, trompés ou retenus par la crainte, obéirent. Bientôt les convois de blessés russes, dont une partie était dirigée sur la ville, ne laissèrent aucun doute sur l'issue de la bataille de Borodino. Is 14, l'armée russe leva le camp de-Fili, et ses colonnes traversèrent Moscou avec une précipitation qui trahissait la crainte d'être at- • taquées au milieu de ce mouvement.
Koutousof, voyant qu'il ne pourrait défendre la ville, avait pris la résolution de tourner vers le sud , pour maintenir ses communications avec les corps de Tormassof et de Tchitchagof.
Alors Rostopchin, pressé d'exécuter son dessein donna ordre aux habi-
tants d'évacuer immédiatemeiit leurs demeurée. Rien ne eeal donner une idée du trouble et de la confusion dont se renifrftt la capitale* Les Moscovites cfaari^ient à la hâte sur des chariots ce qu'ils araient de p4us précieux; les plus pauvres se demandaient en pieu* tant où ils trouveraient un asile ^ et, par un instinct de conservation , ils se précipitaient à la suite des soldats qui traversaient la ville en courant, comme s^ils eussent été honteux d*arrêfcer leurs regards sur ces murs qu'ils n'avaîeat pu sauver. Rostopchin avait ouvert les prisons et distribué aux malfaiteurs leur tâche fatale; mais déjà la tête des colonnes de Murât |)énétrait dans le foabouK de Dorogomilof ; Ros* topcbtn prit la tuite, et Miloradovitdi, qui a*aTait pas encore eu le temps de se retirer avec rarrière-^arde, fit avertir Murât que si l'on troublait sa re* traite 2 il noettrait le feu à la capitale. Le roi de Naples pénétra bientôt dans le Kremlin , où quelques désespérés essayèrent en vain de se défendre. Bientôt Napoléon entra, à la tête de sa garde, dans le faubourg de Dorogomilof; il s'attendait à recevoir les clefs de la ville; d*abord il parut péniblement affecté du silence qui régnait dans les rues désertes, mais bientôt il assigna aux différents corps les positions qu'ils devaient conserver autour de Moscou. La nuit était déjà sombre lorsque l'incendie édata sur plusieurs points à la fois ; les soldbts reçurent l'ordre de Téieindre, mais les fKHnpes avaient été éloignées par les soins de Rostopchin. La ville entière offrait l'aspect d*un immense bâcher ; les soldats contemplaient dans nn morne silence ce spectacle à la fois imposant et terrible; les chefs pensaient à r armée russe plutôt repoussée que vaincue , et , en déplorant le sort de cette ville si chèrement conquise, ils faisaient un triste retour sur eux-mêmes ; de temps, en tem{>s des bruits sourds , comme le bruit lointain do canon, dominaient les murmures de l'inceiidie ; c'était celui que faisaient en tombant les portes de fer des boutiques, et la chaleur devenait si forte qu'c4èe faisait éclater les vitres à une
grande distance des flammes. Le là au matin, l'empereur alla occuper le Kremlin. Les édifices en pierre brûlaient plus lentement; on put en sauver quelmies-uns. On arrêta un grand Bompre d'incendiaires armés de torches et chargés de pétards et de fi»»
sées qu'ils lançaient dans l'intérieur des maisons : ils déclarèrent qu'ils rem-*
eissaient les ordres du gouverneur; oh s fusilla, mais cet exemple n'arrêta pas les autres. Le 16 , la chaleur devint si insupportable, que l'empereur fut obligé ae quitter le Kremlin pour aller s'établir au château de Pétrovski. L*incendie, qui avait duré six jours, s'arrêta le 20, à la suite d'une pluie abondante (*). Napoléon, dès le 18, était
(*) NouiistorroiDiirons pendant ifue^iie t€mp$ le récit des éfénemenU aulitairei pour dooMt let pasMges les pitis remarqua* I>[ps de rintéressaote relation de M. le mar-
anis de Chambray, qui a décrit avec aniani e vérité que de talent le détaaU'e de celle magnîBqoe eapitaie.
ti Tout était préparé pour roceupalêon de Moscou : MorUer deirait en être le gouverneur, Durosnd le GommaBdaiU ; Lesseps était destiné k remplir les fonctioiu d'ioteadant de la prorinee de Moscou , et une proclamation aux habitants devait être publiée le jour même. Napoléon s*anéta à rentrée du fiuibourg pour y aiteodre qu'aae députation vint imalorcr ta démence; oel acte de soumÎBSîoo drs vaincus lui plaisait cl flattait son orgueil.
«Afin d'empêcher que ses soldats afbmés ne pillassent Moseou , il fit établir par deux brigades de cavalerie légère une cfaakio de
Iiosics le long de la Moskva pour lemer 'entiée de la viUe de ee eétc. Eugène et Boniatovdd reçurent l'ordre de s'arrêter à une lieue en dei^ da Moccou. Dmm le même temps Napoléon ordonnait i Mortier, qui suivait inmiédiatement Mural, de ae porUr sur le Kremlin et d'en prendre possession ; il deirait déployer la plus granie rigtieur pour empéeber le pillage. Ney, Davoust et la vieille garde arrivèrent suooessiiement . et établirent leurs bivaes de cbaqne cété et en arrière du faubourg de Dorogomilof. Ces gcnèranii s'attendant à fiire une entrée triomphante dans Moscou , avaient fait preodi« la grande tenue à leurs troupes.
«Mural n'etft pas plutôt péuèue daas Mos
L'UNIVERS
revenu habiter randenneréstdeiioe des des flammes. Les soldats fouîltèraat tsars, que son isolement avait préservée ces ruines , et trouvèrent dans les caves
SMi, que b toUtode qui y régiuil le frappa d'étonnemeiit ; il le fut euoore daTtntage de ne pas Toir paraître de députadon ; la vérité était n invraiacmblable qu^il ne pouvait la •oup^nner; auiM, craignant que les Kuisei ne lui eussent dressé quelque embûche , il ne mardiait qu*avec précaution , et poussait des reconnaissances dans les rues qui aboutisHÛent à cdles qu*il suivait Parvenu près du Kjemlin, ce suence et cette solitude qui avaient régné jusqu*alors cessèrent tout à coup; un mélange d*honunes du peuple , de soloats, de Coiaques, au milieu desquels se trouvaient on grand nombre de voitures chargées de blessés et de bagages , en obstruait les approches; quelques coufis de fîisil furent tirés sur Pavant-garde , qui dispena auaiilét ce rassemblonent Murat, s*apcroevant alors qu'il avait été trompé, fit charger sur les Cosaques qui se trouvaient i l'arrière-garde de Koutousof. Toutefo^ , tes craintes relativement i une surprise devenant plus ^ives , il continua à prendre les mêmes précautions; aussi ne fut-ce qu*à tept heures du soir qu'il eut travers Biosoou ; il fit aussitôt bivaquer ses troupes, et, pour empêcher de se répandre dans la ville, il la fit envelopper d'une chaîne de postes depuis b route de Riazan jusqu'à celle de Pétenbourg.
«Mortier fit bivaquer son corps d'armée dans l'intérieur et dans le voisinage du Kremlin, et pousM des reconnaissances dans différentes oirections. On lui retira h division Glaparède pour la mettre sous les ordres de Mural.
«Tandis que les Fhuiçais pénétraient ainsi dans Moscou , en prenant toutes les précautions que leur dictait une juste méfiance, Napoléon, impatient de ne point voir paraître la députation des habitants, envoya soceessivement plusieurs des officiera polonais qui lui servaient d'interprètes pour en hâter Tarrivée. Il apprit bientôt ce qu'il n'aurait iamais soupçonné, ce qui semblait incrovable , ^e Moscou , abandonnée par tous les fonctionnaires publics et par la plus
Ende partie de ses habilanls , était presque «rte. n n'en persista pas moins à exiger qu'il lui fttt amené une députation teUe quelle. On réunit donc plusieun marchands etrangen qui s'étaient présentés à Murat pour implorer sa protection , et ils furent conduits devant Napoléon. «Les Russes, lui
dirent-ib, ont abandonné Moeoon, il n*y est resté que quelques étrangers comme no'us qui s'adonnaient au oommeroe, et quelques individus des dernières classes du peuple. Nous ferons tout ce qui sera en notre pouvoir pour le serviœ de Votre Bfajesie, et nous la supplions de nous acconier sa protection. • Napoléon voyait s*évaoouir en un instant toutes les espérances qu'il avait fondées sur l'occupation de Moscou; dans son mécontentement, il ne leur répondit rien , et entra aussitôt dans le faubourg. H s'arrêta quelque temps près du pont OUI avait été réparé à la hâte|, pour y voir défiler les troupes, et établit son
auartier général dans une des maisons du lubouig.
« Jusqu'à Unuil on maintint l'ordre parmi les troupes, plus tard cela devint impossible. On ne put empêcher des hommes exténués de bôoin de se procurer des seooun qu'ils avaient sous la main; les offiden mêmes donnaient Texemple de la désobéissance. Une foule de militaires se répandirent donc dans Moscou pour y chercher des aliments, et , trouvant tes maisons abandonnées, beaucoup se livrèrent au pillage; ils rencontraient souvent des traîneun russes que l'appât des liqueun et du butin avait retenus en grand nombre. Ces rencontres occasionnaient quelquefois des ftistUadeB , mais de courte durée, car ni les uns ni les antres n'avaient pour but de combattre.
m Cependant les incendies se multipliaient avec une si étonnante rapidité, qu'if n'était plus possible de les considérer comme des accidents ordinaires; leur véritable canm fut bientôt connue. Des incendiaires furent pris et» flagrant délit ; plusieura furent tués sur la place, d'autres livrés à une commission miliiaira que Napoléon créa pour les {'uger. Ils dirent qu'ils n'avaient agi que par es ordres de Rostopchin , furent condamnés à être fusillés et exécutés sur-le-champ. Leun cadavres, exposés dans les rues ou attachés à des poteaux , ajoutaient aux horreura dout l'armée française était environnée. On trouva aussi des matières inflammables dans beaucoup de maisons , et des pétards dans plusieurs tuyaux de poêles, entre autres dans ceux de l'hôtel de Rostop* chin.
« Aussitôt que Napoléon eut acquis la certitude que c'étaient les Russes qui bré-
ande quantité de denrées et de idises prédetues; les jardins
lùc&t «u-mèmet leur capitale, U aba»dflBiiia les événeincnli à leur cours naiurd. Day la nuit da x5 au 16» les ineendiairea redoublèrent d*actmlé et d^aodace; Tinoeii- £ie fit des procrès effrajants. Le x6 an natin , im vent impétueux le rendit presque fôiérai. Moscou offrit alors le spectacle d^nie Mier de flanmes agitée par les Tents. Un fanloon qui domine la ville régnait ii la haateoT àeM appartemeoti qu'occupait Na* poléoo. De là il pouvait contempler à loisir cet épouvantable qiectade. Il vovait avec doolcvr la destruction d*une ville sur la ' posaesaion de laquelle il avait fondé ses espérances; on Fentendit s'écrier : « Moscou « n'est plus; je perds la récompense que j'avais • promise à ma l»«ve annéel »
«Dans les quartiers qui avoisinent le Kremlin ka mnisons se touchent comme dans les antres villes d'Europe; un grand nombre de nies ae trouvèrent interceptées par le feu. napoléon se vit exposé à être séparé nomenlanément de son armée. H était o'ailleuis incommodé par la chaleur que répandait l'incendie, et une pluie de ieu toadMÙt oonlinaieilement sur les bâtiments qui se trouvaient dans le Kremlin ; néanmoins il s'ebatinait à y rester, malgré les instances dm généraux qui rentouraient, lorsqu'on bn raidit eoBq»te qu'on avait tenté d'incendier le pelais même qu'il occupait ; que le fen éclatait à la tour de l'arserâl, et qu'un soldat de police qu'on venait d'arrêter dans ce bâtiment était accusé de l'y avoir mis. Ces droonstanoes décidèrent Napoléon ; il fit interroger devant lui le soldat de police, et auséilôt après il partit (le x6 septembre an soir) pour transporter son quartier général k Pétrovskoé , qui était situé sur la route de Pétersbourg, i une demi-lieue de la barrière. Il sortit do Kremlin par la porte tfâ Gooduisait sur le quai , les autres issues étant devenues impraticables par suite de l'ineendie des maisons voisines.
« Nous avons vu que malgré les précautions prises par Napoléon pour consener Moscou intacte , les soldats, poussés par la 1, s'étaient r^andus dans la ville la nuit '■ qui suivit son arrivée , et avaient comé à piller, tant il était difficile d'empêcher qu'on ne s'appropriât ce oui , étant abandonné, semblait n'appartenir à personne; mais ce pillage nWii point autn- -^f on sY livrait ffufftivament; rfaabitaiit
environiiants fournirent aussi des légumes, de sorte que rarmée se trouva moœentanémeDt dans raboudance.
n'avait pu été maltraité, et , si la plupart des maisons n'eussent pn été désertes , Moscou n'aurait souffert d'autre dommage que celui qu'entraîne nécessairement l'arrivée d'une nombreuse armée ennemie. Les dispositions de Napoléon pour obtenir ce résultat auraient été puissamment secondées par l'intérêt que l'armée avait i la conservation de cette capitale, intérêt qui était vivement senti même par les simples soldats. Le désordre suivit d'abord les progrès de l'incendie , et fut porté à son comble lorsou'on sut que cet incendie était l'ouvrage des Russes.
« Le soldat désûrait ardemment la paix , non pes pour échapper aux danaers , il les bravait gaiement , mais i cause des fatigues et des privations qui excédaient ses forces. Voyant ses espérances déçues , il ne songea qu'a jouir du présent, ne connut plus de frein , et se livra aux plus grands excès ; le meurtre excepté, il se permit tout Un efl^yable tumulte succéda bientêt à celte solitude inattendue qui régnait dans Moscou lorsqu'on y pénétra.
« On entendait à la fois le pétillement des flammes , l'affaissement des biliments , les cris des animaux qui y avaient été altandonnés , les gémissements des habitants , les imprécations du soldat ivre, disputant aux flammes une partie de leur proie. le pillage et l'incendie marchaient de front ; tous pillaient ou achetaient à vil prix les produits du pillage, et l'intérêt réunit plus d une fois dans le même lieu l'habit brodé du général et l'humble habit du soldat Le jour, des tourbillons de fiimée, s'élevant de toutes parts , formaient un nnace épais 4|ui obscurcissait la lumière du soleil ; la nuit , les fhunmes, mêlées i ces tourbillons, répandaient au loin une sombre cUrté.
« Le sort des habitants qui étaient restés dans Moscou devint affreux; obligés de fuir leurs maisons embrasées , ils erraient au 'milieu de cette ville, courbés sous le fardeau de leurs objets les plus précieux, et cherchant un asile. Dans cette situation dé-
{>lorable, ils se voyaient exposés aux vioences du soldat, qui , après les avoir outragés et pillés, poussait quelquefois hi barbarie jusqu'à les forcer de porter eux-mêmes au camp leur propre dépouille. Le besoin de se secourir mutuellement les porta à
LXilIVRRS.
œndie de Motooo atait |Héjuiée#— e poursuite iamédute, cmilaBlMBrda nuoei de la capitale; on anoie que dans ee moQTemcBt qui pomwut la mettre en péril, Kootobaor fooM ae> eooiplir une haute intentioD poUfâque.
Il savait qoe le speetade de la deitraetioo de la TÎUe saiote, qail attiîLujit ao vandalisme des Français , rempiifait
te mair pv banda, qvi bifaqocrcat dan» difliBreBtf eodroitaw ExténKi de faim et de fâlûfmtê, dâ mt léuuem d'abeid qae det lepHMtqs ai tmovcreot dani lei jvdÎBiL Hus tard , lonqne Tùrdrt fui rétabli, ib aici<at , pomii par le befoia, a'expoaer à faire avee les soldats des rcditubea dam les eares. Les aarcband* ctiaagua teent ■loins à plaindre; ils trou wci eut tons asile et proleetian près des des snnpies omoen.
• Le Kremlin, jnûtiiî par son et par la précaution de n'y bMaer qne des militaires, était rerté inàcL Les antres portieseonicr ' ' ~ tier habité par des asarchands qui avaient attiré ches cnx des |MMir se mettre soos lenr proCection; pinsieurs fimboorgs , enfin un petit nombre de maisons cparses. Dans qoclques endroits, le feu fot tnHé Cinte d'alimcnis, partout par mite debonrmillnneequ'r caient les habitants rertés dans leurs sons, et surtoot les militaires qinoeenpaient cdliss qui étaient abandonnées.
« Ces derniers, fforienx des déplaoesnents rontinQeb amqncls Finoendie les exponi, n'avaient plus |inmii am gens dn peuple d'approcher des maisons qu'ils et avaioM tué tans pitié ils araient trouvé dm La pluie abondania qui hua aussi à aiiètu oe fléau. Lm neuf OMS des maisons de Moseou , et plus de Ul osoitié des églises avaient été la proie des flauiHies.
« Dans la partie détruite, la terre était eoQverte de œndres , de tm de briques, de feuilks de tMe, de débris fumants et de cadavres d'hommes et d'animaux défigurés pr le feu; il ne nslait debout que quelques «gttscs, dies pans de murailles, des dàm de péristyles , des arbres à deoû eoosumcs, Hungmad nombre de cheminém qui, d'une U semUaieut étiv de hautes
les wMtÊÊ d'une baîae implaeable; quai fnll en soit, Q replia melques tnnpes légères sor la route de SmoleMK ponr intereefiler les oommoDiGations de rcnpcrciir. On ne oent méesnnaitre qne depuis sa défaite à Borodino, il avait jugé nécessaire He faaroeler Tannée, de la laisser se eonsnmer lentement da» les privatiouf , et de ne Fattaquer qo'avee ravanta^e do nombre et de b ptisitioa. Pressé par qndqoes eotps envoyés à sa poursuite, il létioftiada vrers Kalooga, et s'arrêta à Tarotitino, à seize lieites sud-oaest de Moseoa. Murât, réoni à Poniatovski, s'arrêta en faœ de K.011toosof, à deux lîeoes de Tarotitino; rarmée dltelie communiquait par 00e ligne d^avaot-postes arec le corps de Jimot resté à Mojalsk; Vej oocapait Bogoiodsk; la prde et le corps de DavoostétaieDtdaiisbcapîtaie, tandis qne Victor entrait à Smoleosk avec uu renfort de trente mille hommes.
Les prévisions de Tempereur étaient eomplétement déçues; en faisant des proposîtioos de paix, il avouait l'emiyarras de sa position. Aleiaiidre ne pouvait traiter avec l'ennemi sans eocourir le reproehe de CuMesse, et sms manquer à ce qoll devait au dévouement de ses smets : vainement ffapo> téon attendit une réponse à ses messages; enfin, le 4 octobre, il envoya Lauriston àTaroutîno pour demander à Koutousof la suspension des hostilités et un sauf-conouit pour se rendre a Pétei^boiuv, où il devait présenter à Alexandre des propositions de paix.
Koutousof objecta que cette demande excédait ses pouvoirs, mais ou'il enverrait kd-meme un de ses officiers à Pétersbourg pour prendre les ordres de l'empereur. Il est probable que la dépêche qu'il expédia dès le lendemais par te prince Volkonski n'hait rien moins que pacifique. Ces délais, si fanestes a Tannée fraocaise, lui desnaient le temps de reniié la sienne, et la saison qui avançait ne pouvait qae multiplier ses diances de succès.
Au moment de ces négociations, Murât et Benigsen convinreiit vrrlMïeniciit de suspendre les hostilités.
ÏM BOoveHes ée rarmée du aovd étaient loin d'être rassarantes; i^arniée deFiolaode, n'ayant plus rien à crainèt des Suédois , s'était réunie à Witteenfteîn qui menaçait Polotek ; au sud , rannée éh Wolhyiiie et cdie de Mol»
davie avaient opéré leur jonction; Tdiitcfaagof commandait ces troupes, qni présentaient un effectif de plus de soixaDte mille hommes. Le 31 septembre, il passa le Styr et s'avança contre Schwanemberg, qui, laissant Reynîer arec les Saxons à Biala , se retira derrière le Bug. Rejrnier, trop inférieur m nombre pour soutenir seul le choc des Russes, fut contraint de se replier nr les Autrichiens. Cette manœuvre du prince découvrait Varsovie et les abords de Minsk et de Yilna, et la marcbe de Victor, qui s'était porté au secours de Goavion Saint-Gyr, avait presque dégarni la position centrale.
Ainsi Napoléon avait devant lui cent Biille Russes , et la dtfense de ses deux ailes était confiée à des alliés douteux. Une paix honorable eût pu encore relerer sa fortune; mais plus il avait intérêt à la conclure, moins il devait s'attendre à l'obtenir.
I^ 13 octobre, le temps se mit subitement au froid ; h la vue des premières neises , Tempereur déclara que «^ vinffî Jours U faUaU être en gitcirtfers dPhioer.
On fit bientôt évacuer sur Smolensk les malades et les blessés.
L'empereur avait résolu de diriger sa retraite vers le sud, qui lui ofi^it plos de ressources; dans ce but, il concentra ses forces dans la capitale et ||Qx environs. Le 18 , les Russes avaient brusquement attaqué Murât à VinlOTo; les Français surpris reculèrent d abord et perdirent quelques canons, mais bientôt ils forcèrent les Russes ■ se replier sur leur position de Ta- ^^'no. Les pertes se balancèrent de pari et d'autre : les Russes eurent deux mille tués, parmi lesquels deux eénéwox, Baghavout et Miiller; Benigsen mt grièvement blessé; les Français «jrentdeux mHIe tués; deux de leurs gwaux, Déry et Fischer, tombèrent ^ le champ de bataille; mais ils
avaient kitté contre des forces bien su-
Éîenres. Telle fut la r^nse d'Aandre aux messages de mpoléon.
On dit que Koutousof , en voyant les premières neiges , se découvrit pour saluer ce puissant auxiliaire. Bientôt des détachements nombreux de cavalerie léffère voltigèrent sans relâche autour de l'armée française, se dérobant aux attaques sérieuses, mais redoutables aux tratneurs et aux convois.
Parmi les diefe qui se distinguèrent le
glus dans cette guère de partisans , les Lusses citent Dorokhof , Platof , Da- S^dof et quelques autres. Au nord de osoou , Witzengerode « à la tête d'une nombreuse cavalerie , harcelait sans re- Uche les Français, que leitiguaient ces alertes continuelles.
A la nouvelle de l'affaire de Vinkovo, I4apoléon donna l'ordre de la retraite; il laissa dans le Kremlin Mcurtier avec six mille homines; le maréchal, après avoir fait sauter cette forteresse, devait venir rejoindre l'armée par Véréia et Médvn.
« Pour avoir une idM de la pesanteur de l'armée au moment de spn départ, il faut se représenter d'aboid six cents bouches à feu et deux mille caissons d'artillerie que traînaient péniblement* des chevaux exténués; puis les calèches des généraux, leurs fourgons et ceux des administrations, les voitures de toute espèce des employés , celles des familles françaises ou étrangères qui fuyaient Moscou... enfin des milliers de petits chars (kibitki) fort communs dans le pays, que s'étaient procurés la plupart des ofiwiers de tous grades, et qui, chargés de provisions et d'effets (Thablllements, marchaient à la suite des corps (Mortonval). »
L'empeieur s'avançait sur la route de Kalouga, faisant mine de se porter sur Tarontino; mais le 21, l'armée tourna à droite dans la direction de Maio4aroslavetz. Le soir du 23, les différents corps avant suiri ce mouvement sans que l'ennemi en fût informé, les têtes de colonnes de Tavantgarde française occupèrent la ville.
Cependant Koutousof, averti par ses édaireurs de la marche de rennemi,
L*UMIV£RS.
quitta eu toute hâte ia position de Taroutino, et toute Tannée russe se porta sur Malo-Iarosla? etz.Dokhtourof en chassa deux bataillons français.
Eugène lefiiit attaquer par la division Deizons, qui refoule les Russes à l'autre extrémité de cette ville ouverte ; Dohhtourof les rallie, et les Français sont repoussés à leur tour jusque sur la grande place , où la lutte recommence avec acharnement. Deizons est frappé d*une balle: son frère s'élance pour le secourir: ils tombent tous deux dans les bras run de l'autre. Déjà les Français pliaient , lorsque Guilleminot vient rétablir le combat. La division Broussier seconde Guilleminot , qui , pendant quelques instants, reste mattre de la ville. Les Russes retournent à la charge, et ressaisissent encore l'avantage. Pendant cette lutte héroîgue.
Napoléon venait d'arriver, suivi de près par la garde et le corps de Davoust : il donne Tordre à Gérard et à Compans de prendre la ville à revers; mais, au meipe moment, Tarmée de Routousof, forte de soixante et dix mille honmies, débouche dans la plaine.
L'artillerie francise, croisant son feu , foudroie leurs têtes de colonnes; mais la lutte continuait dans la ville; la division Pino s'élance au secours des Français ; Eugène , à la tête de la garde royale, a rétabli le combat, et se fraye un chemin sanglant jusqu'à la place, où Tattend le corps entier de Raîevskoî, qui venait de remplacer celui de Dokhtourof ; Tartiilerie française , longtemps gênée par Jes difticultâ du terrain, se développe alors et sillonne les rangs ennemis: les Français, la baïonnette en avant, s'irritent des obstacles que la bravoure des Russes leur oppose; ils rejettent enfin hors de la ville Tennemi, qui, rompant ses colonnes , abandonne la position pour la septième fois. Eugène vainqueur déploie sa petite armée en avant de Malo-Iaroslavetz. Cet épisode , où les Français ne recueillirent que de la gloire, puisqu'ils forcèrent à la retraite des forces quadruples , est un des faits d'armes qui honorent le plus la valeur de nos troupes; les Italiens s*y montrèrent
nos dignes émitles ; et les Russes , qui jamais ne déployèrent plus de constance et de courage, ont noblement rendu justice à leurs adversaires. La lutte avait duré douze heures; la ville n'offrait plus que des décombres fumante où gisaient péle-méle, et dani la position où la mort les avait frappés, les corps de huit mille Russes et de quatre mille Français, différence qu'expliquent les effets puissante de notre artillerie.
Par un jeu bizarre de la fortune , le résultat de cette bataille fut plus funeste aux vainqueurs qu'aux vaincus, Napoléon supposant, d'après les mouvements de Koutousof , que ce générai était décidé à se maintenir dans sa position , avait consulté Murât , Bessiere et le comte Lobau sur l'opportunité d'une nouvelle attaque. Tous furent d'avis que , dans Tétat où se trouvait Tarmée française, il fallait renoncer à la mardie projetée sur Kalouga ; le comte Lobau, interrogé en dernier lieu , insista sur la nécessité de se retirer sur le Niémen par la route la plus courte et la plus connue , par MojaXskj et le plus pnromptement possible. Napoléon était seul d'un avis contraire; tandis qu'il hésitait, Koutousof était dans une perplexité semblable. Persuadé que Napoléon manœuvrait sur son flanc pour gagner Médyn, et couper ainsi ses communications avec Tohitchagof , il se décida à rétrograder. De son côté , et dans l'ignorance de cette nouvelle détermination, Tempereur se résignant simultanément à faire volte-£ice vers le nord , dans la direction de Mojaïsk , Koutousof ne pouvait se persuader que Tarmée française se retirait par une route déjà dévastée et sans ressources; il manœuvra pendant plusieurs jours pour lui fermer le chemin du sud ; et lorsque ses doutes furent levés , il se contenta de harceler sans relâche l'ennemi , attendant que l'hiver et les privations le lui livrassent sans défense.
Les Français , vivement attaqués près de Viazma par Miloradovitch et Platof , tandis que Koutousof restait im> mobile à quelques lieues en arrière ,
eurent encore la gloii« de faire reculer lea Russes ; mais ils perdirent quatre mille bommes. Ils Toyaieot à oiaque pas augmenter le nombre des traînovs et des blessés ; leur marche devenait de plus en plus pesante. Ney, qui avait moukB souffert , remplaça Davoust à PaiTière-garde. Les ctievaux du train tombaient de fatigue et d'épuisement :
il fallut abandonner des caissons et quelques bagages.
Le 6 novenuNre , des flots de neige , poussés par un vent nord-ouest , cou- ▼riient les chemins ; les détachements cherchant un abri s'égarèrent; les soldats les moins robustes, roidis de froid, laissaient tomber leurs armes et se laissaient massacrer par les Cosaques. Les chevaux qu'on n'avait pas eu la prévoyance de ferrer à elaoe s'abattaient sur le verglas. Les soldats affamés les dépeçaient et en faisaient rôtir leschairs au feu des bivacs. A Dorog<dioQJe, Tannée se divisa ; Eugène et FoDîatovski se dirigèrent sur Vitepsk par une routedevenue impratieatme pour les chevaui de trait ; Platuf suivait cette colonne, tuant ou frisant prisonniers tous ceux qui s'écartaient. L'empereur, Davoust, et Ney qui formait l'arrière-garde , se portèrent directement sur Smolensk. Napoléon y entra le 9 avec sa garde ; le f O, Davoust le rejoignit ; le 13 , Eugène ramena les débris de l'armée d'Italie ; il avait perdu souaute pièces de canon et la plus grande partie de ses bagages. €e fut à Smolensk que Napoléon put apprécier toute l'étendue de ses pertes ; die cette armée si belle il lui restait sous les armes environ quarante mille hommes, dont cinq à peine de cavalerie mal montée.
L'armée du nord , après des alternatives de succès et de revers , avait évacué Polotsk; Gouvion Saint -Cyr, menacé par lYittgenstein et l'armée de Finlande , manoeuvrait pour se réunir à Victor, qui se trouva bientôt à la tête de trente-six mille hommes ; à Smoliani , Wittgenstein l'attaqua sans pouvoir le forcer dans ses dernières lignes; mais le maréchal profita de la nuit pour se replier sur Sanno , laissant
ainsi à découvert les routes de Minsk , de Vitepsk et de Yilna. Vitepsk fut occupé par les Russes qui flràit prisonniers le général Poujd , le commandant Ghevardès , et une partie de la Sarnison. Cependant Tchitchagof tenait à établir ses communications avec 'Wittgenstein ; Minsk devenait le point autour duquel devaient pivoter leurs opérations , dont le but était de couper la retraite de Napoléon sur la ligne de la Bérézina. L'amiral , dont l'inaction deSchwartzemberg favorisait les mouvements , laissa vingt-sept mille bommes, sous les ordres de Sacken, à Briest-Litovski , cinq mille à Proujani , sous le commandement d'Essen, et, contenant ainsi les Autrichiens et le corps de Revnier , il marcha sur Minsk à la tête d environ trente mille soldats ; deux renforts, conduits par Liaders et Herthel , dont la réunion présentait un corps de onze mille hommes, devaient le joindre à Minsk le 13 novembre.
L'armée de Routousof s^avançait sur Smolensk; les guerriers russes, habitués au froid , abondamment pourvus de munitions et de vivres, rencontraient à chaque pas des débris de cette dtostreuse retraite ; défaits dans toutes les grandes batailles , ils avaient cependant les avantaffes de la victoire; et les vainaueurs die Smolensk, de Borodino , ue Polotsk et de Malo-Iaroslavetz se retiraient devant eux. Les funestes symptômes d'une désorrainisation complète commençaient a se manifester dans les restes de l'armée ifrançlise. Lesordresderempereur,que la nouveauté des circonstances permettait d'interpréter avec plus de latitude , n'étaient plus exécutés ponctuellement : c'est ainsi que Baraguay d'Hilliers négligea de faire replier sur sa division un corps isolé de deux mille hommes qui , surpris par les partisans Orlof Dénissof , Davydof , Seslavin et Figuer, se vit forcé de mettre bas les armes.
Koutbusof , poussant ses avantages , embrassait de ses ailes la position de l'empereur : avant d'arriver jusqu'à Minsk par Orcha et Borissof , Parmée
L'UNIVERS
française avait soixante lieues à parcourir. Vietor reçut l'ordre d'occuper Wittgenstein. Le 14 novembre ^ Napoléon quitta Smolensk avec la vieille garde; Eugène et Davoust devaient suivre à un jour de distance: Ney reçut Tordre ae n'évacuer la ville que le 17 , a|>rès avoir fait sauter les tours de l'enceinte et détruit ce qu'il ne pouvait transporter. A Krasnoî, la division Dojarorovskoî fut repoussée avec perte. Eugène n'échappa j|ue [)ar miracle à Miioradovitch , et rejoignit rempereur à Krasnoï. Koutousof semblait n'avoir plus qu'à oser pour anéantir, par le choc de son armée , les débris des colonnes françaises; le 17 , il fit ses dispositions nour attaquer; le lendemain au point ou jour , l'emporeur sort de la ville, à la tête de douze mille hommes de sa garde, tout prêt à engager le combat. Le général russe , étonné de cette résolution, rappelle à lui les corps de Tormassof et de Miloradovitch , qui laissent ainsi le (lassage libre à Davoust et au vice-roi. Cette démonstration de l'empereur lui permit d'accomplir sa retraite sur Orcha:
•mais il laissait en arrière le maréchal Nej ; et les Russes , maîtres de Krasnoï , annonçaient dans leur bulletin de cette journée qu'ils avaient fait huit mille prisonniers et pris plusieurs centaines de canons. C'est a Dombrovna que Napoléon reçut la nouvelle de la prise de Minsk ; le 19 , il entra dans Orcha, où son armée trouva quelque artillerie et des approvisionnements.
Cependant, resté seul en arrière avec une poignée de braves , Ney exécutait, sous le feu de l'armée russe qui l'entourait de tontes parts , cette retraite prodigieuse dont les Russes euxmêmes n'out parlé qu'avec admiration ; le 21 i il ramena à Orcha trois mille hommes , débris glorieux de sa petite armée.
L'empereur, en s'avançant vers la Rérézina , ne supposait pas que Boris* sof fût déjà au pouvoir des Russes; une &usse manœuvre de Schwartzemberg fut la cause de ce désastre. Le général autrichien , après avoir battu
Sacken à Wolkowisk, et l'avoir r^Hà vers le sud avec une perte considérable, s'était engagé à sa poursuite, au lieu de marcher contre Tchitcha^of qu'il pouvait mettre dans une position critique, en le poussant sur l'empereur. La conduite de Schwartzemberg dans cette circonstance a fait supposer qu'il agissait déjà conformément aux instructions secrètes de sa cour; peut-être que , prévoyant l'issue politique de cette campagne désastreuse , il se fit une loi de ménager son corps, dont Napoléon n'aurait pas manque de se couvrir s'il l'eût eu sous la main. Quoi qu'il en soit, Tchitchagof put s'emparer de Minsk , où il trouva des approvisionnements considérables; de là il se porta sur Borissof , qui céda bientôt à la supériorité de ses forces , malgré la beUe résistance de Dèmbrowski.
Il était de la plus haute importance pour Napoléon de reprendre Borissof, pour s'assurer les moyens de passer ta Bérézina. Oodinot , secondé de Dombrowski , rentra dans cette ville, culbutant la division Pahlen qui repassa précipitamment le fleuye et rompit le pont derrière elle. Sur l'autre rive, on découvrait toute l'armée de Tchitchagof occupant les hauteurs.
L'empereur venait d'arriver à Bohr.
Il fut décidé qu'on passerait la Bérézina au ^ué de Stoudzianka ; le dégel présentait de grands obstacles aux pontonniers ; mais , le 24 , une forte gelée raffermit les terrains , et facilita le transport de l'artillerie.
L'armée , aux environs de Borissof, offrait encore un effectif de quarantecinq mille hommes et de deux cent cinquante canons; les non combattants qui se traînaient à la suite des corps , formaient une masse d'environ quinze mille hommes.
Le corps d'Oudinot passa le premier, et rejeta la division TehapKtz dans la direction de Borissof. Le 98 au matin , il ne restait plus sur la rive gauche du fleuve que la division Gérard et celle de Parthouneaux , qui devaient protéger les ponts et détourner rattention de Tchitchagof. Ce gén^l
aurait pa facilement inquiéter la retraite des Français ; il en avait été enh péché par les ordres de Koutoosof , qui resta ioogtenu>s persuadé que Napo< léOD voulait s ouvrir un passage vers Mindk. Cependant l'amiral, mieux ins* tnilt de la marche ^e Tempereur, se mit en devoir de r^irendre rofifensive.
Platof et Wittgenstein se joignirent bientôt aux forées qui occupaient Victor, qai eut la gloire de ne pas se laisser entamer. PaiHiouneaux , cerné avec toute sa division, s'était vu forcé de se rendre; entre Borissof et le fleuve s'était pressée la foule des non oomlNittants ; les bagages, les voitures diargées de blessés, tout offrait sur ce point l'image du désordre et de la confusion. L'artillerie ennemie foudroya loegtemps cette masse immobile qui n'avait plusmémeassezd'énergie pour fuir ; mais , sur l'autre rivage , Nej soutint glorieusement Tbonneur de l'armée française ; après une lutte longue et meurtrière , le maréchal ordoime une attaque générale ; les Russes plient soos ce dernier effort , et laissent aux Français le champ de batailla jonché de morts. Tcliitcfaa^of était vainco , et laissait désormais à l'ennemi le chemin libre jusqu'à Vilna et an Niémeo.
« La naît , qui venait de mettre Gn aux combats sur les deux rives de la Bérésioa, fut une des plus cruelles
Suis le départ de Moscou. Le froid rabiait de violence; le vent du nord, plus flpre, fouettait une neige épaisse sur les hommes sans abris et sans feux. Les bagages entassés près des ponts en obstruaient toujours rentrée; longtemps dirigés sur ce terrain resserré , les canons de Wittgenstein l'avaient labouré dans tous les sens, le jonchant des débris de piusieurs miUiers de voitures et de chariots colbotés sur des monceaux de cadavres. Durant ce terrible combat, plus de douze mille penonnes, hommes et femmes, parmi lesquels oo remarquait des ûinuUes entières avec leurs enfants , s'étaient .vainement efforcés , en reniplissaut les aifs de leurs arts lamentables , de s'ouvrir le pas-
sage des ponts ; mais , depuis que l'artiflerie se taisait, tombés oans un morne accablement , lis restaient immobiles et transis; insensibles à toutes les affections , on ne les entendait plus s'ap|)der réciproquement ; chacun , résigné à ne plus se défendre contre la mort , semblait avoir cessé de prendre intérêt à la vie de ses amis, de ses parents; un silence affreux succédait aux accents du désespoir.
« A neuf heures du soir, le général Ëblé étant parvenu à désencombrer le passage , les deux divisions de Victor traversèrent la Bérézina; il ne resta qu'une arrière^arde devant Tennemi pour masquer ce mouvement.
L'artillerie suivit; et tout ce corps ayant atteint la rive droite un peu après minuit, les deux ponts demeurèrent libres et d'un accès fsicile. Les non combattants pouvaient alors passer à leur tour; ils furent avertis a diverses reprises; on les pressa de profiter du peu de moments qui leur restaient encore. Mais le temps et les movens manquaient pour transporter les bagages et taire suivre les chariots : k plupart de ces malheureux avaient là toute leur fortune ; d'autres , trop affaiblis par la fatigue ou les maladies , s'effravaient à ridée de se mettre en route à pied , au milieu d'une nuit si froide et si obscure. Tous refusèrent de marcher, attendant le jour, quoi qu'il pût arriver.
« En vain , pour les engager à partir, le général Ëblé et le mairéchanuiméme, après avoir emplové la prière et jusquli la menace , nrent brûler quelques-unes de ces voitures, dont rabandon semblait leur coûter tant de regrets ; ils ne s'en émurent pas ; rien ne paraissait pouvoir les tirer de leur sombre apathie. Aux approches du jour, l'arriere^rde se retira, et le bruit se répanoit parmi eux qu'on allait détruire les ponts. Tout à coup la foule se ranime , elle accourt et se presse comme la veille sur le rivage ; le désordre produit encore l'encombrement; tout s'arrête ; les cris, les querelles recommencent avec fiireur.
Le général Éblé devait mettre le feu
L'UNIVERS
aux ponts à huit heures ( il attend encore; mais le jour est venu, l'ennemi va paraître , il s'agit du saiut de l'armée... A huit heures et demie, une épaisse fumée obscurcit l'air près de la rive droite; les cris redoublent ; peu après la flamme s'élève.... le passage est fermé.
« On vit alors un spectacle effroya* ble : de ces milliers d infortunés dont la dernière espérance vient de s'évanouir, les uns s'efforcent de se frayer un chemin à travers les flammes ; ils se cramponnent aux chevalets, aux planches à demi consumées , et périssent d'un supplice horrible ; d'autres se hasardent sur la glace encore mal affermie; elle s'entr'ouvre sous lairs pas , ils sont engloutis !... »
La division Loison, forte de dix mille hommes de troupes fraîches, venait d'arriver à Vilna; elle reçut l'ordre de faciliter à l'armée les approches de cette ville. C'est de Malodeczno , où l'empereur arriva le 8 décembre, qu'il dicta ce 29* bulletin , où la simple vérité dépassa les craintes générales. ASmorgoni, Napoléon assembla les chefs, confia 1^ commandement de l'armée à Murât, et partit immédiatement pour Paris : entre Ormiana et Vilna , il faillit tomber entre les mains du partisan Seslavin; il rentra aux Tuileries le 19 à minuit.
La rigueur du froid acheva la désorganisation de l'armée ; le 7 , le thermomètre descendit à 28 degrés au-dessous de la glace. Les plus robustes marchaient en avant des groupes , car toute trace de discipline avait disparu. Le froid saisissait d'abord les extrémités: la chaleur vitale, concentrée dans les organes essentiels que la nature a prémunis avec tant de prevoyance, causait momentanément un bien-être trompeur ; le soldat se laissait aller à une torpeur que suivait bientôt la mort. Les plus jeunes mouraient par milliers: un grand nombre de ceux dont le corps endurci aux fatigues pouvait r^ister plus longtemps , trouvant plus facile de mourir que de vivre , se couchaient sur la neige et refusaient de se relever. Le feu des bivacs,
dont ces malheureux s'approchaiant sans précaution , communiquait la gan-
Srène aux parties gelées , et rinûiienoe 'une chaleur extrême, conune celle d'un froid excessif, avait des résultats non moins funestes. Un reste d'aliment, quelques gouttes d'eau-de-vie étaient alors des ressources précieuaes ; la loi de conservation avait absorbé tous les autres sentiments; l'ami fuyait son ami pour dévorer seul les misérables ressources que lui offrait le hasard : enfin rhorrible supplice de la faim en poussa quelques - uns à se nourrir de chair humaine.
Cependant la vue de l'ennemi rappelait comme instinctivement autour aes aigles les déplorables débrisdela grande armée. Murât, qui aimait la gloire sur un grand théâtre , perdit son énergie; Ney, toujours le même, restait le dernier sur le champ de bataille; c'était la providence de l'arrière-garde; il fallut évacuer Vilna , que menaçaient toutes les forces de l'armée russe.
L'armée débandée fut obligée d'abandonner sur la colline de Ponari les équipages de Napoléon, les caissons du trésor , les fourgons et le jpeu d'artillerie qui restait. Les tratneurs ^ les blessés , restés en grand nombre à VUna , furent cruellement traités par les Cosaques ; les juifs , non moins avides et aussi inhumains , assassinaient les Français dans les maisons , et , après les avoir dépouillés, jetaient leurs corps par les fenêtres. Les malades, entasslës dans les hôpitaux, moururent sans secours. Un grand nombre de prisonniers furent oirigés dans rinterieur , mais bien peu parvinrent à leur destination. Les omciers russes essayaient en vain de réprimer les effets d'une haine que l'on avait inspirée au peuple. Les soldats ne concevaient pas qu'on pût épargner des hommes que les seigneurs et les prêtres accusaient d'avoir mcendié Moscou. Quand la première exaspération fut passée, le sort des prisonniers s'améliora, et dans beaucoup d'endroits ils trouvèrent une protection généreuse.
Lob Cosaques de Piatof ayant tourné Kowno, il nllut encore évacuer cette
place et se frayer ta route Tépée à la
manu. Tchilehagof, Wittgenstem, et
Koutoiisof qui les suivait, susijen-
dirent leur marche à Vilna ; l'hiver
triomphait des Rosses eux-mêmes. Les
difiérrâits corps de Tarmée française
se distribuèrent sur la ligne de la Vis-'
taie. Le roi de Naples espârait que le
corps de Macdonaid, auquel il avait
donné Tordre de se rmlier sur Tilsitt ,
dnngeraît sous peu la race des af&ires :
mais la tradûson do général prussien
Torck vint consommer les désastres de
cette campagne. Le maréchal, après
avoir battu ravant-garde de Wittgen-
steiB, était entré à Tilsitt, où il s'ar-
léta pour donner aux Prussiens le
temps de le rejoindre : .après avoir
oerdm plusieurs jours, il se détermina
a se porter sur fa Pregel. Ce fut alors
qu'il reçut d'Torck la lettre suivante,
que nous rapportons pour montrer
combien les alliances qui ne résultent
point dMntéréts communs reposent
sur des bases fragiles.
Tanrofcn* It 3o déoembre iSii.
«Monsdgneur,
m Après des marches très-pénibles, il ne m*a pas été possible de les continuer sans être entamé sur mes flancs et sur mes derrières ; c*est ce qui a retardé la jonction avec Votre Excellence; et, dfevant opter entre l'alternative de perdre la plus erande partie de mes troupes et tout le matériel qui seul assurait ma subsistance, ou de sauver le tout , j*ai cru de mon devoir defeire une convention par laquelle le rassemblement des troupes prussiennes doit avoir lieu dans une partie de la Prusse orientale qui se trouve , par la retraite de l'armée française, au pouvoir de Tarmée russe.
«Les troupes prussiennes formeront un corps neutre et ne se permettront pas d'hostilités envers aucun parti; les événements à venir, suite &s négodations qui doivent avoir lien entre les puissances belligérantes , décideront sur leur sort futur.
• Je m'empresse d'informer Votre Excelienoe d'une démarche à laquelle fai été forcé par des circonstances majeures.
31* Livraison. (Russie.) t. ii.
« Quelque jugemeiit que le monde portera de ma oodduite , j'en suis peu inquiet. Le devoir envers mes troupes et la réflexion la plus mdre me la dictent: les motifs les plus purs, quelles
Se soient les apparences , me guident.
I vous frisant, monseigneur, cette déclaration , je m'acquitte des obliga* tionsenvers vous, et vous pried'agreM> l'assuranoe du profond respect, etc., etc.
« Le lieutenant général Yobck. »
La défection du général Yorck coq* traignit Murât à se relier sur Posen.
Bientôt Macdonald vint se râtîigier i I>antzick. Schwartzemberg, ménagé par les Russes dont il n'inquiétait phis les mouvements , établit ses can^ tonnements sur la bmite du grandduché de Varsovie, et Reym'er, toujours poursuivi par Sacken, prit position à Wengrod.
L'armée d'invasion était réduite au quart; la Russie était sauvée, et le contre «coup de cette grande reactioa aUait bientôt branler l'édiice mal affermi de la puissance deNiq)oléon. Les rois de la vieille Europe mesuraient leurs espérances à l'étenaue du désastre impérial. Cependantlesoldat-empeieur menaçait encore ; son génie n'avait rien perdu de sa portée et de sa vigueur; mais le prestiee de ses armes était détruit ; l'Aneleterre r^renalt son ascendant, et Ta Russie, comprenant tous les avantages de sa nouvelle position , renouait en silence les fils rom-» pus de la politique de Pierre V* et de Catherine II.
Nous avons cru devoir donner quelques développements à cette campagne de 1813, dont les résultats ont changé la face du monde ; les événement qui ont suivi offrent sans doute une haute signification historique, mais ils ne sont plus que l'expression d'une résis* tance héroïque, et ils manquent de ce caractère générateur, de cette force d'initiative qui marquèrent la période que nous venons de franchir.
(1813.) L'année 1818 s'ouvrait pour la France sous les plus sinistres auspices. Lord Walpole négociait à Vienne, et ébranlait, sans trop de
iêt
I/UniVERS.
poléott par 4e$ promMies nagnifiqoes.
Plus TAntridie éUît dîBDosâ à profiter 4e ces offris t plvs il lui importait d'eo^mtir Iesioii|i0|on6 da cabinet des Tuileries ç le général Bidxia fàt espé* dié de VieMBe a Paris , porteur des piK>^ testaiioBS les awiiis équivoques. La Biédiationde P Antricbe entra la Fraoee et la Russie fut acceptée au moment même où l'attitude des Prussiens et dte Sdivartidmberg ne laissait plus aucun doute sur leur détermination ultérisBre. Eugène, que le départ de Hurat pour Naples laissait maître de diriger la retraite , éraeua successive»ment Posen et Berlin , Tivement pressé par Wiotsingefode et WittgeosteJB.
La Russie 9 sans décliner la médiation de rAutrldie, ne voulait traiter que du consentement de T Angleterre, et demandait des garanties. Bans toutes les oégocistions de cette époque, M. de Mettemieh déploya une rare haUlelé , et les ministres vançais furent complètement sa dupe. Au reste, les preuves authentiques d'une intelligence formelte entre les cabinets de Vienne , de fierlin et de Pétersbourg •ont désormais acquises h l'histoire; OB les trouve dans une lettre de rempereur d* Autriche au roi de Prusse.
Cette pièce, datée du mois de décembre laiS , est rapportée dans le Recueil de pêêeee qj^Sciefisf , par Scbœll.
Cependant les conséquences de la réaction se développaient avec rapidité; Mp de Nesseirode concluait un traité avec la Prusse; bientôt TAllemagne entière se souleva au nom de ces idées d'indépendance et de ces principes de liberté dont la révolution française était le symbole. En Allema^ , comme na^ère en France , ces idées et ces principes triomphèrent ; ainsi tour è tour vaincus et vainqueurs témoignèrsnt de rinfaillibilité et de la puissance du système régénérateur.
Par le traité de Kaliscb , Alexandre s'engageait à ne pas déposer les armes jusqu'à ce que la Prusse eût recouvré le territoire qu'elle possédait avant la guerre de lâOO.
. Att mois de mars, le traité de Stock-
hekn mit les forces de la Suède, àéik détacfaée de la France, en mesure de prendre à la lutte une coopération active ; r Angleterre céda aux Suédois la Guadeloupe, et la possession de la Norwége devait être le inrix 4b leurs servioes foturs.
Cependant Bliich^ et Wintzingerode vinrent prendre position devanl Dresde; Wittgenstein et Koutousof s'avançaient en même temps, et menaçaient Davousl du poids de leurs forces combinées. Napoléon , pafrti de Saint>Cloud le 16 avril , était dans les plaines de Lùtzen le V^ de mai. Cette victoire, que suivirent bientôt les journées de Bautzen et de Wurtcfaen , semblait avoir réconcilié la fortune avec l'empereur ; l'armistice de Pl^svitz donna aux alliés le temps de recevoir de nombreux renforte, et arrêta l'élan de l'armée victorieuse. D'un autre côté, l'Autriche, dont l'attitude hostile n'était plus un mystère, organisait ses armées et ses ressources, et n'en autorisait pas moins ses agents diplomatiques à garder tous les dehors de l'alliance préexistante. Le congrès de Prague n était qu'un artifice dilatoire; il fut bientôt rompu malgré Napoléon , et probablement à cause de son empressement à traiter; à cette occasion, T Autriche leva le masque:
« Les alliés et l'Autriche , annonçaitelle dans sa déclaration , étaient déjà réunis de principes , avant çue les trai* tés eussent déclaré leur union. » Cette rupture permettait aux alliés de prendre l'of/ensive, et, en concentrant leurs forces en Bohême, de tourner la base des opérations de l'armée française qui s'appuyait sur les places de rOder et de TElbe. L'or de l'Angleterre était le nerf de ces immenses mouvements ; elle paya à la Russie et à la Prusse deux millions de livres sterling pour l'entretien de leurs armées; et, indépendamment de ces avances, on créa pour cinq millions sterling d'un papier-monnaie, dit argent'fedératir, et qui fut garanti par les trois puissances. Outre ces stipulations, le gouvernement anglais se réservait de aisposer des forces navales
de la RusfllAJtenffii lés pbttiet oottfnMN* tanles ^eÊig^ëaàwtàm pas Bégoder avec Vemiemi commun.
AlcxanéK , Frédéric , Guittaone «t Itamadctte s'étaient réunis à TncÊÈeiïborg €B Silésie, où se frouvafimt énr knent les plénipdteBtiaîris d'Aotrià»
et d'Angmerre, pour y ooneerter im pla»d*opÀBtioiis raîlitaîres. Les forées disponibles des alliée s'élevaient alors à biiît cent niiUs hooMaes. La bataille de Dresde, gagnée |wr Napoléon, Ait sangiftnte et eompiète; un ooulet franjais atteignit Bf oreau , et lui sauva la BontBdepéaéC«g,àla euite de TétraiH ger, jnsf D'au cœur de son paye natal. Il est difficile de décider quels furent les nurtîfe ^i le détenninarent à quitter sa retraite dans le nouveau monde pour Tsmr mettre au service des aUiés son épée kHigtemps inactiye. Se laissa* t-il séduire par l'espoir d'éclîpser la glaûre de son ancien rival , ou n'eut-il ^ la faiblesse de céder aux séductions d'Alexandre P II tomba mortellenent frappé à cdté même de ce prince fu'il aeoompagnait sur le ehamp de bataille, et a qui il oommuniqnait en œ moment queloues observations.
Transporté dmis la petite ville de Labn en Bobéme, ce général supporiia avec fermeté l'amputation des deux janriies que le boulet lui avait fracas* sées. n eut encore la forée d'écrire ^elqoes Ugnesà l'empereur Alexandre, et monrut sans pouvoir les achever.
Ce prince loi avait ôté plus que la vie : il avait oompronns sa gkâre ; profondément ému de cette fin pitovidentielle ,. U écrivit à la veuve de Moreau une lettre |4eine d^égards et de sensibilité^ et lui assigna depuis une pension oon* sidéraUe.
Cependant Oudinot avait laissé au prince royal le temps de concentrer ses forces entre Spandau et Beriin. Il fîit battu à Gross-Beeren. « Il échoua , dit M. de Bontourlin (Histoire de la campagne de 1818) , parce que ses dis* positions étaient en opposition avec les vrais principes de rart. La direotion divergente que^ de Trebbin, il donna à ses trois corps sur Blanken»
M, Gross-Beeren et Alirendorf, ne
pouvait manquer de les faire battre en « détaU.»
Un retard semblable oocasionna l'écbec que le corps du due de Tarante essuya sur la Katzbach , et l'ardeur* inoonsidéiée de Vandanmie eut des suites encore plus désastreuses. Empruntons la relation du colonel fioutonriin.
« A l'approche de Vandamme , le d^t du ^nd quartier {général aUsmand et celui dn corps diplomatique,les cabinets des souverains alliés ^et une foule de grands p^sonnages quii s'étaient entassés à TooHiis, avaient* pris la foite , les uns du coté de Diitch , les autres du côté de Labn. Déjà l'avant-garde française n'était plus qu'à une demi-liene, lorsque l'ennemi , cessant tout à coup de plier, avait opposé hi plus vigooreose résistance*
« Le comte Ostermann, commandant les grenadiers de la gtfde russe , s'était placé à travers le chemin. Il avait orare d'arrêter Vandamme à tout prix. L'arméedes alliés descendait alors sur TœpMtz par tous les ravins de la montagne. Sa position était critiqueL Si Vandamme arrivait avant elle, le sort de plusieurs colonnes était compromis ; mais quelques heures de délai pouvaient tout sauver.Ostermann et ses grenadiers avaient compris ce que le salut commun exiflcait d'eux. Ils s'étaient montrés dignes d'occuper le poste du péril , et le vallon de Tceplits était devenu leurs Tbermopyles. L élito. de la garde russe s'y était foit tuer : Ostermann avait eu un bras emporté; mais Vandamme n'avait pu. forcer le passage.
«Cependant Vandamme « une fois engagé, avait appelé successivement toutes ses forces à son secours. Les sommets de Peterswald avaient été dégarnis , et le premier corps avait fini par se trouver tout entier entre Kulm et Tceplits , au pied du Geyersberg. Il était trop tard. Ost^mann avait gagné le temps nécessaire; d^ Barclay de ToUy était accouru à son aide avec les premières colonnes arrivées. Schwartsemberg n'avait pas tardé à lui en envoyer de nouvelles ; Vandamme , (orcé
de se retirer sur Kulm le 29 au toir, avait pris position entre tes Tillages de Karwitz et de Pisten.
« Son entreprise sur Tœplitz était manquée ; il pouvait y renoncer et profiter encore de la nuit pour remonter avec toutes ses tnmpes à PeterswaM.
Le conseil hii en avait été donné; mais sa malheureuse étoite l'avait emporté : il s'était décidé à se maintenir dans la position ou'il venait de prendre. Peut-être devait -il croire que Tarmée ennemie, poursuivie pendant ^atre jours de suite dans les vallées mbospitalières de FErtzebirffe, ne pourrait en sortir que dans le plus grand désordre; il devait du moins s^attendre à voir les oolonnes fran* çailes, non moins actives que les vaincus, arriver assez tdt sur leurs pas pour les empêcher de se rallier contre lui. H n'en a jias été ainsi.
« Le 80 au matin , ce n'est pas seulement Tennemi de la vellte, cesont les troupes de Schvartzemberg et de Barclay de Tolly qui sont tombées en bon ordre sur Vandamme. On avait tourné sa eauche; d'autres oolonnes l'avaient dâordé pour lui couper toute retraite; il s'était vu environné par plus de quatre-vingt mille hommes:
pas un de ses quinze mille compajgnons ne semblait devoir échapper ; mais l'intrépidité supplée à tout : nos Français avaient fini par triompher du nombre et des dangers. Vandamme, après avoir soutenu, -pendant toute la matinée du 30<mai), les efforts de cette nuée d'ennemis , -se retirait sans être entamé, évacuait Kulm , et se disposait, vers deux heures, à remonter à sa première position , lorsque tout à eoup un nouvel ennemi , apparaissant sur la montagne et saisissant tous les défilés en arrière, lui avait barté le chemin de PeterswaM.
« Ce nouvel ennemi , c'était l'armée prussienne de KJeist, échappant au marédial Saint -Çyr, débouchant par les bois de Schônwald , se pissant à travers le vallon de Telniti , heureuse d'avoir ainsi tourné la position de Peterswald, et se hâtant de descendre sur la chaussée de Prague, avec tout
l'empressement d'une fi^pde qni se sauve de sa perte par'^n passage inespéré.
« Si Vandamme se fdt trouvé à Pe> terswald , Rieist et tous ses Prussiens étaient pris. MaisKleist mettre de cette hauteur, au pied de laquelle était Vandamme, c'était ce dernier qui devait être accablé. Cependant les Prussiens, à la vue des Français aui remontaient à leur rencontre, s'étaient crus de nouveau perdus : ils avaient hésité un moment. Les Français, au contraire, apercevant les Prussiens, s'étaient aussitôt élancés sur eux : Corbineau était à leur tête. Rien n'avait pu soutenir leur choc. Passant sur le corps de l'avant -garde ennemie, ils avaient tout culbuté, tout entraîné; et,jprodige de fureur aussi bien que aaudace, ils avaient enlevé aux Prussiens jusqu'à leur artillerie. Cependant les Prussiens, refoulés sur eux-mêmes, s'étaient ralliés , et la mêlée la plus épouvantable avait recommencé.
«Qu'on se figure une chaussée étroite, encaissée dans le flanc des montagnes, et, dans ce creux, deux colonnes , dont l'une monte et l'antre descend , qui se rencontrent , s'arrêtent d'abord par leur masse , se foulent , se brisent au second choc, et finissent par se faire un passage l'une à ^vern l'autre. La confusion et le tumulte sont au comble ; diacun combat corps à corps, mais ce n'est plus pour vaincre , c'est pour passer. On se culbute jilutdt qu'on ne se tue : généraux , officiers et soldats, tout est pêle-mêle. Ici Vandamme est entraîné oar les Prussiens, là c'est KJeist dont les Français viennent de se saisir : ils sont pris et repris; KJeist est enfin délivré par les siens : on assurait, dans les premiers moments, que Kleist et Vandamme étaient restéi morts dans la foule.
« Tous ceux qui ont pu se dégager du défilé de la route , et se jeter dans les rochers et les bois voisins, par* viennent à s'échapper des premiers Les Prussiens courent se rallier à Ta* vant-garde de Barclay de Tolly: les Français arrivent à Lidienau , ou ils sont recueillis par les troupes du ma-
lUSSIE.
Saiiil-€yr. BîMtdl les Mnticrt de la laoolagDe se remplîsseDt de soldats dispersés, qui, semblables aux ctmiaietg démontés dans un choc de GsivaAerie, ii*ont rien de plus pressé de retourner au camp. Le général , qui commandait la caTaïede Vandamme , arrive jusqu'à l'en»- >, dont il est aide de caflap. Coude s»igennemiet Messe lui«fntoe , il est eneore armé d'un sabre prussien qne^, dans la mêlée , fl a échan^ contre le sien. Les généraux Dumonoeau et Ptiifippon sont également sauTés ; mais le générai Hdmnd, oui venait de passer du scrrice de Bade a celui de France, est resté parmi les morts. Le général Oayot, et Ib général Haxa que ses faiessnres avaient forcé de rester à Knlm , sont prisonniers. Quant au général Vandanme^ dont Taudace a été si maUieoreuse, H n'est jpas tué; les siiiés le tratneot en triompne à Prague : cependant on apprend oue la plus gnnde partie du corps d'armée des adiés , descendue par les ravins de la montagne, se rallie à ^rma. Trente pièces de canon et plus de trois cents vnitorcs, caissons (Péquipage et d'artintarie , sont perdus pour nous.
« Ainsi non^seulement la ^aode armée ennemie est sauvée , mais die Test par une vietotre-, et ce sont ûëk tro* qu'dîe rapporte de sa déf)aiite de
■ Nmioléon recueille froidement le détail de ses pertes. Ce qu'il ne peut concevoir , c'àt que Vandamme se soit laissé enti^tier en Bobéme. Â une oT' mufeqidJM, répète-t-il , U/aut faire m^potUcTor os une barrière d^ader.
Or^ P^andamme ne pouvait pas être cette barrière ^ader. Puis se tournant vers le maior général : AurUmênom donc écrit quelque chute qui aie pu lui itupirer cette fatale pensée f BerUder, aUez chercher vos minutes; FaiUf voyons les miennes; vérifions tout ce que nous avons écrit. Le major sénéral apporte aussitôt son livre d'orares ; le secrétaire du cabinet représente ses minutes : on reHt toutes les lettres, et Ton n'v trouve rien qui ait pu autoriser le malheureux général
à mnttsr sa pesitiott de Peterswald. • L'empereur se contenta de dire au duc de Bassano : Eh bien l voUà la querre: bien haut le matin, et bien, bas le soir.
Nous avons dté tettudlement le colond Boutouriin , dont les mémoires militaires olfrent le double mérite du talent et de l'impartialité, parce que le désastre de Toèpliti a préparé oàui de Ldpsiget dédoéde la campagne de 1818. La défection du général Wiède, et l'explosion prématurée d'un pont su» lequeN'armee allait francbir l'Elbe, forent les causes de la déûd te de Ldpzig (Mémoires écrits à Sainte-Bélène).
Les places fortes de l'Allemagne tombèrent successivement au pouvoir des alliés, qui s'avancèrent jusque sur les bords du Rhin. Déjà les Fran*
Sis s'étaient vus forcés d'évacuer la ollande, tandis qu^au midi Soult, pressé par Wellington y. repassait la Bidassoa»
Cependant-, par la déolasation de Francfort, les alliés annonçaient qu'ils ne faisaientpoint la guerre a la^FruMc , mais à Napoléon. Laipaix,.tour à tour demandée, offerte et refosée, variait tellement dans ses bases, qu'il était aisé de- reconnaître combien les deux partis étaient peu disposés à l'établir sur des déments durables. Les alliés voulaient réduire* Napoléon à Fimpos* sibilité de les inquiéter à l'avenir; l'empereur des Français ne pouvait envisager la {Miix que comme une trêve qui eût fourni à son génie de nouvelles ressources pour recommencer la lutte avec moins de désavantage. Ces con* ndârations déterminèrent les alliés a s'anrêter à un plan dont, les conséquenee^extrémes trahissaient l'intention de ne plus trdter.
«Il 'S'agissait désormais de trans^ porter le théâtre de la guerre sur la rive gaudie du Rhin, et d'arvadierà la F)rance les provinces dont la possession lui permettait sans cesse de troubler rAllemagne ou de menacer Tin* d^ndance ue la Hollande... Ce fot alors qu'à la place du plan convenu à Kaliso) , le gouvernement britannique proposa raecution de cdut que Pitt
LUNIVEKS.
àf'ilMr-
avail fraeé eu t8K. Os
néumeiav, àcBlte
eefoîr qne oe pba
d^vD génie toMiiBt , étant
en oe qne, sanctionnant Pninipntion,
il|wé|MiMt<elotnlactoej|B>trtne«,
œnetrafte; on entrent U poesibllité
4e I» iolidité an noovd édifiée politHfoeqn'on ae mopoeait d^âeter. Moneieor« frère dn ni, délwana le 97 jottYiercnHollHide,nMni des pleine pouvoirs dn roi 4e Fhnee, et se icndii an qoaiticr cénéni des monaïqnea alliés... (Sotett). »
•La campagne de 18t4 mit de nonvean dans font son jonr le génie gnnrrier de Kapoléon; les Tidoiras de Chanv-Ankert, de Monteirail* de Yaufliwnp ^ renyottées aiee lesdftris d*nne année contre des forces bien snpérîenes, auraient pent-étre sanvé la France impériale si tonte la population edt été animée dn même esprit nue rarmée Les troupes alliées, réduites à cent vingt miOe bonuneSfSe treovaient coimées de la ligne dn Rhin, aieia<€i entre la capitale et les troupes franaalses TÎctofieases : mais^ il 6nt le diro, U Kranoe était épuisée, et n'ennsageait un triomplie momentané qne eonune le prélude de nouveaux aacriioes. Dans cet état de choses , les paitisana de la hmHkd des Bourbons, qaj ataieat renoué toutes leurs întrwms, ne négligeaient rien pour lé»
eeiler d^andenncs sjrmpathies. La {génération nouvelle se doutait à peme ^*il cnstât une dynastie dont les trtKS béséditaires posent être mis en lirianri avec les droits de Tépée; maïs les neèles,qne Hapoléon avait eru rafrtaclier à son systêîne par des emplois et éa ftfvoHs ^ répandaient d^à le biuit quels but des oMmaniucs coati- 8é& était de rendre i U France ses prinoa légitimes.
CependaotNapoléonvenaitd'essajrer un échec à b Rotbièrei les néi^odations de CMtillon se poursuivirent, mais sans qu^on en espérât d'accom-
Le rcfas devait dira
I orémd*aaltematîves
Les souverains coniédécés deman-
de succa cl de rëvcn, la d%n prince de la maiaon de Bourbon sur le sol de b Tnaet apprît à fenaperenr que ce n*était pas senbmcnt contre les aimu de rétrancer qu*ii avait à lutter, rt qne les dissentiments civils rendraient sa tâche phe pénible encore. Il s'était vateement flatté d'amener b prince de Scbwarizembefg à une bataub décisive; dès lors, pour couvrir Paris, il se nt forcé àe dméminer ses forces. La capitubtion de Soissons assura b conununicatioo de rarmée des alliés «dite du NMd, et de ceUe de Silésie que commandait Blûcfaer. Ce général marcha sur bcapitab avec cent miUe hommes. En même tem|i8, par b traité de Chaumont, les allies s'engansaient à ne déposer les armes qu'après Pacceptation définitive de leur ultiraatom. rat de joore après, le congrès de Châtillon liit rompu , et Ton apprit, à Paris, ooe b duc d'An-
Soulénie était à Boroeaux. Le comte 'Artois se trouvait déià à Yesoul.
« Après b glorieux ocndat d'Arcissur-Aube , Napoléon manœuvra eneore avec une paiide habileté pour attirer les cnnenus loin de Paris, en se portant flor b haute Marne, comme s^il cet persisté dans b projet de couper leurs communications avec b Rlun. Mais alors il était trop faibb, surtout en cavabrb. L'ennemi ne iiit point dupe dp ce stratagème tardif; il savait b force de rempereur aussi bien que luimême « et connaissait mieux que loi les faibles dispositions de défense qui avaient été prises à Paris. Laissant donc les Français les attendre sur la haute Marne, et débarrassés de Mortier et de Marmont , qui axaient reçu l'ordre de quitter les bords de l'Aisne pour se râinir à l'empereur, Blûdier et Bubw marchent sur la r;ipitale.
« Les maréchaux Mortier et Marmont , rencontrés à b Ferté-Uiampe-
mussiE.
rr te oom nooèrcux éB GâtararaiéB de Siléiitt nefataA uatnair à joindre Tmagamt. et Jurent en coHlnive kettas et nfelée
• Wii|poi6oii^peBtteiTi, fageeié |nr ^B nne homne^ de cifslnrie rane ^ anrifait à Saint-DiziePt doyant es^ tnfaer fennenii sur ms tneee, lore»
^^1 miit qae toute la maeie dei mmn méM élait aoos les mon de V<nîi. H eongea à létcograder; maïs cette firasse spécalation aTait décidé le asrt de la campagae. »
Parât aprèa oee déiense de quel* ques beiires, capitula; les oorriery «TBseni demandé te armes et n'avaient pa en obtenir. Le due de Vî- «enoe ooomt à Paris pour suspendre cette Gapîtolation; il âait trop tard... Napoléon se retira à Fontainoteo.
Kow avons dû suirre, quoique som* ■lairement, les événements mémonUes qni précédèreii^ TabdlcatioD de l'ensperenr; dansées amiées si pleines ^ le rôle de rhislorien se borne à edui dTon oompilateor; embarrassé jpar i'abondanoe te sources, oe n^est qa'avec peine qu'il parvient à dégager les ma^manx de cette époque de la naesion du moment qo'cùltaîeDt tant d'intérêts froissés , ont d'espérances ymaitifanteey tant de baines longtemps comprimées. On trouvera peut* être que nous avions accordé trop de
eiœ, dans un cadre aussi borné que nôtre , à des Êdts qui se rattachent plnn pnrticuMèeeimnt à Thistoire de la France impériale on'à celle de Russie; mais f poor peu qiron y réfléchisse , on leeonnattra que le nœud te affaires de FEnope tenait |»issque exclusive»
ncat à la coarenne de Napoléon; et telle est riniloeace qu'a exercée sur non époqpue cet booMM extraordinaire, que aes aHiés comme ses rivaux n'ont , -^ — ainsi dire , d'autre histoire que la
La capitulation de Paris fot signée par ko maréchaux Ifortier et Marmont. Une déclaration particulière de rempereof Alexandre confirma les espérancea pneittqaes déjà exprinite dans la proclamation du généralissime
des teenpel aliitet asais en y i^outant que les seufvrinns cottftdéreo ne tral* tmieutpinsavee NapoléouBousparle , wà anrce aoeon membre de aa faonUle.
La eîtation narvantet enqmmtée an manuscrit de 1814 , jelta foulque joiar sor cette déterminatioft«
« Le 81 à midi , l'empereur Alexan* dre et le reâ de Prusse avaient finit leur entrée: cette marche militaire»
d*abord pais&le* avait fini par deve* nhr bruyante : dâ crie en faveur te Bourbons s'étaient Êat entendre; te cocardes Manches avaientétéarfowte, et les Parisiens étonnés, cherehaol te yeux l'emperettr d'Autriche, avaient appris «vee inquiétude qu'il était encore bien loin.
« C'était chei^^M. de Talleyrand que l'empereur Alexandre était aie des* œndre. Cet ancien namslre aivait dû soivre rimpératrice sur la Loire, il en avait reçu Tordre; mais il s'était Ikit arrêter a la barrière, et ramenée dans Paris pour en faire les henneuia aux alliés.
« A peme le tsar était-il tnetallédana son logement, (ju'tl avait tenu un eo»« seil sur le parti politique que les alliés devaient adopter. M. de Tattesnrand et ses principaux confidents n'avaient pae manqué n'être appelés à la délibâration. Vainement le due de Vicenoe s'était nrésenté pour obtenbr l'audience quTon mi avait promise; la cause de son prince était déjà perdue ou'îl n'a* vait encore pu se âûre entendre.
« Au surplus , le public n'avait pas taidé à ^re mis dans la confidence ; déjà M. ds Nesseirode avait écrit au niefet de polloe de mettre en liberté toue les individus détenue pour attacbemeat à leur léglUme MmveraiH; et, bientêt a|Nrès, les nwirs de Paris avaient été placarte d*onedéelaration %e reaapereur Alexandre portant «l'on ne voûtait plus traiter des intérêts de la France avec Napoléon , ni avec au* eun membre de sa fomille.
« Le dne de Vicenoe avait non- seulement plaidé la cause de celui qui l'envoyait , mais même celle de l'impératrice Marie-Louise et de son fils. Les souverains alliés se refusèrent à toute
L*DNIV£RS.
oégodation , attenda que les proposi* tions «Partes n'étaient pas celles que les puissances croyaient devoir entendre , surtout après la manifestation éclatante des sentiments de Paris et ée toute la France. »
Les convenances ne permettaient pas à M. Fain de tenir un autre langage; nous sommée même persuadé que sa conscience pouvait avouer toute 1 expression de ses honorables sentiments : mais, sans prétendre à redresser un jugement qu'il pouvait mieux que personne établir sur des données positives, nous tirerons des mêmes faits une appréciation différente ; dussions-nous iroisser l'orgueil national , nous dirons avec une conviction profonde que, dans Pintéitt de l'humanité et de la France elle^éme , les alliés ne devaient point traiter avec l'empereur; une rupture eût toujours été imminente, et la crainte djiostilités Ultérieures les eât rendus plus difficiles sur les conditions : le génie de Napoléon eût été un obstacle a l'introduction des formes constitutionnelles qui replaçaient la France dans les limites gouvernementales que le despotisme militaire avait dû franchir, une fois ce grand pas fait, die devait, en peu d'années, trouver dans sa position, dans la richesse de son sol et dans le génie de ses habitants, un développement de puissance préférable, selon nous , à des conquêtes exoentri-
Îues, toujours près de lui échapper, 'els furent les bienfaits de ce nouvel ordre de choses « que, malgré la répugnance naturelle à un grand peuple de se laisser imposer un roi par des ennemis victorieux , le tr^ne des Bourbons se serait consolidé , sans les tentatives impolitiques qui tendaient à ramener la France a la monarchie pure, qu'ellen'acœptera jamais qu'avec la gloire; et, d*un autre côté, tels furent les éléments de force que reçut l'esprit publie dans une courte période de quinze années , que ce tronc antique , si laborieusement restauré , s'écroula en trois jours, quand le prince osa déchirer le pacte. '
Nous ne sommes pas non plus de ceux qui font un crime à M. deTalleyrand de ne s'être pas sacrifié à une cause perdue ; on ne peut exiger qa^on diplomate qui a passe sa vie a calcoler les chances dans tontes leurs éveotualités , se trouve être , au jour du danger, un homme d'abnégatioa et de dévouement ; mais si , tout en soÎTant la pente irrésistible des révc^tions ,11 plaide encore avec habileté la cause du pays , si ses efiforts , même en changeant de rôle, parviennent à adoucir les sacrifices, n'a -t- il pas fait pkis pour le pays que s'il se fût inoposé une persévérance stérile?
Après être resté quelque timips à Paris, où sa présence excita un enthousiasme difficile à décrire, Alexandre se rendit en Angleterre.
Le danger avait étroitement uni les souverains ; le partage de la conquête fiiillit les désunir.
« On peut dire que , dans oe partage de l'Europe, le droit de conquête rat consacré; en sorte que, loin de rétablir le droit de propriété, en remontant à l'époque qui précéda les invasions de la France, on admit des points de fait comme noints de droit , et les innovations ne nrent que changer de forme ( Considérations sur l'état politique et commercial des puissances européennes). »
Les principaux objets qui devaient faire le sujet des délibérations du congrès de Vienne étaient :
1* La disposition des territoires auxquels la France renonçait, ainsi que des autres territoires que l'empereur Napoléon avait possédés à autre titre qu'a celui de dief du gouvernement français , ou qui étaient possédés par des membres de sa famille, et auxquels il avait renoncé pour lui-même et pour eux (cet article comprenait les indemnités, restitutions ou acquisitions réclamées par l'Autriche, la Prusse et la &irdaigne);
3<' Lai fixation du sort de la Pologne , ou celle des acquisitions de la Russie^
3<> L'organisation de la ^nfédération des États de l'Allemagne ;
HUSSIE.
^ La garantie de TiNfganisation de fti Suisse;
&* Les rMements relatifs à la nafigstion du Khia et de quelques autre!
6" L'abolitioii de la traite.
La Prusse ne déguisa pas ses pré* tentions sur la Saxe; de son ooté, Alexandre déclara qu'il ne se dessai* allait pas du grand-dodié de Varsovie , et qu*n faudrait l'en chasser.
M. de Talli^nd, qui représentait la F^ranœ, avait trop de tact pour essajer d'y prendre le rang que ses ta* lents lui auraient assigné en toute au* Ire dreonstanoe; il ne lui restait qu'à envenimer adroitement les dissidences des autres cabinets, et à les opposer les uns aux autres avec tous les dehors de l'imputialité. Dans cette position délicate^ il fit bon marché de tout ce (fa'il ne pouvait sauver, et servit les intérêts de la France restaurée avec d'autant plus d'efficacité que ses objections étaient présentées i>ar des tiers. Le roi de Naples fut sacrifié à ce nouvel ordre politique. Les ministres de Louis XV 111 , secrètement appuyés par l'Autriche, s'opposèrent de tout leur pouvoir à la cession de la Saxe au royaume de Prusse; T Angleterre, au.
contraire, favorisait les prétentions de la cour de Berlin. M. de Metter* nidi , dont la prépondérance au congrès ne saurait être eontestée, paraissait voir sans ombrage raecroîssement de la Prusse; mais il ne cachait point qoe Textension du territoire russe jusqu'à la Vistule était inquiétant pour rEnrope. C'était d'autant mieux déguiser sa poisée, relativement à la Prusse, que ses appréhensions en ce qui regaraait la Russie, devaient parattre plus naturelles. Alexandre consentait à donner à la Prusse la ligne de la Wartha, et celle de la Nida à TAutriche, mais à condition qu'on le laisserait imposer à la Pologne telle forme de constitution qu'il jugerait convenable ; fiitigué de ces lenteurs , il envoya le grand-duc Constantin à Varsovie annoncer aux Polonais que leur existence politique serait conservée , et qu'ils devaient s'apprêter à la dé-
femhre. Cependant M. de Talleyrand , prenant en main la cause de la Saxe, représentait que l'abandon de ce royaume à la Prusse, outre qu'il portait atteinte au principe de la légitimité, aurait une influence funeste sur l'équilibre de FEurope : 1^ en créant contre la Bohême une force d'agression très*grande, et en menaçant ainsi la sdreté de l'Autriche entiâre; 2* en créant, au sein du corps germanique et au profit d'un de ses membres , une force d'agression hors de proportion avec la force de résistance de tous les ^autres. Le ministre fran^is consentait néanmoins à ce qu'une partie de la [Saxe fût cédée à la Prusse ; cette identité de vues avec M. de Metternich laissait entrevoir l'intention de trouver dans le tabinet autridiien un point d'appui ; les intérêts français se trouvant entièrement isolés au mi* lieu de tant d'intérêts opposés ou éi»
vers. M. de Nesseirode , par voie de conciliation , communiqua aux pléni-
g)tentiaires d'Autriche , de la Granderetagne et de Prusse un nouveau projet de partaj^e ; les principales conditions en étaient: 1» la cession du duché de Varsovie à la Russie; ^ la liberté du cours de la Vistule; 3* la cession du royaume de Saxe à la Prusse , avec la condition que Dresde ne serait pas fortifiée; 4"" la formation d'un État séparé sur la gauche du Rhin , qui comprendrait le duché de Luxembourg, les villes de Trêves, Bonn, etc. , pour indemniser le roi de Saxe. Mayence et Luxembourg devenaient places de la confédération:
TAutricne recouvrait en Pologne ce qu'elle avait perdu par la paix de Schônbrunn, et une constitution libérale était promise à la Pologne, tant g}ur les provinces dépendantes de la russe et de l'Autriche , que pour celles qui relevaient de la Russie. Après de longues discussions , on convint enfin de laisser au roi de Saxe une partie de ses États , et d'abandonner le reste à la Prusse. Frédéric 'Auguste résista inutilement; dans l'impossibilité de lui arracher son consentement, il fut décidé qu'on passerait outre , et ce mal-
L'UNIVEES.
heureux prince fiit contraint de ngner sa ruine.
cette conduite des grandes putesances efifrara les petits États de VaIlema^ne; In sentirent le besoin de réunir leurs représentattoot , et la Russie se déclara protectrice de tous ces intérêts en péni ; c'était annoncer qu'elle prétendait exercer une sorte de suprématie sur le corps germanique.
L'Autridie voyait avec inquiétude les empiétements de la puissance russe; toutefois elle avait en une large part dans ces réparations ; elle recouvrait toutes ses possessions dltalie, gardait Tancien État de Venise en vertu du traité de Campo-Formio. Elle avait ' garanti Murât de toute attaque contre le i^yaume de Naples; mais, au mépris de ce traité , les puissances alliées déclarèrent ce prince déchu ; les négociations au sujet des duchés de F^rme et de Plaisance duraient encore , lorsque Napoléon débarqua à Cannes.
La nouvelle d'un retour si inattendu interrompit toutes les négociations, et tes princes mirent au ban de FEurope le grand capitaine qui tant de fois les avait fait trembler.
Nousnedonneronspasl'énumération de toutes les fêtes qui furent données à Fempereur Alexandre et au roi de Prusse dans le séjour qu'ils firent en Angleterre; nous remarguerons seulement que l'empereur échpsa le roi , et que le vieux Blûcher eut sa part des ovations bruyantes dont les deux souverains furent l'objet. Il faut dire à la louange d'Alexandre que ces manifestations étaient peu de son goût ; toutes les fois qu'il put s'y dérober sans s'écarter des convenances , Il le fit sans affectation et avec cette noble simplicité oui était dans son caractère, rfaturellement porté à fa piété, tes grands dangers qu'il avait courus et le rétablissement inespéré de sa puissance avaient encore exalté dans son âme ces sentiments de ferveur et de gratitude. Après la retraite de Moscou , il avait fait frapper une médaille qui fut distribuée a- tous ceux qui avaient fait la campagne de 1812, et sur laquelle on Hsait cette ioscription :
Ce n'éU pa$ à nom t Seigneur, nuiim
àt(mnom(Niénam.niénam,GAcm-' podiy no hmàn tvoUmou). Alexandre remit à lord Erskine nne lettre, en lui disant : Elle est de mon ami et précepteur le ceAoMi Laharpe, auquel je dois les principes gui me guideroot tonte la vie. Il avait reçu» ainsi que leroidePmase, Fordiredela Jarretièx«; la ville de Lombres leur eonléra le droit de dté; à Oxford, ils furent investis des privilèges universitaires-Cest ainsi
Se la vanité des hommes se maiii* ite jusque dans l'expression de leur estime.
« Le dernier acte de cette série de fêtes, de banquets et de représentations, ne parut probablement pas le plus iigréabie de tous pour les deux princes; car ce fut une remarquable exhibition de la puiasance militaire de la Grande -Breti^e. On avait réuni , pour une grande revue dans Hyde- Parc , tontes les troupes r^ulières qui se trouvaient dans les environs de Londres, avec les volontaires de la métropole. Mais une autre revue bien plus hnposante , ce fut celle de quatrevingts vaisseaux de ligne qui eut lieu à Portsmouth; le prince régent |irécéda ses deux hôtes dans oe port, où l'attendait le duc de Qarenoe avec quatre -vin^j^t- neuf amiraux^et capitaines , et dix mille matelots. Les deux monarques étrangers s^emfaarqiièrent avec le prince sur la rade «-suivis d'un immense cortéee de barques. Le défilé commença par les chaloupes de ouinse vaisseaux de ligne : ces chaloupés étaient suivies des lords de l'anirauté dans leurs barques. Le yacht le Royal Severing était décoré du drapeau toitannique: les aigles de Russie et de Prusse ornaient les autres embarcations. Une mer tranquille et transparente , un cid serein , fevorisaient cette fête où s'épanouissait le génie anglais. Le cortéffc se dirigea vers la flotte qui était à rancre sur une même ligne, dans la rade extérieure. GbacuQ des vaisseaux tira -quarante-deux coups de canon au moment où les monarques passaient le long de leur bord.
« Cette fête maritime dura deu\
joors. Les moiiafams vkitèfenl i«m te pins gtaml détail toi» let élafaMsBe- ■MDts, examisèreot les prodîget de nécnioM H de puissaoce indostrielle que renfenne ce vaste arsenal. Le second joor , ao brait d'une salre générale, les princes Bdontèrent à bord du Reyal Soverin^; après quoi ce vaisseao, ayant prisie laiige, aécata qoelqncs-ttneB des manoeirrres qni peuvent avoir fieo dans an combat navaL Tout était calenlé, dit sir Wiison, pour donner aux illnstres étrangers la plus kaule idée de la grandeur et de la puissauce de la nation. Mais lei tânoiçiages de la puîssanoa anglaise ne aant pas senleinent à Portsmoutb, ils sont en tous lieux. Les événements qnî amenaient dans Londres deux pais* sants naonarqoes, ces événements auxoads rAngleierre avait tant contribué j étMent nno preuve de grandeur bien aatrement sigmfieative que ces jenx d'une vanité nationale peu mesurée dans sea démonstrations. »
Opendant Alexandre, en quittant ^Angleterre, témoigna un grand res*
Kpoar te institutions qui font sa e et sa gloire.
Les souverains, accompagnés de la AKhesse d^OMenbonrg, sœur d'A* lexandre, et des deux fils du roi de Ptnsse, s^erafcarquèrent le 37 juin à DenvTCs, pour retourner sur le cont^ nent. Rons erapnmtons à Rabbe t qu»
noas a souvent servi de guide pour les faits dans lliistoire d'Alexandre, h récit de Kitinéraire de se prince.
« Alexandre débarqaa à Rotterdam^ se rendit à la Haye, et, de cette vile, à Amsterdam. Partout, sm* son pas« sage. Il se vit robjet de l'empcàseneal et da respect des peuples, il ne fit qu'an séteup très-eoart en HoHaade ; mais il visita Saaidaro. La maison qoa Pierre r' avait habitée en 1607 avait été préparée pour reeeveâr rempei eur * Aleundre et le pcînœ d'Orange qm raccompagnait. L'ameublement en était d'une simplicité excessive; on n*7 avait admis que le luxe de la pro* pitté hollandaise. Dans la pièce principale se trouvait uu beau portrait de Pierre le Grand , revêtu de ses armes ,
selon te style féodal Mpoiqpie, qui avait prévalu jusqu'au milieu du Sxbaitième siècle.
« Sur la porte d'entrée de cette maison » on avait placé cette inscription : Pour un çrtnd homme, Un*y a rien de trop petit. Alexandre ayant été prié par son béte de laisser un souvenir de sa présence dans les lieux qu'avait babim son illustre aïeul, li se prêta de bonne grâce à une sorte de aolennisation de la droonstance: une truelle d'argent lui ayant été présentée, il prit de ses mams du plâtre, et ixa dans la cheminée une tablette de mari>re blanc, sur laquelle étaient iittcrîts ces mots en lettres d'or : Petbo
MAONO ALBXAHDBJa.
c En quittant la Hollande , Alexandre M rendit à Carlsruhe, où l'impératrice Elisabeth et sa famille l'attendaient de-
riis longtemps. Elle ne retourna ^s Pétersnoarg avec lui.» Elle avait, dit-oo , coooi l'espoir de le ramènera sa
Première anection; car, depuis longmm , une rivale préférée roi disputait le cceur de son époux : die n*était que vertueuse, et cette rivale éte^t belle. *
Lorsque la guerre de 18121 éclate , la confiance des Russes dans la fermete d'Alexandre n'était pas. encore bien établie. En général , on le croyait au-dessous des droonstaaces; mais qaand on le vit, invariable dans sa résolution, s'adresser au patriotisme des sdgnenrs et an dévouement da peuple pour sauver la nation , la srati* tnde succéda à la crainte, et la flatterie lui fit un mérite non-seulement de sa persévérance » mais encore de tous les avantages que le hasard lui avait présentés. Cet enthousiasme univeceel le trouva sinurie et modeste, et la
été le sauva db Porgueil.. Le sénat de nt^Pétersbonrg voulut lui déoemer le titre de BM. U députe trois de ses membres, Koarakin, Tormassof et Sottykol^, pour Fenga^ à soascrife à cette canonisation pratique. Alexandre répondit aux dq^tés : « J'ai tou- « iours tâché de donner à la nation «l'exemple de la simplidté et de la K modestie. Je ne pourrais accepter le
L'UNIVERS
« titre qui m^est offert Mns in'écarter A àe mes principeis. » Et comme on lui parlait d'ériger un monument à sa mémoire : « Cest à la postérité qu'il « appartient de l'ériger, poursuivit-il , « SI elle m'en trouve digne. » On avait fait pour le recevoir de grands préparatifs; un arc de triomphe avait été élevé en toute hâte près de la barrière; informé de ces dispositions, il adressa la lettre suivante au gouverneur : « J*ai appris qu'on Êiit |)our ma « réception divers préparatifs : j'ai tou- « jours eu de la répugnance pour toutes « ces choses ; et, dans les circonstances I «présentes, je les désapprouve plus « que jamais. Les événements qui ont « mis fin aux guerres sanglantes ae l'Eu- « rope sont I oeuvre du seul Tout-Puis- « sant. C'est devant lui qu'il faut nous « prosterner tous : faites connaître cette «maltérable résolution, afin qu'il ne « soit donné aucune suite à des prépaie ratifs quelconques pour me rece- « voir. »
Le premier soin de l'empereur, en rentrant dans sa cuiitale, fut d'aller rendre des actions oe grâces à Dieu dans la cathédrale de Casan ; quelques jours après, les cérémonies reflgieuses se célébrèrent avec plus de solennité; le peuple se pressa dans les temples; et confondant les sentiments qui l'agitaient, il les reportait avec enthousiasme sur la personne du souverain.
Après avoir donné quelques jours au repos et à des affections qu'une longue absence avait rendues plus vives, Alexandre opéra [^usieurs changements dans son ministère. M. de Roumianzof fut remplacé par M. de Nesselrode.
Quoique l'oukase suivant, adressé au conseil de l'empire, au synode et au sénat , soit empreint du même ca* ractère qu'on a pu remarquer dans les pièces que nous venons de citer, nous croyons devoir le reproduire comme exprimant d'une manière plus complète les sentiments d'une dévotion fervente que le mysticisme allait bientôt dominer.
« La demande qui m'a été faiite par le saint synode , le conseil de Tempire
et le séna^ dirigeant, conoemant l'é^ rection d'un monument à ma personne dans la capitale, en me sollicitant d'accepter le tftre de Béni, me £aiit beaucoup de plaisir , parce que i'y reconnais, d'une part, la bénécuction da Dieu qui veille sur nous, et, de Tautre, les sentiments du corps entier du peuple russe. Tous mes efforts et me»
plus ferventes prières n'ont pour but que d'obtenir en effet la durée de cette raveur divine, tant pour moi-même que pour mon peuple fidèle, mes au»
jets loyaux et bien-aimés, et pour le
genre humain tout entier. C'est là mon ésir le plus ardent et mon plus grand bonheur. Mais, mal^pré tous mes dfforts pour v parvenir, je ne puis, comme homme, énre assez présomptueux pour accepter ce titre , et pour m'imaeiner l'avoir en effet mérité. Cela est d'autant plus incompatible avec mes principes, aue , dans tous les temps et dans toutes les occasions, j'ai exhorté mesu fidèles sujets à l'humilité et à la modestie. Je ne puis donner un exemple qui serait en contradiction avec mea véritables sentiments.. Ainsi donc»
en même temps que je leur témoigne ici mon entiâre gratitude, je prie les corps constitués de l'empire d'abandonner tous ces projets. Puisse un monument m'étre âevé dans vos cœurs t comme je vous en élève un dans le- mien ! Puissent mes peuples me bénir dans leurs coeurs comme le mien les bénit! Puisse la Russie être heureuse, et puisse la divine Providence veiller sur elle et sur moi I »
En examinant cette pièce avec atten^ tien . on y trouve plus que l'expression de rhumilité chrétienne; s'il eût été donné à un regard humain de sondes l'âme de ce prince, peutnStre y eût-on trouvé le souvenir amer et indélâ)ile de la funeste catastrophe qui avait ouvert son règne, et le regret de ne pou-r voir se reposer de ces luttes intérieures dans les affections paternelles.
Alexandre s'occupa de l'armée avec une sollicitude qui prouve qu'il n'ou»
Uiait pas les services passés. Un comité tut institué pour examiner les droits des officiers que leurs blessures.
€u des matadies aTaîent âoifpiés de Parmée ; on aeoorda une amiiûlie ooiiipiète à tous ceux que les cirooiistaiioes Mlitiqaes avaient compromis ; enfin , dans MS jHMiTernenients qui avaient le dIus aounert de la guerre, les paysans rarent exemptés de l'arriéré de leurs taxes.
Dorant le séjour des troupes russes en Allemagne , les habitants recevaient en payement des assignats russes ; la réalisation de œs valeurs ayant présenté des difScuttés', on annonça par la voie des journaux que des bureaux spéciaux étaient établis à Berlin et à Komigsbe^ pour l'escompte de œs bill^ au cours du change.
JjBs compagnies de commerce n'hésîlèrent pas a avancer des fonds au goovonement russe ; et la parole d'Alexandre leur parut une suffisante garantie. En même temps que la Russie a»»
sorait définitivement sa pr^ndérance en Europe par ses envahissements en Pologne, elle débordait dans l'Orient par ses acquisitions en Perse. Le traité qu*cile covidut avec cette dernière puissance fut confirmé en septembre 1814.
En vertu de ces nouvelles stipulations, la Russie étendait sa frontière méridionale de la Caspienne à l'Euxin , et de TEuxin au Bosphore. Ces nouvelles délimitations préparaient à la Russie de fadies triomphes et lui ouvraient le diemin des Indes.
(1815.) Tandis oue les ministres assemblés en congres morcelaient l'ancienne et la nouvdle Europe , plutôt d'après les convenances du moment que pour établir un équilibre imaginaire, Napoléon suspendait par sa présence toutes ces laborieuses combinaisons: l'homme qu'on avait présenté comme usé et impopulaire avait traversé presque seul cette France encore étonnée de sa dé&ite. Tous les débris de la arande armée se groupèrent autour on grand capitaine; la jeunesse se leva avec enthousiasme et salua de généreuses acclamations l'illustre proscrit. Toutes les blessures de la France saignaient encore; les esprits faibles,
Sui font toujours la grande majorité , 'accord cette fols avec les esprits
sages , n'envisageaient qu'avee épouvante lès suites d'une nouvdle invasion; mais, dans ces circonstances, l'énergie impose ses résolutions au grand nombre; et tous subirent les mêmes conséquences. Nous passerons rapidement sur les événements miîttaires de cette campagne, à laquelle les armées russes ne purent prendre une part active. «Pr& de quatorze cent mille hommes furent mis sur
Eied par les souverains alliés. Napok>n n'en eut à combattre à Waterloo qu'un peu plus de deux cent mille ; de sorte qu'en supposant une victoire, Il lui restait à terrasser plus d'un million d'ennemis. Les Anglais et les Prussiens parurent seuls sur le champ de batailfe de Mont -Saint -Jean. Les Russes , qui étaient destinés à former l'armée du moyen Rhin, ne purent, malgré des marches forcées , arriver à temps. Ils étaient au nombre d'environ cent soixante et dix mille hommes, commandés par les généraux Barelay de Tolly, Dokhtourof , Raîevski , Sacken , Langeron, Jermolof , Vintzingerode et Fabien... Les empereurs de de Russie et d'Autriche apprirent à Heidelberg la nouvelle de la défaite des Français; leurs généraux n'eurent plus qu'à recevoir les capitulations de quelques places de ^erre. Dès lors Aleiandre jugea inutile de faire avancer les trois corps qui composaient la totalité de son armée d'invasion ; celui de Barclay eut ordre de poursuivre seul sa route; et, arrivé au cœur de la France, dans la distribution des quartiers d'occupation, les pays d'entre Seine et Oise , et ceux que baignent la Meuse et la Moselle, lui iurent'assignés... Cette fois , les souverains alliés entraient plus en ennemis qu'en libérateurs dans un pays moins touché des bienfaits de la restauration qu'humilié de recevoir un roi de l'intervention étrangère. Les ambitions que le premier morcellement de la France n'avait qu'à demi satisfaites, les haines encore vivantes de la Prusse et de l'Angleterre et qu'avait contenues la modération d'Alexandre, les rancunes de l'émigration qui rêvait l'ancien ré-
L'UNIVERS
autridiien sur celui de Saint - Pétersbourg, qui ont une source commune, s'expliquent l'un par Tautre , comme la cause et l'effet. »
Jusqu'à cette époque, Alexandre avait paru peu faToraolemcnt disposé à l'égard de M. de Mettemicfa, soit à cause du partage de la Saxe qu'avait appuyé la Russie contre le vœu de i'Auviche, soit pour des causes oui échappent à l'appréciation parce qu'elles tiennent à des répuf9ianoes de pure oi^anisation. Le génie du diplomate avait calculé toute la portée d un conr cert parfait entre les grandes puis* sances parmi lesquelles la Russie tenait le premier ranç ; il n'ignorait pas que si I ambition se joisnait à la force, l'Allemagne n'aurait fait que changer de maître; il saisit donc avec empres* sèment l'occasion de contenir le plus dangereux de ses alliésr par un ùe\n moral , et de l'enchaîner dans les liens de tout un système dont le mérite semblerait remonter jusqu'à celui qui en avait conçu la première idée. Ce plan avait encore un autre avantage:
il lui donnait les moyens de reconstituer la vieille Allemagne , en raffermissant les [MT^gés aristocratiques aux- 3uels les idées nouvelles et le contact es mœurs françaises avaient porté de rudes atteintes. La solidarité des intérêts monarchiques, établie |^ la sainte alliance , ajournait indéûniment les espérances constitutionndies dont on avait flatté les peuples au moment du danger; dans cette combinaison dé la force matérielle et du principe de légitimité appuyé au droit divin, toutes les résistances devenaient vaines et immorales; c'était l'âse d'or de l'absolutisme, qui, pour l'nonneur et la sécurité de son système, travailla franchement au bien-être matériel des peuples : mais les conséquences mêmes de ce biennÉtre favorisaient ledéveloplicment intellectuel; et plus les peuples recevaient, plus ils se trouvaient en droit de demander. D'ailleurs cet édi« fice reposait sur des bases fragiles , sur une existence individuelle. Les idées révolutionnaires, comprimées plutôt que vaincues , réagirent à cette époque ,
mais sans ensemble et avec toute l'imprudence du désespoir ; les évéïMoneiito du Piémont , de Naples , de Portugal et d'Espagne, ofirirent à la sainte alliance l'oecasion de se prouver par des actes : mais la rigueur qu'elle aépiaya. dans ses mesures répressives, et le caractère de sombre religiosité qui les distinguait , justifièrent les luâiamaes ; et dans un siècle où la tolérance remplace la foi, la sainte alliance dut apparaître aux peuples comme une ioquisition d'État. A chaque instant les conséquences de ce système venaiesit se heurter contre les intérêts les plus vitaux des gouvernements qui s'enor-
S aient de lemaintenir : de là ,1a nécessité e tant de congrès , où les difllniltés du moment n'éniient levées que par des mesures qui devaient bientôt en faire
.surgir de nouvelles. « Dans ces réunions, dit Rabbe, M. de Mettemîcb pouvait déployer avec succès toute l'adresse et toute la puissance des facultés oratoires et les ressources d'un esprit aussi délié qu'on puisse l'imaginer. Là, le ministre coiyurateur des périls de la royauté n'avait besoin « pour accréditer son système, que de l'énei^iqoe maeie de ces tableaux où les complots et les crimes du génie démocratique prêt à rompre ses chaînes , apparaissaient comme une vision fantasmagorique*
« L'empereur Alexandre, victime de cette séduction politique dont le succès était favorisé par des événements qui semblaient , en effet , menacer avec les dynasties ré{;nantes le fondement de toute autorité non constitutionnelle , était cependant ramené de temps en temps par sa droiture natordle à des idées toutes différentes. Il savait prévoir que les circonstances seraient plus fortes que les principes ; et , toot en subissant la direction que lui imprimait le cabinet autrichien , il semblait attendre avec une sorte d'impatience le moment où la force des dioses
. viendrait le déchamr du fardeau de sa responsabilité. Plus d'une fois on lui a entendu proférer ces paroles reinjirquables : Je ne sais pas jusqu'à quel^^oM et Jusqu'à qwd ten^ on
Jaxre ce que ton fait dans ce moment-ci. A Tépoquede la révoiotion de Naples , se troavant à Varsovie , il dtsaît à M. de la Ferroonays , ambassadeur de France: Les affaires de Naples ne nous regardent pas; ptUsque ie peuple naphUtain respecte la famUle régnante et n^atiaquè pas la légUhnUéy on n*a à se plaindre que des formes par lesquelles s* est manifesté le voeu public, et je ne pense pas qu'U soU utile d'employer la force contre cette manifestation. Cependant , dès au^il fut à Troppau , et ensuite à Lajbach , Alexandre consentit à toutes les mesures jugées nécessaires par r Autriche. »
Par une conséquence toute naturelle d*uii système si ombrageux, Tesprit d^opposition surgit de toutes parts; bientôt forcé à se cacher, il fut réduit à conspirer dans Tombre , et n*en devînt que plus dangereux. Dès Tannée 1816, quelques jeunes Russes, revenus de rétranger après les campagnes de 1813, 1814 et 1815, et connaissant la tendance politique de plusieurs sociétés secrètes qui existaient alors en Allemagne , conçurent Tidée d'établir en Russie des associations semblables ( Rapport sur la commission d'enquête.
Saint-Pétersbourg, 1826). Quoique le but de cesassociations réformatrices ou révolutionnaires ne fût bien connu que quelques années plus tard , néanmoms le gouvernement en apprit assez pour concevoir de l'inquiétude; et ces indices, trop vagues pour déterminer des poursuites ostensibles, empÀ;hèrent Alexandre de sortir du cercle où Pavait enfermé la politique de TAutriche.
(1817 et 1818.) Nous avons cru devoir anticiper sur les temps postérieurs pour expliquer les causes de la politique de la sainte alliance , ainsi gue le rôle que M. de Metternich sut imposer à Alexandre, en profitant à la rois de ses bonnes intentions et de se^ fiiblesses ; nous allons tracer sommairement les traits les plus saillants du règne de ce prince, à partir de Fépoque ûà nous avons interrompu notre réctt; nous suivrons pour Tordre des faits
32* IJpraison, (Russie.) t. il
son historiographe , dont nous resserrerons Texposé.
Alexandre , après avoir passé en revue ses troupes dans les plaines de Champagne, se dirigea sur Rruxelles pour y conclure le mariage de sa sœur, la grande -duchesse Anne, avec le prince d*Orançe. Il voulut visiter le champ de bataille de Waterloo : le roi des Pays-Bas, le prince d'Orange et le prince de Prusse 1 y accompagnèrent. Après avoir examine les diverses positions , ils se rendirent ensemble à la ferme de la Belle Alliance. Là, Alexandre ayant demandé un verre de vin, dit, en le prenant, aux deux princes : « Oui , c est véritablement la belle alliance, aussi bien celle des États mie celle des familles. Fasse le ciel quelle soit de longue durée! »
L'empereur traversa rapidement TAIleniagne , mais il s*arréta auelque temps à Berlin , pour y arrêter le mariage ou grand-duc Nicolas avec la fille du roi , la princesse Charlotte de Prusse.
L'Autriehe ne vit pas cette alliance sans inquiétude; les Russes devinèrent que le sacrifice que ferait de sa religion cette jeune princesse serait compensé par la perspective d'une couronne , et que les droits du grand-duc Constantin seraient sacrifia. Après avoir assuré , autant qu*il appartenait de le faire à une prévision humaine, l'avenir de sa famille et celui de l'empire, il se rendit tn Poloene, et fut reçu a Varsovie avec cet enttiousiasme qui n'est souvent que la voix deTespérance, et qui tombe quand cette espérance s'évanouit. Il assura aux habitants qu'il voulait faire tout ce qui pouvait fonder leur repos et combler leurs vœux. Les actes suivirent de près ces promesses; il annonça que bientôt les troupes russes évacueraient le territoire ; et il donna à ce peuple, sinon la liberté orageuse d'autrefois, du moins un
{gouvernement constitutionnel, avec es restrictions du protectorat , c'està-dire de la dépendance. Les esprits éclairés ne s'abusèrent pas sur la portée d'un tel bienfait ; c'était trop de liberté pour une annexe de la Russie ; c'en était trop peu pour les frères des
L'UNIVERS
Dombrowski et des Kosciussko. Au mois de décembre 1816, il rentra dans sa capitale où rimpératrice était arrivée la veille.
La ferveur religieuse de l'anpereur paraissait s*accronre avec Tâge ; mats ses rapports avec les dévots les plus exaKés du rit romain étaient loin d'avoir ébranlé ses convictions sur Fexc^lenee du rit grec; Tannée précédente , les Jésuità avaient été expulsés des deux capitales ; une ardeur ihconsidérée de prosélytisme les avait portés à convertir plusieurs dames d*un rang élevé, et quelques jeunes gens dont on leur avait confié réducation ; parmi ces derniers, on remarquaitun neveu du ministre des cultes, prince Galitzin.
Catherine II avait accueilli les jésuites à une époque où ils étaient bannis de tous les États catholiques de FKurope; mais , par cela même, ils n'étaient pas à craindre; quand cet interdit fut levé, et qu'ils purent correspondre entre eux , Ils devinrent suspects , et le premier grief qu'on eut à leur reprocher détermina leur renvoi. C'est probablement à cette cause gu'il faut rapporter la réunion du ministère des cuites et de l'instruction publique, qui s'opéra en Russie au commencemeot de 1817. Les finances appelèrent toute la sollicitude du souverain; la dette publique , depuis 1812 , s'était accrue dans une proportion inquiétante ; on prit, sur le trésor Impérial et sur les revenus de la couronne, des fonds qui , inrélevés annuellenient , devaient ame- 4ier dans un avenir peu éloigné TextinctioB de cette dette et réquilibre entre le papier-monnaie et le numéraire. Les dépenses occasionnées par les guerres qui éclatèrent dans le règne suivant ont arrêté la réalisation de cette mesure prudente. Alexandre en^ couragea aussi l'établissement d'une banque impériale du commerce; ces établissements et quelques autres favorisèrent ]hs emprunts que Ke gouvernement jugea utile de contracter ; et i'affluence des capitaux exer^ sur le commerce la plus heureuse influence.
Cependant la diète polonaise allait inaugurer le nouvel état politique oc-
trojré à la Pok>gne : Alexandre se rendit à Varsovie ; mais il paraît que , depuisson retour en Russie , le libéralisme de ses premières intentions avait subi quelques modifications : il se montra plus occupé de l'importance du bienfait politique qu'il accordait et des conditions qu'il mettait à cette faveur, que des dispositions réelles des Polonais. Il les exhortait à ne pas confondre les principes de ces institutions avec les doctrines subversives gui avaient menacé k système social dune catastrophe épouvantable. Une année s'était a peine écoulée que les Polonais se plaignirent de ce que la constitution n'était point observée dans ses dis|M)sitions essentielles; de ce que leur vice-roi Zaîonczek n'avait que l'apparence de l'autorité, tandis que le pouvoir était réellement tout entier entre les mains du grand -duc Constantin qui conunandait Tannée polonaise, et de Novossiltsof, commissaire russe. Le mécontentement éclata avec d'autant plus d'amertume que la joie avait été plus vive. Le despotisme russe revint aux conditions de son essence ; la liberté de la presse fut suspendue; et, en 1819, l'armée nationale fut dissoute. En 1820, les craintes d'Alexandre , excitées par les rapports d'une police tracassiere , se manifestèrent plus nettement encore.
Malgré les entraves des délibérations • Tesprit d'opposition se manifesta d'une manière éclatante ; un projet de procédure criminelle, que le gouvernement voulait faire passer en loi , fut repoussé à une majorité de cent^vingt VOIX contre trois.
Sans doute la tâche d'Alexandre était délicate ; les seigneurs russes voyaient avec jalousie la Pologne, cette nation rivale , jouir d^institutions plus libérales que la Russie victorieuse; les uns s'en irritaient; les autres régardaient le gouvernement accordé aux Polonais comme un sp^imen de celui qu'Alexandre accorderait à la Russie ; les plus jeunes et les plus ardents se promettaient de hâter à tout prix la régénération politique des pays slaves ; et , sans avoir des vues bien arrêtées
sur les moyens de réaliser leur utopie, ils chèrement des eompliees aans rarmée» et ne reculaient pas même deraffit le sacrifice de la personne de Tempereur, pour détruire le despotisme dans son re|>résentant.
« Par snitedutraitédePari8(Rabbe) , b France se trourait obligée non-seulement à une contribution militaire de sept cents millions de francs, mais encore de liquider toutes les dettes du l^ouTeroemeot français. Or , les puissances partant du principe de restitution le (dus géoéial , avaient d'abord regardé comme créances actives les évaluations nécessairement arbitraires de tous les genres de sacrifices que les kmgaes guerres soutenues contre la France pouyaient avoir imposés à leurs impies. Le résultat de cette estimation pouvait être une somme équivalente au tiers de toute la valeur territoriale de la France. L'évidente impossibilité d'obtenir un remboursement qui devait se nombrer par milliards, réduisit les souverains à se oontenter de plusieurs centaines de millions. L'empereur Alexandre se rangea le premier dans les limites d'une mcxlératioa sans laquelle la ruine ou le démembrement de la France devait être mis à l'ordre du jour de la coalition, non eontent de donner cet exemple, il insista auprès du cabinet de.
Berlin » et il écrivit à Wellington luimême pour le déterminer à la conclusion d'un traité supplémentaire à celui de Paris. Ce traité ou convention , condo le 3 avril 1818 , fixa définitivement la somme à payer par la France» par suite d'une réduction nouvelle « au total de trois cent vingt miliioBS , sur lequel la Russie en avait quarante-buit à prendre.
« L'évacuation du territoire de la France fut arrêtée dans les mêmes conlérences. Mais, indépendamment de ce double objet de la nouvelle réunion des souverains, il en existait un autre: c'était le développement plus détaillé et l'application progressive des qrstèmes de gouvernement qui étaient les corollaires de la sainte alliance. » PIm lea eonséquences de ce système
sa développaient, plus Tesprit des peuples s'élançait avec inquiétude vers les améliorations sociales qui lui étaient interdites ; toute l'activité , toute Téiiergie des intelligences se portaient sur les intérêts politiques; et souvent le simple expose des théories gouvernementales prenait aux yeux du pouvoir un caractère de résistance et de sédition qui l'entraînait à des persécutions mesquines. C'est à cette épooue que germèrent tous ces systènoes de régénération religieuse, politique et morale , où , en exposant à nu les vues des princes et les plaies profondes des sodétés , on mettait en ()éril tous les pouvoirs, on déconsidérait les institutions elles-mêmes. Les cabinets alarmés voyaient partout des conspirations, parc^ que partout il y avait résistance; en descendant à la ruse qui est l'arme du faible, le pouvoir semblait douter de lui-même, et encourageait les partis.
Les universités de l'AIIema^e, ces centres de lumières et de patriotisme, donnaient une vive inquiétude ; M. de Stourdza eut le courace de les calons nier. Cet écrivain attribuait l'agitation qui se manifestait en Allemagne aux causes suivantes :
J" A un déplacement universel des individus et des classes , fruit immédiat de la révolution ;
2^ Au vague et à la désorganisation des idées religieuses , devenues le prs* mier besoin de rbumanité souffrante, et, par conséquent, l'arme prindpale de la passion et de l'erreur -,
8° Aux vices toujours croissants de l'éducation publique , devenus énormes, et tels que le système le plus oompîet d'administration et de législation ne saurait leur servir de correctif;
4» A une tendance des classes éclairées vers l'unité politique de l'ANemagne;
a S"" Enfin, à un mécontentement prononcé des classes inférieures, fatiguées de changer de maîtres , et courbées sous le poids 4'une administration compliquée , plus onéreuse pour le peuple que féconde en résultats bienfaisants. >»
L'UNIVERS
Il est évident que de ces griefs les uns tenaient au désaccord entre les anciennes institutions politiques de rAllemagne et le progrès récent des lumières , tandis que les autres accusaient Tessence même du système de la sainte alliance : en effet , les souverains n'avaient - ils pas, selon leurs convenances , conservé ou modifié Pancien ordre politique de FEurope, et Tesprit pubnc pouvait -il trouver des limites que la politique elle-même n'avait pas respectées ? Quant au vague des idées religieuses, ne naissait -il pùs de la tolérance , et cette tolérance ne devait-elle pas être le trait le plus saillant d'une alliance entre un autocrate du rit grec et des princes protestants et catholiques ?
« Ce mémoire , dit Phistorien d'Alexandre , quelle qu'ait été son orij^ne, autrichienne ou russe, avait suivi la mort de Kotzebue ; il fut le présage des mesures qui allaient être arrêtées pour l'accomplissement du grand œuvre monarchique enEurope, et de la nouvelle profession de foi que renfermait la déclaration d'Aix-la-Giapelle. Théorie vague et sans limites , dont les intentions exprimées dans le mémoire adressé à tous les ambassadeurs russes , relativement aux affaires d'Espaene , et la réponse faite à Zéa Bermudez , furent une application première. Cest, en effet, dans ces actes que le mot •é*4nterv6nUanf consacré par la déclaration que nous venons ne citer, fut employé pratiquement, pour la première fois, comme le préservatif des •maladies révolutionnaires.
« Les congrès de Troppau et de Lavbach , motivés par les troubles du Piémont et de Napfes , existaient virtuellement dans celui d'Aix-la-Chapelle , puisque la déclaration , datée de cette ville, avait déterminé au premfer rang de ses prévoyances la répétition probable et prochaine de ces reunions ^ui auraient pour objet de discuter les intérêts des souverains (membres de la sainte alliance) , ou de traiter des questions dans lesquelles d'autres sou verneinents auraient formellement réclamé leur intervention. »
C'est vers cette époque oue 1 empereur Alexandre et le roiw Prusse, qui devaient passer, en France , une revue de leurs armées, se rendirent à Paris, mais sans caractère politique, et sous le voile de Vincognito.
Nous ne parlons pas du prétendu complot dont on voulut effrayer Alexandre, et qui devait éclater contre œ prince lorsqu'il se rendait d'Aix-la- Chapelle à Bruxelles. Le but que l'on Srêtait aux conjurés était de s'emparer e la personne d'Alexandre, et de le forcer à signer un acte par lequel il se serait engagé à délivrer le captif de Sainte -Hélène, pour rétablir lui ou son fils, sous la régence de Marie- Louise , sur le trône de France. Quelques arrestations furent faites, sous ce prétexte , mais elles n'amenèrent aucun résultat. Quelques personnes jugèrent que cette conspiration sans conspirateurs émanait de la chancellerie de Vienne.
(1819 et 1830.) Tandis qu'Alexandre prêtait l'influence de son nom et de sa puissance au système répressif qui régissait une erande partie de l'Europe, il ne négligeait aucun moyen d'éclairer ses sujets pour les rendre plus dignes des bienfaits de cette même liberté dont on s'efforçait d'arrêter l'essor dans les nations occidentales. Si l'on cherclie la cause de ces contradictions apparentes dans la politique d'un prince non moins éclaire que ^iantbrope, on la trouvera peut-être dans le désir d'arriver à un équilibre aussi pariait que possible dans les besoins des peuples, non moins dans Tordre de l'intelligence que dans celui des intérêts matériels. Cette pondération dans le monde physique aussi bien que dans le monde moral , devait se présenter à l'âme bienveillante du monarque russe comme l'expression la plus avaooée du bien-être des peuples ; et , pressé comme il l'était de jouir des résultats de cette noble conception , il retenait d'une main la marche des idées partout où elle lui paraissait trop rapide , tandis que , de l'autre , il poussait son peuple clans la voie du progrès.
Conception vraiment humanitaire ,
mais qu'il n'appartient qu'an temps de
Six universités , celles de Moscou , deyiloat d'Abo, de Pétershourg, de Klnrkof et de Kasan , reçurent une oi^nlaatioB complète , mais qu'on a joçé utile de modifier dans le règne smraBt.
Fidèle aux principes d'une sage totéranoe, l^empereur autorisa rétablissement, à Saint -Pétersboui|;, d'un siège épiaoopal pour l'administration des confessioDS eran^éliques , et celui d'un tribunal particulier sous la direotioo du consistoire évangélîque de rcoD^Nre. « L'édit impérial , relatif à œa deux établissements , porte : que les deux Églises éfangéliques ne seront prot^ées et maintenues dans le libre exercice de leur culte ou'à ia condition de rester fidèles à leurs symbole et confession , par lesquels elles reconnaissent la sainte Écriture comme la parole de Dieu. L'empereur croît renipîir un devoir sacré envers Dieu et les Églises évangéliques, en prenant des mesures pour mettre ces Églises à Tabri d'innovations dangereuses et contraires aux principes du christia-
Ges mesures semblent annoncer que , dès cette époque , on craignait de voir l'influenoe du saint -siège s'étendre, sous la protection et avec l'alliance de fa politique t jusque sur les domaines de l'Église grecque; la détermination prise à l'isard des jésuites (1890) , et qui n'était que le complément ât leur renvoi des deux capitales en 1815 , fortifie cette conjecture.
«En 1800, dit le ministre, les jésuites obtinrent la permission de desservir un des temples de Saint-Pétersboœig, assigné au culte de l'Église romaine. Le père général des jésmtes , myant sur un règlement promulle 13 février 1789, forma un col-
je où bientôt furent reçus des élèves sans distinction de culte. Après avoir outrepassé les limites de ce règlement, ks jésuites employèrent toutes sortes de séductions pour arracher les jeunes âèves confiés a leurs soins , ainsi que d'autres personnes, h la communion
de l'Église dominante , et les faire passer dans la leur.
« Se mettant constamment au - dessus des lois , les jésuites , malgré l'oukase impérial du 14 mai 1801 , persistèrent à ne rendre aucun compte de l'administration des fonds de l'Eglise catholique, disposèrent arbitrairement des bénéficies au pensionnat; et, loin d'acquitter les dettes dont l'Église était grevée , ils ne se firent aucun scrupule d'en contracter de nouvelles. On s^outera enfin que les jésuites ne surent
Sas même se concilier la confiance 'un gouvernement paternel , en offrant , dans les domaines qu'on leur avait laissés , le modèle de cette prospérité paisible que la charité u>nde même ici -bas. Le mauvais état et le délaissement des paysans de leurs terres étaient peu propres à attester leur foi par leurs oeuvres.
« Tant d'empiétements et de violations des lois sociales et ecclésiastiques déterminèrent Sa Majesté l'empereur à ordonner, en 1816, le renvoi des jésuites de Saint-Pétersbourg, avec défense d'entrer désormais dans les deux capitales.
« Cependant , malgré l'urgence ma-r nifeste de ce règlement, l'empereur se plut à prévenir toute conséquence préjudiciable au culte catholique romain.
Les dettes qui grevaient l'Église , et qui se montaient à deux cent, mille roubles , furent acquittées par le trésor impérial. Il fut pourvu à ce que l'exercice du culte ne souffrit aucune interruption.
«Les jésuites, quoique suffisamment avertis par l'aniipaa version qu'ils avaient encourue , ne changèrent pas néanmoins de conduite. Il tut bientôt constaté , par les rapports des autorités civiles , qu'ils continuaient à attirer dans leur communion les élèves du rit orthodoxe , placés au collège de Mohiief , et cela au mépris des obligations qu'impose à une communion tolérée le bienfait de la protection dont elle jouit. Alors on défendit aux iésuites d'admettre dans leurs écoles des élèves autres que du rit romain.
Sans égard aux bulles du saint-siége
5es
L'UNIVERS
et aux lois de TÉtat qui interdisent
l'agr^ation des Grecs unis à la jori* diction da rit romain , les jésuites travaillèrent à les attirer dans les lieux mêmes où la présence des prêtres grecs unis rendait cette usurpation inadmissible. A Saratof , et dans quelques parties de la Sibérie , sous prétexte d'exeroer leurs fonctions, ils s'introduisaient dans des contrées où ne les appelait point leur ministère , et leur esprit de prosélytisme se manifesta encore par de nouvelles suggestions dans le gouvernement de Vitepsk.
« Le ministère des eultes ne manqua point de signaler ces transgressions au Père général de Tordre , dès l'année 1815; ces réclamations furent inutiles : loin de s'abstenir , à Finstar de rÉglise dominante , de tout moyen de séduction et de coaction, les'iésuites continuèrent à semer le troume dans des colonies du rit protestant , et se permirent même jusqu'à la violence pour soustraire des enfants juifs à leurs parents.
« Tel est le simple exposé des faits.
On ne s'arrête pomt ici à clétailler les circonstances qui les aggravent : elles se présentent sans effort à tout esprit droit.
«Peut-être, en 1815, leur renvoi déOnitif hors des limites de Tempire edt-il obvié aux graves inconvénients qui le nécessitent aujourd'hui. Mais une noble répugnance à retirer un bienfait avant que des causes trèsgraves en fissent une nécessité absolue , et la sollicitude paternelle de Sa Majesté Tempereur pour que ses sujets du rit romain ne fusserrt pas privés tout à coup, dans les colonies et ailleurs , des prêtres de leur communion , et qu'on p(H remplacer les jésuites par des ecclésiastiques versés dans les langues vulgaires ; ces considérations déterminèrent Sa Majesté à mitiger la peine que les jésuites avaient encourue.
« Maintenant que leurs contraventions aux lois de l'empire et aux engagements qu'ils, avaient contractés envers le gouvernement, à l'époque où ils furent accueillis , n'ont fait que s'accroître par le sursis accordé, et
qu'il est arrivé que les autres ordres monastiques sont à même de fournir autant de prêtres qu'il est néeessaire , le ministère des cultes s'est cm obligé de soumettre à l'approbation de l'empereur une suite de dispositions rela* Uves à leur expulsion. »
Par suite de cette mesure , les jésuites sortirent de l'empire au nombre de sept cent cinquante; quelques-uns allèrent en Chine; la plupart se rendirent dans les États autnchieùs et en Italie, ou en Allemagne. La cour de Vienne leur donna le collège de Tarnopol, en Galiicie.
Nous ne contesterons pas au gou* vemement russe le droit de protection sur tout ce qui tient à l'Ëglise demi* oante ; mais nous croyons que les ié* suites ont rendu à I instruction des services réels , surtout à une épooue où la Russie manquait de maîtres nabiles : d'ailleurs le ministère ne pouvait ignorer que l'esprit même de leur ordre les porterait toujours , et à leurs risques et périls, à faire des prosélyte. Quant à l'espoir que ces Pères se renfermeraient dans les limites qu'on leur prescrivait, leur maxime virtuelle, sintutmnt aut non sUU, annonçait suffisamment qu'il était mal fondé. A l'époque de leur expulsion , ils commençaient à être plus dangereux oue nécessaires f et le ministre des cultes , blessé non moins dans ses attributions que dans ses liens de fiimille, crut roccasion £aivorable pour frapper un coup décisif.
Les associations secrètes, organisées dans un but patriotique, continuaient h se propager en Pologne, malgré les investigations d'une police ombrageuse et sévère; l'appui <tes rénovateurs était dans le mécontentement public qui s'accroissait lui-même de tout ce qu'il y avait d'arbitraire dans les mesures préventives. Le conseil do Varsovie, dit Rabbe, se rendant organe des craintes générales, écrivit, avant l'ouverture de la diète de 1823, au ministre de l'intérieur, pour lui demander de rassurantes explications. Telle fut la réponse de ce fonctionnaire :
êO$
m Lonone t'enpereur entrepjrit 4e rétablir h Pologne, il n'avait pas d^autre but , il n'avait en vue que le bonheur de la Pologne, en rappelant à partager la destinée de son empire , et en Vy attachant par des liens frater»
ods ^ de la manière qn lui praissait la plus propre à conserver les avancées de son caractère national. Sa Majesté ne se dissimula point les diffiotltés de cette entreprise, qu'elle n'abandonnerait qu'arec beaucoup de «tegrin, et qu'après avoir reconnu rimpossîbilité et tes dangers de l'exéeutiott.
« Cette impossibilité et ces dangers ne pourraient provenir que des Polo»
nais.
« Le ministre de l'intérieur et de la police est encore chargé d'ajouter que le moment actuel redouble ce danger, et qu'on ne peut l'écarter que par une juste confiance dans le gouvernement, par une prudence penévérante, par une modération^ sensée, par un esprit d^ordre et de soumission aux autorités. En signalant ce danger, Sa Majesté s'est acquittée de son premier devoir; mais il lui en resterait un non moins sacré à remplir, si , malgré ces. avertissements que ses soins paternels lui ont suggérés aujourd'hui , un danger semblaDle devait se manifester; car, alors, ce serait un devoir d'empécber, par les moyens les plus efficaces, toute entreprise qui tendrait à troubler la tranquillité publique , ou à produire du scandale. Il est satisfaisant pour Sa Majesté de pouvoir espérer que rattachement des Polonais pour leur patrie triomphera toujours diez eux des entreprises séditieuses de quelques esprits remuants , s'il devait lamais s'en trouver parmi eux : que les Polonais ne voudront pas fournir à leurs ennemis l'occasion désirée par ceux-ci de répéter encore avec quelque Traisemblance l'accusation que toutes les tentatives pour faire le bonheur de la Pologne , pour lui procurer une situation tranquille et florissante par le moyen d'une constitution qui assure son existence nationale, ont été et sont encore sans succès. I^ mi-
nistre ne doute pas que le conseil de Varsovie ne se conyainque de l'extrême prudence et des précautions aue la situation du royaume commande au milieu des circonstances où il se trouve , s'il doit parvenir jamais à la jouissance des avanta|;es que sa constitution et les dimositions bienfaisantes de Sa Migeste l'empereur lui permettent d'attendre. En conséquence , le conseil de Varsovie tilcbera, sans doute, de ûiire comprendre a tous les habitants que la tranquillité et la patience sont l'uni-
3ue et indis(>ettsable moyen pour conuire la nation à un avenir heureux , tandis qu'autrement l'avenir ne lui amènerait qu'une dissolution et une ruine totale. »
Les événements qui accompagnèrent la révolution du 39 novembre 18S0, et les mémoires des Polonais exilés, indiquent de la manière la phis précise Torigine et le développement d'une vaste conjuration contre le gouvernement que la Russie avait imposé à la Pologne; mais une immense disproportion dans les moyens de résistance semblerait accuser les Polonais, si l'état où ils se trouvaient, sous le joug russe, ne leur eût paru intolérable.
Îuant à une liberté pleine et complète, ins les Kmites de la constitution de 1816, il était aussi difOcile àeux de s'y renfermer qu'à Alexandre de ne pas se souvenir qu'il l'avait donnée, et qu'il avait la faculté de la retirer. Un vice -roi du caractère de Constantin était peu propre à pondérer habilement les libertés constitutionnelles de la nation avec les nécessités qui* naissaient du patronage jalouK diin.
gouvernement despotique. Ce- prince avait toutes le» bizaneries de son.
père, et l'inconséquence de ses actes tour à tour empiemts d'emportement, de générosité et de méfiance , tenait les esprits dans une appréhension continuelle ; son mariage avec la princesse de Lowicz avait sensiblement calmé la fougue de ses passions, mais pas assez cependant pour que tout le monde, oepuis les généraux jusqu*aux soldats , ne tremblit en sa présence.
Élève de Souvorof , il n'avait hérité
Î|ue des accessoires de son génie ; Tuniorme des troupes , la précision mécanique des évolutions militaires , tout rappelait en lui Pierre III et Paul I*"*. Cependant les bienfaits de la paix et d^une administration forte n'avaient pas été sans résultats.
N En moins de dix ans , des routes que 1 on pourrait comparer aux voies romaines, sillonnèrent dans tous les sens le royaume à travers les forêts , les marécages et les sables rebelles, depuis un temps immémorial , à tous les efforts de 1 industrie humaine.
« La capitale , peuplée de cent quatrevingt mille âmes, resplendissait de luxe et d'élégance. A/chitecture, scnl[)ture , génie , tout se disputait le pri* vilége d*embellir l'antique Varsovie.
Les théâtres , les palais , les casernes, les monuments, les promenades, les places et les rues sortaient comme par enchantement du chaos où les avait enfouis , sous la république , un mélange bizarre de faste et de misère...
« Les provinces se peuplaient et se couvraient de villes et de manufac* turcs...
« Un ministreéconome , industrieux, remplissait les caisses de l'État et affermissait le crédit national. Les revenus du royaume s'élevaient à quatrevingt-dix millions de florins polonais ; la banque contenait un capital de cent cinquante millions, et le trésor une réserve de trente millions.
« La population s'était prodigieusement accrue dans les huit palatinats du royaume; on v comptait plus de
3uatre millions drames. Une armée e trente-cinq mille braves complétait sa puissance matérielle.
ft Le commerce , ce vieil objet d'antipathie d'un peuple turbulent, guerrier et agricole, commençait à enrichir tes particuliers et les masses (Histoire de la révolution de Pologne, par Louis Miéroslawski ). » Il est juste de dire que l'éloquent historien que nous venons de citer compense largement ces éloges, qui, dans sa bouche, n'ont rien de suspect , par les récriminations les plus amcres contre le gouvernement russe; mais les reiuroches, même
fondés, perdent de leur poids lorsque la passion , eût-eUe sa source dans Je
fiatriotisme le plus pur,^e8 dicte et es exagère.
Cependant nous sommes loin de nier que le gouvernement russe n'ait pas , en Pologne , employé des moyens qui doublaient les dangers du pouvoir en le déconsidérant; il était de son droit et de son devoir de surveiller ses ennemis et de ne pas se laisser prendre au dépourvu; mais, en voulant comprimer toute liberté , il augmentait ses embarras; et ses rigueurs, en tombant souvent h faux, accroissaient le nombre de ceux qu'une occasion favorable pouvait faire déclarer contre lui. C'est ainsi ^ue des mesures sévères assujettissaient les étudiants aux formalités les phis gênantes. 11 leur fallait l'autorisation de l'empereur pour se rendre dans une université étrangère ; la presse fut enchaînée ; les délations devinrent un moyen sûr de parvenir , et une espèce d Inquisition politique fit dépendre de rapports de police la fortune , la sûreté et l'honneur des individus.
Tandis qu'Alexandre immolait ainsi ses principes aux combinaisons de la sainte alliance, ou plutôt, tandis qu'il se flattait de les voir se réaliser dans l'ensemble, en les sacrifiant sur quelques points , le congrès de Vérone s'apprétait à statuer sur le sort de la Grèce. Il fallait toute l'habileté de M. de Metternich pour persuader à l'empereur de Russie qu'il convenait à sa politique de sacrifier la cause des Grecs , par cela seul qu'ils osaient recourir à l'insurrection. Ainsi les troubles tant de fois suscités en Grèce par la Russie ellemême; les vues de Pierre le Grand, celles de Munich qu'adopta Catherine II, toute l'expérience du passé ne purent décider Alexandre à jouer le rôle que son influence en Europe et ses convictions religieuses, d'accord avec le vœu général des peuples de l'Occident et les intérêts les plus vitaux de son empire, lui prescrivaient d'adopter. On sait qu'Alexandre se trouvait h Lavbach, lorsque la nouvelle de la levée de boucliers que venait de faire Ypsilanti lui