‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 69 sur 77 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

La sœur de Charles XII lui succède. — Changement de constitution. — Pacilication générale. — Nouvelles guerres contre la Russie. — Frédéric. - Adolphe-Frédéric. — Factions en Suède. — Gustave 111. — Révolution du 19 août ^772. - Assassinat de Gustave 111. — Ses successeurs.

La mort de Charles XII amena une réaction violente en Suède contre le pouvoir absolu. Son ministre Goerts fut mis en prison, jugé, condamné à mort et exécuté le 19 décembre 1718. Les réformes qu'il voulait introduire dans l'État furent le prétexte de sa condamnation ; la haine que soulevait, dans les derniers temps, la dure administration de Charles Xtl, en fut le véritable motif.

Le roi de Suède ne s'était pas marié, et ne laissait point, en conséquence , d'héritier direct : le trône fut donné à sa sœur TJIrique-Éléonore qui, peu auparavant, avait épousé le duc de Hesse-Cassel ; mais avant de lui remettre la couronne, les États présentèrent à la future souveraine une constitution nouvelle à laquelle elle souscrivit, et qui rétablissait , en les augmentant, tous les privilèges de la diète. Couronnée le 17 mars 1720, elle céda bientôt le

pouvoir à son époux, Frédéric de Hesse-Cassel, qui lit encore aux États de nouvelles concessions.

Après vingt ans de guerres , la Suède avait surtout besoin de repos. Dès le 20 novembre 1719 elle avait fait la paix avec l'Angleterre. Dans le cours de 1720 et de 1721, elle conclut également des 'traités de paix avec la Prusse, le Danemarck et la Russie. Elle perdit, par ces divers traités, le duché de Brème et de Verden qu'elle dut céder à l'électeur de Hanovre ; Stettin et presque toute la Poméranie abandonnés au roi de Prusse ; les belles provinces de Livonie, d'Esthonie, d'Ingrie, une partie de la Finlande et de la Carélie qui furent incorporées à l'immense empire russe. Elle reçut en échange des sommes considérables, faible dédommagement de ses pertes territoriales.

Quoi qu'il en soit, la Suède avait la paix, et elle aurait pu réparer ses forces , si le changement de constitution qui avait énervé le pouvoir, n'avait ranimé du même coup les partis et les factions qui, silongtemps déjà, avaient déchiré le pays. Jusqu'à Gustave 111, et sauf une guerre malheureuse contre la Russie, l'histoire de la Suède n'est plus que l'histoire des intrigues conduites par les deux puissants partis, l'un désigné sous le nom des Chapeaux ^ et soudoyé par la France, l'autre connu sous le nom des Bonnets^ et payé par la Russie. Dans la réunion des États qui eut lieu en 1738, la faction des Chapeaux l'emporta, et la guerre fut déclarée à la Russie; mais l'armée suédoise surprise par les Russes fut complètement défaite , et cette fois la paix aurait coûté cher à la Suède, si le duc de Holstein de la même branche que le prince de Hoîstein, désigné pour monter sur le trône de Russie, n'avait été choisi pour succéder à Frédéric , qui n'avait pas d'enfants. En sa faveur, les conditions de l'arrangement furent adoucies.

GLSTANE 111 (1720-1772). 305

Après un rèiine loiio-, aiiité, durant lequel le pouvoir lui fut souvent disputé, Frédéric mourut à soixanteseize ans, le 25 mars 1751, laissant la couronne à Adolphe- Frédéric de Holstein, alors âgé de vingt et un ans, et qui promit , à son avènement , de régner d'après la constitution de 1720. Le principal établissement qui recommande la mémoire de ce prince est la fondation de l'académie de Stockholm , dont le célèbre Limié fut le premier président. C'est à son règne que se rattache aussi la révision du code civil suédois, qui régit encore aujourd'hui la Suède.

Jamais, du reste, le pouvoir royal ne fut plus complètement annulé au profit du sénat et de la noblesse. Soutenu par le parti français qui était celui de la cour, Adolphe- Frédéric essaya bien de restreindre l'autorité, excessive du sénat , mais il n'osa pas toucher à la constitution de 1720, dont cette autorité s'étayait, et il mourut le 22 février 1771, laissant cette tâche périlleuse à son fils Gustave III.

Lorsqu'il apprit la mort de son père, Gustave se trouvait à la cour de Versailles où il avait reçu l'accueil le plus empressé. Il partit aussitôt , et trouva le royaume partagé entre les deux factions opposées qui se disputaient le pouvoir. Il dissimula d'abord avec une rare habileté, se lit reconnaître par les États, jura la constitution , et attendit le moment favorable pour exécuter le projet hardi qu'il méditait. Enfin, au mois d'août 1772, une révolte apparente fomentée dans la place forte de Christianstadt, lui fournit le prétexte de réunir des troupes . Le sénat , prévoyant le danger qui le menaçait, nomma l'un de ses membres gouverneur de Stockholm, et annonça l'intention de retirer au roi ses gardes ordinaires. Dès que le sénat déclarait la guerre au

roi, il n'y avait plus à hésiter. Le 19 août, Gustave réunit dans son palais les officiers des gardes ; il leur expose avec éloquence les périls de l'Etat, les exigences de l'aristocratie ; sûr de leur appui, il fait arrêter sur-lechamp les membres les plus influents du sénat, parcourt la ville à cheval, parle avec chaleur au peuple qui l'approuve, « si bien, a dit un historien anglais, que le prince qui s'était levé le matin le souverain le plus limité de l'Europe, se trouva, dans l'espace de deux heures, non moins absolu à Stockholm que le roi de France à Versailles. » Les États convoqués sanctionnèrent une nouvelle constitution, et cette révolution qui, sous l'apparence de l'intérêt du peuple, s'accomplissait au profit du pouvoir royal, se termina sans effusion de sang. Elle laissa néanmoins au fond de certains cœurs une haine qui éclata plus tard par un assassinat.

Pendant vingt ans , Gustave régna paisiblement , prodiguant dans sa cour dissolue les fêtes et les plaisirs, élevant des palais, attirant à lui l'autorité, et imposant partout sa volonté souveraine. L'on n'a point encore éclairci parfaitement le mystère de sa mort. L'on ne sait pas au juste quels furent les chefs et la cause de la conspiration tramée contre ses jours. Quoi qu'il en soit, le 16 mars 1792, au moment où il s'apprêtait à armer contre la France et la révolution française, il fut frappé d'une balle dans les reins, au milieu d'un bal où il s'était rendu malgré de nombreux avertissements; le 29 mars, il succomba dans d'horribles souffrances. Son meurtrier, le capitaine Ankastroëm, avoua fièrement son crime, refusa de dénoncer ses complices, et, après un mois passé dans la prière, monta courageusement sur l'échafaud, où il subit un affreux supplice.

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