CHANSONS, CHANTS PIEUX, CHANTS DE DEUIL
Trois des poésies de Rutebeuf portent le nom de chansons : la Chanson des ordres, la Chanson de Pouille, la Chanson de Notre-Dame.
La Chanson des ordres se compose de treize petits couplets de quatre vers suivis d’un refrain de deux | vers. Par une disposition d'un heureux effet, les trois premiers vers de chaque couplet riment ensemble, et le quatrième rime avec le dernier vers du refrain :
Du monde veus chanter Qui se laisse enchanter; Tel vent pourra venter Que plus n'ira ains£.
Refrain.
Papelards et Béguins Ont le monde avile.
Nous aurons l'occasion de revenir, à propos des pièces purement satiriques, sur les sentiments de
Rutebeuf à l’égard des papelards et des béguins. Nous ne voulons que signaler ici l'allure vive et spirituelle de cette chanson, avec ses petits vers dégagés et ses couplets alertes :
Tant d'ordres nous avons!
Ne sais qui les invente.
Dieu les aime-t-il? Non,
- Ni ne sont ses amis.
Papelards et Béguins Ont le monde avili.
Frères Prédicateurs Sont en simples atours; Mais en cachette ils ont, Croyez, maint parisis.
|Papelards et Béguins “Ont le monde avili…
Assez disent de bien,
Ne sais s'ils en font rien.
Qui leur donne du sien,
Tel brave homme on ne vit!
Papelards et Béguins Ont le monde. avili:.….
Aus frères Guillemins Et aus frères Hermiins J’ajourne mon amour :
Les aimerai mardi.
Papelards et Béguins Ont le mondé avili.
La Chanson de Pouille est d’allure plus grave, et n’a pas de refrain. Elle a été composée à l’occasion de la guerre entreprise par Charles d'Anjou pour
s'assurer le royaume des Deux-Siciles. Rutebeuf demande aux clercs de contribuer aux frais de la guerre, et il gourmande la jeunesse qui hésite à s’enrôler dans les troupes du roi Charles :
Jeunes gens, qu'avez-vous pensé ?
De quoi vous irez-vous vantant Quand venus serez en vieil âge?
Qu'irez-vous à Dieu reprochant ?
De tout ce qu’il vous a donné, Cœur et force et vie et santé, Vous lui avez le cœur ôté :
C'est ce qu'il veut tant seulement.
Quant à la Chanson de Notre-Dame, c’est un véritable cantique, dont les couplets, au nombre de cinq, ont tous les mêmes rimes. Il n’y a guère à y relever que le dernier couplet, où est assez heureusement exprimée une comparaison qui était populaire au moyen âge, et que Rutebeuf lui-même a plusieurs fois reprise :
Comme l'on voit le soleil, chaque jour, Qu'en la verrière entre et sort et s’en va Sans la briser, tant y frappe et refrappe, Ainsi vous dis que resta sans dommage
La Vierge Marie.
Vicrge fut nourrie,
Vierge Dieu porta,
Vierge l’allaita,
Vierge fut sa vie.
Cette chanson pieuse, comme beaucoup d’autres pièces analogues du moyen âge, a probablement été composée sur le modèle d’une chanson d'amour, à
laquelle les deux premiers vers ont pu être empruntés textuellement :
Chanson me faut chanter de la meilleure Qui onques fut ni qui jamais sera.
C'est le lieu commun favori des trouvères et des troubadours quand ils nous parlent de leur dame. La sainte Vierge était la dame par excellence, et c'est sans aucune pensée irrévérencieuse qu’on appliquait aux chants composés en son honneur le rythme, la musique et parfois les paroles des poésies profanes.
Il faut rapprocher de la Chanson de Notre-Dame l’Ave Maria de Rutebeuf, le dit de Notre-Dame et le dit des Propriétés de Notre-Dame, bien qu'aucune de ces pièces n'ait entièrement la forme lyrique!.
L'Ave Maria de Rutebeuf débute par une introduction satirique. Le poète fait ensuite un « salut de la douce Dame » : il prend les paroles de l’Ave Maria et fait suivre chacune d'elles d’un commentaire. En voici quelques fragments comme exemple
Gratia plena êtes toute :
Celui qui n’y croit ne voit goutte, Et le paira.
. Dominus, le Père sauveur,
Fit de vous sa fille et sa mère, Tant vous aima!
1. La forme lyrique est caractérisée par la répartition semblable des rimes masculines ct féminines dans les différentes strophes. C'est grâce à cette répartition identique que le même air peut s'appliquer sans aucun changement à tous les couplets.
Vous appela dame des anges...
Tecum, par sa digne piété,
: Veut toujours être, Lü-haut en la gloire céleste; Faites qu'aussi puissions y être
À son côté!
Plus intéressant est le dit des Propriétés de Notre-Dame, encore appelé le dit des Neuf Joies de Notre-Dame. On donnait le nom de dis à des poésies de genres très variés, généralement descriptives. Celui dont on vient de lire le double titre est une longue pièce de vingt-six Strophes. Le poète n'aborde les joies de Notre-Dame que tout à fait à ia fin, dans les six dernières strophes : sa première
‘joie fut la conception du Créateur, sa neuvième
. l’Assomption. Tout le reste de la pièce est occupé par de véritables litanies, où sont exaltées les propriétés, les qualités mystiques de la Vierge :
. © reine de pitié, Marie,
En qui déité pure ct claire
A mortalité se marie, :
Tu es et vierge et fille et mère. | Vierge enfantas le fruit de vie, Fille ton fils, mère ton père; Moult as de noms en prophétie, Et n’y'a nom qui n'ait mystère.
Tu es sœur, épouse et amie
Du Roi qui fut, sera toujours ; “re Tu es vierge sèche et fleurie,
Dous remède de mort amère ;
Tu es Esther qui s’humilie,
Tu es Judith qui bien se pare :
Aman en pert sa seigneurie,
Et Holopherne est châtié..…
Dame, c’est toi qu'on doit prier
En tempête et en grand orage :
Tu'es étoile de la mer,
Tu es ancre, nef et rivage,
C'est toi qu'on doit servir, aimer,
Tu es fleur de l'humain lignage,
Tu es la colombe sans tache,
Qui porte aus captifs leur message!
Tu es château, roche hautaine Qui ne craint assaut ni surprise, Tu es le puits et la fontaine Dont notre vie est séutenue,
Et l’haleine des cieus par qui Verdure est en terre épandue, Aube qui le jour nous amène, Tourterelle aus amours fidèles
Tu as des vertus les prémisses, C'est ton droit, c'est ta propre rente.
Tu es et l’aigle et le phénix Qui du soleil reprent jeunesse, Chambre de fleurs et champ d'épices, Baume, cannelle, encens et menthe, Notre paradis de délices, |
. Notre espérance, notre attente!
Le trouvère ‘n’était Pas toujours aussi heureusement inspiré dans ses chants pieux. Le dit de Notre- Dame est très faible : le poète va chanter la glorieuse Dame, il ne peut s’en taire: mais on pourrait plus tôt épuiser un puits que raconter combien elle est. débonnaire: Il ne sait par où commencer, il est besogneux par trop d’abondance. Il imagine alors la prière que la bonne Vierge adresse à son’ fils en faveur des humains, lui rappelant tout ce qu’il a
+ déjà fait pour eux par sa vie et sa mort, et iui demandant de ne pas les abandonner. Conclusion : dévotion à Notre-Dame,
Rutebeuf n’a écrit aucune chanson d'amour, et on a pu s’en étonner. Mais l'amour était au moyen âge un sentiment de luxe, inaccessible aux pauvres hères. Les femmes que Rutebeuf connaissait n'étaient sûrement pas de nature à lui inspirer ce sentiment raffiné — je ne dis pas platonique — que les irouvères grands seigneurs ont chanté, après les troubadours.
En dehors des chansons satiriques ct des chants pieux, on ne trouve à ranger parmi les œuvres lyriques de Rutebeuf que les complaintes composées à l'occasion de la mort de plusieurs grands personnages. Encore deux d’entre elles ne sont-elles pas même divisées en strophes ; mais le ion est généralement lyrique. Le mot « complainte » désignait non pas comme aujourd’hui des chansons très vulgaires ayant un caractère narratif, mais des poésies d'une inspiration souvent fort élevée.
Rutebeuf attribue naturellement toutes les qualités à chacun des personnages dont il déplore la mort, et il le fait chaque fois à peu près dans les mêmes termes, ce qui donne à ses complaintes une certaine monotonie. Toutefois, on y rencontre aussi des allusions précises, qui les sauvent de la banalité et ajoutent à leur valeur littéraire un intérêt historique.
Si les portraits que l’on trouve dans les complaintes de Rutebeuf se ramènent tous à un type à ‘ peu près uniforme, il faut en accuser plutôt son temps que luismême. C’est ainsi que dans les chan-
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sons d'amour il semble que tous les poètes aient chanté la même maîtresse. Par là ils évitaient de compromettre leur « dame » et se conformaient à la loi de discrétion imposée par la poétique du genre; mais ils auraient été probablement fort empêchés de procéder autrement. Dans la littérature entière du moyen âge on remarque cette impuissance d’individualiser qui se manifeste aussi dans les œuvres d’art : toutes les descriptions et toutes les peintures de la nature se ressemblent, tous les personnages ont pour ainsi dire même visage. A travers les qualités particulières on ne voit qu'un type général, qui varie seulement d’après l’âge et par grandes catégories de personnes : tous les traîtres des Chansons de geste sont des Ganelons, tous les bons chevaliers sont des Rolands. La distinction établie entre Roland et Olivier est un trait exceptionnel dans notre vieille poésie; encore tient-elle tout entière dans ce vers :
Roland est preus, mais Olivier est sage.
C'est dans les chroniques que la préoccupation de l'exactitude conduit insensiblement à une vue et à une peinture plus précise des formes individuelles, physiques ou morales, et les ébauches de Joinville font pressentir les portraits de Comines.
Des quatre grands seigneurs pleurés par Rutebeuf, le moins connu est Anceau de l’Isle-Adam, l’un des ancêtres du fameux grand maître de Rhodes;
Villiers de l’Isle-Adam. S'agit-il d'Anceau IV, qui mourut en 1285 en Aragon, où il avait accompagné
Philippe le Hardi, ou bien de son père Anceau III? Les commentateurs hésitent. Rutebeuf ne nous apprend guère qu'une chose sur le compte de son héros, c'est qu’il aimait la chasse. La complainte est médiocre, pleine de jeux de mots insipides et obscurs. Nous n'y relèverons que quelques vers où le poète reproche à la Fortune son inconstance :
Un homme est vite sur la roue, Chacun le sert, chacun l’honore, Chacun l'aime, chacun l'entoure.
Mais celle tourne en bien peu d'heure; Les servis tombent en la boue,
Et les servants lui courent sus.
Le comte Eudes de Nevers était parti en 1265 pour la Terre Sainte, en compagnie d’Erard de Valéry. Deux ans après, il y mourait, et son cœur était rapporté à Cîteaux. Il laissait pour lui succéder dans le comté de Nevers son gendre le prince Jean, fils de saint Louis.
Ha! comte Jean, beau très dous sire,
De vous puisse-t-on dire un jour.
Tout le bien qu'on dit du comte Eudes!
Rutebeuf fait un grand éloge d'Eudes :
Meilleur que lui ne pourra naître, Mon escient, de corps de femme...
Le cœur du comte est à Citeaux, Son âme là-haut en saints cieus, Et son corps repose outre mer, Voilà partage bon et beau!
Y a là trois -joyaus de pris,
Que tous les bons doivent aimer.
Dans les cieus il fait bon semer :
N'y faut pas la terre fumer,
Nul oiseau n’y mange le grain...
Messire Erard, Dieu vous maintienne Et en bonne vie vous tienne!
Il en est bien besoin là-bas!
Rutebeuf exhorte le roi et les seigneurs à partir au secours de Saint-Jean-d’Acre, maintenant qu’elle est « dégarnie » de la bannière redoutée du comte Eudes. | €
Quatre ans après, en 1271, la mort frappait encore, entre autres personnages considérables, le roi de Navarre et le comte de Poitiers, et Rutebeuf écrivait deux nouvelles complaintes.
Thibaut V, comte de Champagne et de Brie et roi de Navarre, fils du célèbre trouvère Thibaut IV, était mort à trente et un ans en Sicile, à son retour de la croisade de Tunis, laissant ses possessions à son . frère Henri. Issu du troisième mariage de Thibaut IV, Thibaut V avait, par le fait même de sa naissance, encouru la haine de son oncle et de sa tante, le duc et la duchesse de Bretagne, qui comptaient hériter du royaume de Navarre. D’après la pièce de Rutebeuf, on peut conjecturer que cette haine s'était manifestée par des calomnies : avant la croisade de Tunis, le jeune roi de Navarre n'avait pas eu l’occasion de montrer ses vertus guerrières, on l’accusait de n’en point avoir. Rutebeuf répond à ces attaques en invoquant le témoignage d’Erard de Valéry, qui fut
connétable de Champagne ; Erard avait accompagné le roi de Navarre à Tunis et l’avait sans doute initié au métier des armes. :
Le poète insiste d’abord sur cette fie que le jeune roi est mort avant le temps :
Pitié me fait pleurer la mort D'un homme qui avait sur Seine Et sur Marne maintes maisons.
Nul homme n'atteignit si haut Qu'il fût venu, ne fût la mort Qui avant le temps l’a saisi.
Crest le roi Thibaut de Navarre.
Sa mort met en deuil son royaume et son comté. . Quand il succéda à son père, il eut assez d'ennemis; il n’avait oncle ni tante qui le cœur n’eût plein. de’ colère. Mort déloyale, qui n entends rien, si tu l'avais laissé vivre encore soixante ans, on se serait moins désolé. Mais tu l’as tué en sa venue. Le poète ne peut se taire quand il se souvient des exploits du prince devant Tunis :
Le premier il était sorti, Ne retournait que le dernier.
11 ne prenait pas garde à la dépense, Pair des barons, des pauvres père, Et des moyens ami et frère.
Il faisait tremper la soupe deux fois par jour pour nourrir ses familiers. Sur le champ de bataille, son exemple inspirait à tous la hardiesse :
Qui l'avait en Champagne vu,
À Tunis ne l’eût point connu :
Au danger l’on connaît prud'homme,
Quand on est en paix dans son pays, on passerait pour fou si on se battait contre les murs. Par là, dit Rutebeuf, je veux abattre calomnie, si onena
. dit. Quand il faisait le guet, chacun était tranquille.
Car son guet valait bien un mur...
Roi Henri, frère du bon roi,
Dieu mette en vous si bon courage Qu'’eut le. roi Thibaut votre frère!
Déjà vous eûtes si bon père!
La complainte du comte de Poitiers est du même "as temps que celle du roi de Navarre. Saint Louis ävait donné en 1241 à son frère Alphonse le comté de Poitiers, enlevé aux Anglais ; peu d'années après, Alphonse, marié avec l’héritière du comté de Toulouse, avait joint ce comté à celui de Poitiers, Après avoir accompagné le roi dans ses deux croisades, le comte de Poitiers et de Toulouse mourut en Italie, au retour de la seconde, laissant ses possessions à son neveu, le nouveau roi Philippe le Hardi.
Rutebeuf vante les sentiments religieux du comte, et nous apprend qu’au serment habituel : « Par sainte Marie! » il avait substitué, par scrupule, cette curieuse variante : « Par sainte Garie! » Les largesses d’Alphonse de Poitiers étaient célèbres au x siècle, le poète en avait eu sa part et témoigne sa reconnaissance. Les éloges donnés à la libéralité du comte ne sont donc pas des compliments de commande. Pour achever de s’en convaincre, il suffit de relire ce récit de Joinville ; « Pen-
dant le séjour du roi à Saint-Jean-d’Acre, les frères du roi s'étaient mis à jouer aus dés, et le comte de Poitiers jouait si courtoisement que, lorsqu'il avait gagné, il faisait ouvrir la porte de la salle et faisait appeler les gentilshommes et les gentillesfemmes, s’il s'en trouvait là, et il donnait à poignées aussi bien ses deniers que ceus qu’il avait gagnés. Et quand il avait perdu, il achetait par estimation les deniers de ceus avec qui il avait joué, et il donnait tout. »
. La complainte du comte de Poitiers est composée avec un soin particulier. Rutebeuf commence par faire le portrait du parfait chrétien : Celui qui. aime Dieu et le sert et le redoute, volontiers écoute sa parole, ne craint ni maladie ni mort. La tentation lui semble un souffle, car il a bon écu contre elle, c'est le côté de son créateur :
De son côté il fait son heaume, Et s’en fait écu et ventaille, Et blanc haubert et double maille.
Il fait le sacrifice de sa vie, abandonne père et mère, femme et enfants, laisse sa terre, et combat pour Dieu jusqu’à la mort. Alors il reçoit le prix de son service, car Dieu et lui sont quitte à quitte.
Ainsi fut le comte de Poitiers. Jamais on ne le vit si irrité qu'il lui sortit de la bouche autre chose que de bons enseignements. Son plus grand $er- : ment était : « Par sainte Garie! » Il fut, tant qu'il vécut, miroir de chevalerie. Seigneur Dieu! où pre-
nait-il tout ce qu'il donnaitaux pauvres prud'hommes, sans attendre qu'on lui demandät ?
L'on nous a parlé d'Alexandre;
De sa largesse, de son sens,
Et de ce qu'il fit de son temps :
Chacun peut là-dessus mentir,
Et nous ne l’osons démentir,
Car alors nous n’y étions pas.
Mais si pour sa bonté, ses dons,
Le royaume céleste on gagne,
Le comte Alphonse y doit bien être.
Dieu le-tenta maintes fois pour connaître sa foi :
il le trouva un Job pour la patience, un saint Abraham pour la confiance. Le comte accompagna outre mer son bon frère le roi. Jamais prince ne tint plus grandement sa maison près de son frère; il nefitpas honte à son bon père. Dieu l’a pris dans son paradis; si dans cette région on faisait un roi par élection, je ne sais prince qui le valût. |
Quelle dure nouvelle est arrivée à Toulouse et à Poitiers!
Le vilain dit : « Tôt vont nouvelles ».
J’entens les bonnes et les belles.
Qui mauvaise nouvelle apporte, Tout à temps vient-il à la porte, Mais il y vient hien toutefois.
On sut vite qu’en la croisade
De Tunis, en son revenir, Voulut Dieu retenir le comte.
On le sut tôt et cà et là,
Partout la renommée alla, Partout en fut fait le service
En chapelles et en églises...
Les Toulousains ct Poitevins N’auront jamais meilleur seigneur
54 è RUTEBEUF.
(Aussi bon l'ont-ils), ni plus grand.
Tant a fait le comte en ce monde Qu'avec lui l’a Dieu, net et pur.
Ne crois que pour lui prier faille, Prions que de nous se souvienne.
Ce dernier trait serait une flatterie un peu lourde s'il s'agissait de tout autre personnage. Appliquée à un prince aussi pieux et aussi charitable qu'Alphonse de Poitiers, l'idée est au contraire délicate et touchante.
Les autres pièces de Rutebeuf qui portent le titre de « complaintes » déplorent non la mort d’un grand personnage, mais un malheur public ou privé, tel que la perte de Constantinople, l'exil de Guillaume de Saint-Amour, les scandales de l'Église, etc. Ces complaintes, où la satire domine, figureront à leur place dans le chapitre suivant.