‹ Rutebeuf. Deuxième éditionChapitre 16 sur 42 · Ces vers s'appliquent aux Cordeliers · texte numérisé non relu

Ces vers s'appliquent aux Cordeliers

Ils peuvent être braves gens, dit en terminant Rutebeuf, je veux bien que chacun le croie. Mais le procès qu’ils font à Rome à l’Université est une raison de ne pas le croire. Et il résume ainsi son opinion sur les Jacobins : « Quelqu’objet qu’ils missent en gage, je ne pairais pas la pelure d’une pomme de leur dette ».

Tout en luttant contre les maîtres séculiers pour se faire une place près d'eux, les ordres mendiants reconnaissaient ce qu'ils devaient à l'Université, bien que Rutebeuf leur reproche de l'oublier. Dans une réunion générale des professeurs et des étudiants, le général des Cordeliers, Jean de Parme, avec une humilité sans doute un peu affectée, s’exprimait en ces termes : « Vous êtes nos maîtres et nos seigneurs, c’est vous qui nous avez instruits, nous vous en rendons grâces et nous sommes prêts à témoigner notre reconnaissance par nos prières et nos prédications. Nous sommes vos fils et vos serviteurs. Si nous avons quelque science, c’est de vous que nous la tenons. Je me soumets moi-même, et je

. Soumets les frères qui sont sous mon autorité, à votre

correction. Nous voici en vos mains, faites de nous ce qui vous paraît bon et juste. » Malheureusement il ne paraît pas que les actes des Jacobins aient répondu à ces paroles de conciliation.

Le défenseur le plus hardi de l’Université fut l’un des professeurs séculiers, Guillaume de Saint-Amour. Il traite les frères mendiants aussi rudement que Rutebeuf, les qualifiant de pseudo-prédicateurs, hypo-

crites, inquisiteurs (domos penetrantes), oisifs et vagabonds. En chaire et dans ses écrits il combat l'institution même des nouveaux ordres; il demande s’il est permis à un homme de donner tout ce qu'il possède de façon à ne rien garder pour soi et à être ensuite forcé de mendier, et sion doit faire l’aumône au mendiant valide, même lorsqu'il est pauvre. A ses yeux l'Évangile éternel est impie , sacrilège et dangereux, et il écrit pour le prouver le livre des Périls des derniers temps. Comme il est naturel, les ordres mendiants rendaient coup pour coup. Cette guerre dura sept ans, de 1250 à 1257. Le pape condamna successivement les deux livres, à une année de distance. Mais l’impartialité n’était qu'apparente. Ce pape était Alexandre IV, celui-là même qui, au dire de Salimbene, redoutait la mort prématurée que Dieu avait infligée à son prédécesseur Innocent IV, pour n'avoir pas suffisamment protégé les Mendiants. Il ne lança pas moins de quarante bulles contre l'Université, et, tandis qu’il se bornait à réprouver la doctrine de l'Evangile éternel, il poursuivait avec acharnement l’auteur des Périls des derniers temps.

Dans les attaques qui s’échangèrent pendant toute cette période, il faut faire la part des exagérations qu’une lutte aussi vive ne pouvait manquer d'amenef, et dont on aura la mesure en réfléchissant à ce seul fait que l’un de ces mendianis si vilipendés, l’un des Jacobins qui enseignérent à cette époque à l’'Université de Paris, était le plus grand philosophe du: moyen âge, saint Thomas d'Aquin.

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