SATIRES. L’UNIVERSITÉ DE PARIS
Salimbene, fut bien puni de cet acte de faiblesse; car il mourut peu de temps après, de même que le vice-chancelier qui avait été son conseiller en cette affaire. Alexandre IV s’empressa de lever la prohibition de son prédécesseur.
Salimbene nous dit encore quel devait être, à son avis, le rôle des deux ordres. D'après lui, les Mineurs étaient faits pour l’oraison et la contemplation, et les Dominicains pour l'étude des sciences séculières. Ce sont en effet les Dominicains que nous trouvons surtout en conflit avec le clergé enseignant de l'Université de Paris.
À la faveur des troubles, causés par une échauffourée d'étudiants, qui agitèrent l'Université et interrompirent les cours au commencement du règne de saint Louis, les Dominicains obtinrent de l’évêque de Paris d’abord une première chaire de théologie, et bientôt une seconde, où ils donnèrent à l’origine des leçons privées, puis, malgré l'opposition du chancelier, des cours publics. Une fois installés dans l’Université, ils cherchèrent à s’y rendre indépendants; ils refusèrent de faire cause commune avec les autres maîtres et d'observer les statuts. Menacés d'exclusion, ils accusèrent leurs collègues séculiers de conspirer contre l'Église et le roi, et portèrent l'affaire devant le pape, qui devait leur donner raison. C’est à cette occasion que Rutebeuf rima la Discorde de l'Université et des Jacobins :
Rimer me faut une discorde Qu'à Paris a semé Envie
Entre gens qui miséricorde Vont prêchant et honnête vie.
De foi, de pais et de concorde Est leur langue toute remplie, Mais leur manière me rappèle Que dire et faire sont bien deus.
Ils guerroient pour une école où ils veulent enseigner par force, et ils oublient ce qu’ils doivent à l'Université.
Chacun d'eus devrait être ami De l’Université vraiment,
Car l'Université a mis
En eus tout le bon fondement, Livres, deniers et pain et gages.
Maintenant le lui rendent mal, Car ceus-là détruit le Démon Qui plus l'ont servi longuement.
Îls ont mis l’Université du trot au pas. Il y a des gens qu'on héberge et A veulent chasser ensuite le maître du logis.
Jacobins sont venus au monde Vêtus de robe blanche et noire.
Toute bonté en eus abonde,
Le peut quiconque voudra croire.
Si par l’habit sont nets et purs, Vous savez, c’est vérité sûre,
Si un loup avait chape ronde, Bien ressemblerait-il à prêtre.
É .… Car si Renard ceint une corde Et revêt une cotte grise 1,
: © N'enest pas sa vie plus pure :
ni Rose est bien sur épine assise,