‹ Rutebeuf. Deuxième éditionChapitre 18 sur 42 · Vieux dicton · texte numérisé non relu

Vieux dicton

Château-Landon, petite ville de grand renom, Personne n'y passe qui n'ait son Jlardon,

S'il est douleur comme la mienne, Dit Sainte Église.

J'étais sur ferme pierre assise :

La pierre s’ébrèche et se brise, Et je chancèle..….

Pris ont César, pris ont saint Pierre

Et ont emprisonné mon père Dedans sa terre.

Ceus-ci ne l'y vont point chercher,

Pour qui il commença la guerre :

Il n’en est plus,

Plus un de lui qui se souvienne :

S’il fit folie, qu'il la boive!

Maîtres ès arts,

Décrétistes ct médecins,

Vous, les gens de Justinien,

Et autres anciens prud'hommes,

Comment laissez-vous en exil Maître Guillaume?

Pour moi fit de sa tête heaume;

Or est chassé de ce royaume Le bon prud’homme,

Qui exposa son corps, sa vie!

Lui fites de Château-Landon La moquerie..…

Il est en son pays reclus, A Saint-Amour,

Et nul de lui ne prent défense.

Il y peut faire long séjour...

Les gens dous, francs et débonnaires,

A qui jadis on voulait bien, : Sont oubliés,

Et ceus qui ont fausse la face,

Qui sont de la divine grâce Pleins par dehors,

Ils auront Dieu et les trésors

Qui de tout mal gardent le corps...

Ha! Fortune, chose légère,

Qui oins devant et poins derrière, Comme es marûâtre!

Clergé, comme êtes mes fillâtres!

Oublié m'ont prélats, pasteurs; De moi s'éloignent.

Guillaume est relégué en Bourgogne, où il demeurera le temps qui lui reste à vivre, car nul ne le délivrera.

Il aurait la pais, je l’assure, S'il voulait convenir, jurer Que vrai fût fable, Que droit fût tort et Dieu diable,

Qu'insensés fussent raisonnables, Et noir fût blanc,

Mais il aimerait mieux être emmuré, ou défait, ou défiguré. L'Église ne se décourage pas. Le paradis est de tel merrain qu’on ne l’a pas en un clin d'œil en flattant Dieu. On n'est pas saint pour cheminer en cherchant les bons mets. Dieu, continue l’Église, saura venger son ami fidèle :

S'il meurt pour moi, je le plaindrai.

Dire vrai a coûté à maints

Et coûtera; Mais Dieu, qui est et qui sera,

S'il veut, en peu d'heure fera Cesser ce bruit.

Où trouver un si vaillant homme que lui? Ni le pape ni le roi n’ont pu le détourner de la droite voie.

On l’appelait maître et seigneur — et de tous maîtres le plus grand — seigneur et maître... Prions Jésus-Christ et la Vierge Marie qu'ils le protègent.

Les premiers vers de cette complainte ressemblent singulièrement au début du second sonnet de la Vita Nuova de Dante :

O voi che per la via d'amor passate,

Attendete e guardate S'egli è dolore alcun quanto’l mio grave.

On dirait une traduction, vers pour vers. Il n’est pas invraisemblable que Dante, qui vint à Paris au commencement du règne de Philippe le Bel, se soit inspiré de Rutebeuf, qui d’ailleurs imitait Jérémie.

Les collègues de Guillaume de Saint-Amour, à qui Rutebeuf reproche d'oublier leur défenseur et leur ami, avaient pourtant adressé une supplique au roi en 1259, pour obtenir le rappel de l’exilé. En cette circonstance, saint Louis se conduisit comme un bon père de famille, respectueux de la discipline, qui gronde sévèrement son fils pour la peine qu’il a encourue, mais qui secrètement demande au maître de lever la punition. Il répondit à la supplique que Guillaume était un monstre, indigne de pardon, mais il écrivit au pape en sa faveur.

C'est seulement après la mort d'Alexandre IV et de son successeur immédiat, que Guillaume de Saint-Amour revint à Paris, où on lui fit une réception triomphale. Quant à son livre sur les Périls des derniers temps, tous les exemplaires n’en avaient pas été brûlés, car il fut imprimé au xvi° et au xvn siècle, et il fut poursuivi à cette époque comme au temps de sa nouveauté. On le dénonça à Louis XIII, qui, par un arrêt rendu en Conseil privé, rappela la condamnation prononcée par Alexandre IV, ordonna de saisir tous les exemplaires, et défendit aux libraires de le mettre en vente sous peine de mort.

On peut conjecturer que la persécution dirigée contre Guillaume de Saint-Amour atteignit aussi son défenseur intrépide, Rutebeuf. Une bulle d’Alexan-

dre IV ordonnait de brûler à Paris non seulement le livre des Périls, mais aussi des « chansons et rythmes inconvenants » composés contre les frères Prêcheurs et Mineurs. Rien n'établit absolument que les satires de Rutebeuf fissent partie des rythmes réprouvés ; mais il se plaint à plusieurs reprises de ne plus pouvoir parler librement, et il nous apprend, dans le dit d'Hypocrisie, que les gens prudents se cachaient pour lire ses vers. Toutefois, Kexistence même des poésies de Rutebeuf, et de beaucoup. d’autres aussi hardies, prouve que nos ancêtres du x siècle jouissaient encore d’une grande liberté de parole, toutes les fois que la croyance et le dogme n'étaient pas en jeu.

Cette grande querelle fut, semble-t-il, d’autant plus vite oubliée qu’elle avait été plus vive. En 1274, au moment de la mort de saint Thomas d'Aquin, l’Université réclamait la dépouille mortelle de celui qu’elle avait voulu exclure du nombre de ses maîtres. Elle écrivait au chapitre général des frères Précheurs : « Nous réclamons humblement, comme le plus beau des présents, le corps de celui que nous n’avons pu ravoir pendant sa vie; car il est tout à fait indigne, il n’est pas décent qu’une autre nation ou qu’une autre ville que la très noble cité de Paris, mère de toutes les études, possède la dépouille et le tombeau du grand docteur dont elle a d’abord formé, nourri et réchauffé l'esprit et duquel elle a reçu ellemême plus tard d’ineffables enseignements. »

Le monde et l'Église

Dans un bon nombre de ses poésies satiriques, Rutebeuf. fait porter ses critiques, soit sur toute l'Église, clercs séculiers et réguliers, soit sur la société entière de son temps, clercs et laïques. Ces pièces reviennent souvent sur les mêmes idées, et ne se prêtent pas à un classement méthodique. Nous les passerons en revue, en commençant par les plus générales. |

Il faut d’abord mettre à part le dit d'Aristote, qui appartient plutôt au genre didactique pur qu’au genre satirique. Rutebeuf place dans la bouche d’Aristote, s'adressant à Alexandre, quelques enseignements moraux : Il faut se défier des parvenus; ceux que la faveur porte aux honneurs sont comme un ruisseau grossi par les pluies, qui est plus violent que l’eau qui coule naturellement : ils sont plus cruels qu'un comte ou un châtelain puissants par leurs ancêtres. Mais si tu vois un homme qui vaille ton bienfait, ne le lui refuse pas et ne prends pas garde à sa parenté. |

Dès que nature en l’homme a mis Sens et valeur et courtoisie,

l'est quitte de vilenie.

Un homme est tel comme il se fait.

L'un fait lui-même sa noblesse,

Un autre met la sienne en pièces...

Celui-là-est vrai gentilhomme

Qui fausseté et trahison

Haït et repousse, et honneur aime...

L'on peut bien régner quelque temps.

Par fausseté, sans succomber

(Plus longtemps qui plus sait de ruse); Mais il faut qu'un jour il se dupe Lui-même, quoi qu'il puisse faire...

Juge le droit, continue Aristote, sans prendre le bien d'autrui : un juge qui prend doit être jugé comme un larron. Quand on donne, il faut le faire de bonne grâce !. |

Pour donner, donne en tel manière Que mieus vaille la belle mine Que feras, en donnant le don, Que le don, ainsi fait le sage...

Mur ni arme ne peut défendre

Roi qui se refuse à donner.

Roi n’a besoin de forteresse,

Qui a le cœur plein de largesse.

Ce sont là des idées qui se présentent souvent dans la littérature morale du moyen âge, et qu'on retrouve notamment dans le Roman de la Rose. Le lieu commun sur la vraie noblesse a été repris par Corneille et magnifiquement exprimé dans la fameuse scène entre le Menteur et son père :

Où le sang a manqué si la vertu l’acquiert, Où le sang l'a donné le vice aussi le perd.

On a pu s'étonner d'entendre Aristote parler de comtes et de gentilshommes. Mais nos trouvères se représentaient les héros de la Grèce et de Rome

1. « Je ne vois aucun courtisan, dira La Bruyère, qui n'assure qu’il est bien moins content du don que de la manière dont il lui a été fait, »

comme des barons de leur propre temps : ils font jeûner les Troyens comme de bons chrétiens, ils nous montrent Pallas armé chevalier par Enée. Alexandre était pour eux le parfait chevalier, et ils lui attribuaient comme vertu dominante la largesse, vertu chère entre toutes aux ménestrels et aux jongleurs.

L'Ave Maria de Rutebeuf débute par une satire contre l’avarice universelle :

À toutes gens qui ont savoir,

Fait Rutebeuf bien assavoir, Les avertit :

Ceus qui ont le cœur net et pur

Doivent tous le monde quitter Et s’en aller...

C’est vérité que je vous conte :

Chanoines, clercs et rois et comtes Sont trop avares;

N’ont souci de sauver leurs âmes, Mais leurs corps baigner et laver 1 Et bien nourrir.

Car ils ne pensent pas mourir, Ni dedans la terre pourrir, Ce qu’ils feront.

Un jour, garde nc sc prendront Que tel morceau engloutiront Qui leur nuira; .

Car leur pauvre âme en ira cuire En enfer, et sans nul répit, Été, hiver...

C’est encore l’avarice que le poète attaque dans l'État du monde, où nous voyons défiler successive- 1. Le bain était un luxe au moyen âge. On l’interdisait aux religieux. La propreté, comme la littérature, a eu sa

renaissance, mais fort tard, après Louis XIV. Le grand roi n'a pas encouru le reproche de « trop baigner son corps ».

ment les religieux (les moines blancs et noirs, Prémontrés et Bénédictins, puis les Mendianis), les chanoines, les avocats; parmi les laïques, les justiciers (prévôts, baillis ou maires), les marchands, les ouvriers, les paysans; enfin, les chevaliers et les prélats.

Le monde se change plus souvent que denier de change. Ce fut l'été, voici l'hiver. Le monde était bon, maintenant il est « d'autre manière ».

Chacun devient oiseau de proie, Nul ne vit plus s’il ne butine.

Rutebeuf va rimer de l’état du monde, et d’abord des religieux.

Ils devraient vivre saintement, Je crois, ainsi je le comprens.

Y a double religion :

Les uns sont moines blancs et noirs, Qui maint pays et maint manoir Ont, et mainte richesse assise, Qui tous sont serfs de Convoitise.

Tous jours veulent sans donner prendre, Tous jours achètent sans rien vendre.

Ils prennent, l’on ne leur prent rien.

Ils sont fondés sur. fort merrain, Bien peuvent leur richesse accroître.

L'on ne prêche plus dans les cloîtres Sur Jésus-Christ ni sur sa mère, Ni sur saint Paul ni sur saint Pierre :

Qui connaît mieus tout l'art du monde Est le meilleur selon leur règle.

Après ce sont les Mendiants, Qui par la ville vont criant:

« Donnez, pour Dieu, du pain aus frères! »

Plus y en a de vingt manières,

C'est là dure fraternité ;

Car, par la Sainte Trinité!

L'un des couvents voudrait que l’autre Fût mis dans un chapeau de feutre Au plus périlleus de la mer.

Ainsi s’entraiment les avares…..

Me faut parler de Sainte Église, Car je connais plusieurs chanoines Qui vivent des biens du Seigneur.

Ils n’en doivent, selon la Bible, Prendre que le suffisant vivre, .

Et pour tout le reste, humblement, Lis devraient comme biens communs Aus pauvres gens le départir;

Mais ils verront briser le cœur

Du pauvre, par male aventure,

Par grand faim et par grand froidure, Quand chacun a chape fourrée,

Et de deniers de grandes bourses, Ses pleins coffres, la pleine huche.

Qu'importe qui pour Dieu l’appèle Ou qui pour Dieu lui fait demande?

Il est riche du bien de Dieu,

Et Dieu n'en peut aumône avoir.

Et si il va la messe ouïr,

Ce n’est pas pour Dieu réjouir,

Mais c’est pour des deniers avoir, Car, je vous le fais assavoir,

S'il n’en pensait rien rapporter,

N'y voudrait plus mettre les picds.

Encore y a clercs d'autre guise, Qui, quand ils ont la loi apprise, Veulent en devenir plaideurs,

Se font de leurs langues vendeurs, Pensent à ruses et cautèles, Et bouleversent les procès...

Bref, tous clercs, hors les écol'ers,

Veulent avarice embrasser.

La plupart des griefs formulés par Rutebeuf contre les clercs se trouvent confirmés par le témoignage

le moins suspect, celui des grands prédicateurs du xu® siècle. Le cardinal Jacques de Vitry constate en le condamnant l'abus de la dialectique dans les sermons destinés aux clercs, où l'on s’efforçait de mettre en pratique « tout l’art du monde », comme dit le poète. Nous savons également que les différents ordres mendiants étaient aussi désunis entre eux qu'unis contre les séculiers. Aux yeux des Mineurs, saint Pierre représentait dans l'Écriture l'ordre des Prècheurs parce qu'il dit : « L'or et l'argent n’est pas à moi », au lieu de dire : « l'or et l'argent n’est pas à nous », ce qui signifie que les Prêcheurs veulent tout rapporter à eux. Ils sont jaloux des Cordeliers, et si le pape choisit un cardinal dans cet ordre, il faut qu'ils en aient un aussi, « dussent-ils le faire en paille ».

L'amour des richesses, que Rutebeuf reproche, ici et ailleurs, à toutes les catégories de clercs, est signalé en ces termes piquants par un prédicateur anonyme : « La richesse est un dous venin. Beaucoup de gens commencent à l’amasser avec l'intention de la consacrer au service de Dieu et des pauvres; mais quand ils la possèdent, ils changent d'avis. Un prêtre pensera : « Tes biens t'aideront à avoir la « crosse ». Et le bon moine dira en lui même : « Mon abbé mourra ou un autre, et mes deniers me « donneront l’abbaye, »

Après les clercs, c'est le tour des laïques :

Or me faut parler des laïques, Qui, pour leur part, ont d’autres plaies.

Les prévôts, les baillis et maires

Sont parmi tous les plus mauvais,

Ainsi Convoitise le veut.

Car je vois bien que les prévôts,

Qui afferment les prévôtés,

Veulent plumer toutes les côtes

De ceus qui sont en leur justice,

Et se défendent en tel guise :

« Nous payons cher les prévôtés,

Et il nous faut sur le commun,

Font-ils, partout lever et prendre

Sans attendre droit ni raison;

Nous aurions trop mauvais marché

Si nous perdions en ce marché. »..….

Or y a gens d’autres manières,

Qui de vendre sont coutumiers

De choses plus de cinq cents paires

Qui sont au monde nécessaires.

Je vous le dis bien vraiement,

Ils font plus d'un mauvais serment

Et ils jurent que leurs denrées

Sont et bonnes et épurées,

Souvent que c’est mensonge pur...

Encore y a ces gens menues

Qui besognent parmi les rues,

Et chacun fait divers métiers

Comme il est au monde besoin.

Ils ont, eus aussi, d’autres plaies :

Ils veulent être bien payés,

Et très peu de besogne faire.

Même les paysans des vignes

Veulent avoir bon payement

Pour peu faire, Dieu me pardonne!

Les plaisanteries dirigées contre les inarchands qui trompent sur la qualité de la marchandise, contre les ouvriers et les paysans qui veulent être bien payés sans rien faire, sont un peu de tous les temps. Ce qui est plus particulier au moyen âge, c'est la justice des prévôts et maires, que Marie de

France attaquait déjà au siècle précédent dans la morale célèbre de la fable le Loup et l'Agneau :

Ainsi font les puissants voleurs,

Les vicomtes et les jugeurs,

De ceus qu’ils ont en leur justice.

Fausses raisons par convoitise

Ils trouvent bien pour les confondre.

Les font souvent citer au plaid,

La chair leur prennent et la peau Comme le loup fit à l'agneau.

Un des bienfaits de saint Louis a été de réprimer les abus dans l'administration de la justice. Mais il ne faut pas demander à un satirique de signaler le bien à côté du mal.

Rutebeuf ne ménage pas la chevalerie plus que les autres « états »; les ménestrels ne trouvent plus chez les chevaliers la générosité des vieux âges :

J'arrive à la chevalerie, Qui aujourd'hui est ébahie.

Point de Roland, point d'Olivier, Tous sont noyés en un vivier.

On peut bien voir et bien entendre Qu'il n’y a plus nul Alexandre.

Leur métier se pert et décline; La plupart vivent de rapine,.… Les ménestrels sont éperdus...

Je ne vois ni prince ni roi Par qui prendre soit tenu mal, Ni nul prélat de Sainte Église Que n’accompagne Convoitise Ou au moins dame Simonie Par qui donneurs ne sont haïs.

Noblement recoit-on en cour Celui qui donne, au temps présent ;

Celui qui ne peut rien donner

S'en aille aus oiseaus s'adresser!

Vous pouvez bien apercevoir

Si je vous conte vérité.

Le même sujet est traité d’une façon plus large, plus abstraite, dans la satire des Plaies du monde.

Rutebeuf signale trois plaies du monde : la première « sur les laïques »; la seconde, « sur les gens d'Église » ; la troisième, « sur la chevalerie ».

Les laïques ne s’entr'aiment plus. Le cœur des gens est plein d’amertume, de rancune, d’envie; on ne rend service à autrui que si on y trouve son intérêt. La parenté ne compte plus; on renie ses parents s'ils sont pauvres. Les riches seuls ont une

famille. Nul ne songe plus à revêtir les membres nus des pauvres; mais chacun plume celui. qui est au-dessous de soi. |

Pour le clergé, hors les écoliers, tous les clercs sont avares :

Plus est bon clerc qui plus est riche, Et qui a plus est le plus chiche;

Car il a fait à sa richesse

Hommage, je vous le fais savoir,

Et, puisqu'il n’en est le seigneur, Comment peut-il aider aufrui?..

Tous jours acquiert jusqu’à la mort; Mais quand la mort à lui s'attaque, Quand la mort vient qui le veut mordre...

I lui faut à autrui livrer

Ce qu’il a gardé longuement,

Et il meurt si soudainement

Qu'on ne veut croire qu'il soit mort.…, Son testament ont en lieu sûr Archidiacres ou doyens,

N'en parait plus ni bout ni pointe

Si gens d'ordre l'ont entre mains, Et s’ils en donnent, c'est le moins :

En donnent, afin qu'on le sache, Vingt paires de souliers de vache Qui ne leur coûtent que vingt sous.

Les clercs gardent ainsi pour eux les richesses

de leur confrère, et les pauvres n'en recueillent qu'un profit dérisoire. Quant au mort, on l’oublie, on le laisse se débrouiller tout seul avec le diable :

Avoir de clercs, toison de chien Ne peuvent pas venir à bien.

de toute estime :

Quand ils sont en terre étrangère, Pour pris et pour honneur gagner Et pour honorer corps ct âme,

Ne pense à eus homme ni femme; Ce qu'on leur envoie est trop peu.

Il leur souvient plus de saint Peu t Que d'autre saint du paradis;

Car ils n'ont point par dis ct dis Les marcs d’or ni les marcs d'argent...

Ceus-là, je les aime, et le dois;

On doit bien les montrer au doigt, Car au monde ils sont clair-semés :

Doivent en être mieus aimés.

La chevalerie a la troisième « plaie » :

Chevalerie est si grand chose Que dire la troisième plaie t

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