AVANT-PROPOS
Ce livre ne se présente pas tout à fait dans les mêmes conditions que les autres volumes de la collection, Dotacree à des auteurs qui sont déjà connus du public et à des ouvrages qui se trouvent dans toutes les mains.
Rutebeuf est certainement un inconnu pour beaucoup de lecteurs, et la difficulté de la langue ? fait que ses œuvres sont inabordables pour tous ceux qui n’ont pas eu le loisir d'apprendre le vieux français. Il fallait donc avant tout rendre ces’ œuvres accessibles, en les traduisant, afin de pouvoir appuyer
1. Ce volume avait été écrit avec l’erthographe de la Revue de philologie française. Mais comme ïl fait partie d’une collection, l'éditeur a tenu à ce qu'il fût imprimé avec l'orthographe officielle, suivie dans la collection. Dans les citations toutefois le système de la Revue de philologie a été adopté, en raison de sa conformité avec l'orthographe même de Rutebeuf.
2. Cette difficulté résulte principalement de la déclinaison à deux cas, reste de la déclinaison latine, qui disparut à la fin du xrv° siècle.
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. * notre étude sur des citations très abondantes. Il convient de laisser fréquemment la parole à Rutebeuf. Le commentaire sera d’autant plus utile qu’il se restreindra pour faire une place plus large à l'œuvre même. 1 |
Nos traductions seront, à vrai dire, de simples rajeunissements. Nous nous appliquerons à conserver les locutions de l’auteur, en donnant seulement aux mots la forme actuelle, et comme le rythme fait partie intégrante de la pensée d’un poète, nous .maintiendrons fidèlement le nombre des syllabes et la répartition de l’accent dans chaque vers. La rime seule sera très souvent sacrifiée, quand le remplacement d'une forme ou d’un mot anciens par la forme nouvelle ou par un mot resté dans la langue aura fait disparaître la consonance. Pour reconstituer partout la rime, il eût fallu introduire dans le texte des changements parfois considérables et se contenter d'approximations dans l'expression des pensées : il valait mieux être infidèle à la rime qu’à l’idée.
Nous respecterons le plus souvent les lois et les licences de la versification du moyen âge : le muet compté pour une syllabe après une voyelle ou une diphtongue, la contraction facultative du pronom elle en el, la syllabe féminine ne comptant pas (même non élidée) après la césure des grands vers, l’hiatus autorisé, etc. M
Nous maintiendrons aussi, toutes les fois que la mesure l'exigera et que la clarté n'aura pas à en
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souffrir, les particularités de l’ancienne langue, telles que l’ellipse fréquente du pronom sujet, l'emploi : des adjectifs grand, tel, loyal et autres semblables sans e muet au féminin. | Il va sans dire qu’on né trouvera pas dans ce livre une traduction intégrale de Rutebeuf. Les citations seront souvent coupées par des analyses, tantôt brèves, tantôt détaillées. Nous supprimerons les passages devenus obscurs et ceux dont l'intelligence exigerait des explications trop minutieuses. Nous : ne chercherons pas toutefois à dissimuler les fai-
blesses du poète; nous n’avions pas à former une anthologie, mais à faire connaître aussi complètement que possible le grand trouvère du x siècle,
avec ses défauts comme avec ses qualités.