SATIRES. LE MONDE ET L*ÉGLISE
Puisque Justice cloche, et Droit penche et s*incline,
Et Loyauté chancelé et Vérité décline,
Et Charité froidit, et Foi se pcrt et manque,
Je dis que n'a le monde fondement ni racine....
Rome, qui devrait être de notre foi la hase^ Simonie, avarice et tout mal y abonde :
Ceus-là sont plus malpropres qui doivent être purs, Et par mauvais exemple avilissent le monde.
Qui argent porte à Rome a bientôt la prébende. On ne la donne mie comme Dieu commanda.
On sait bien dire à Rome : « Tu veus obtenir, da! Si tu ne veus donner, anda uia, anda! 2 »
France, qui de franchise est dite par droit nom, A perdu de franchise la gloire et le renom :
Il n'y a plus nul franc, ni prélat ni baron, En cité, ni en ville, ni en religion.
Au temps que les Français vivaient tous en franchise, Fut par eus mainte terre et gagnée et conquise. Alors, les rois menaient tous leurs projets à fin. Car on priait pour eus de cœur en Sainte Eglise I
J'oserais bien le dire devant tous ceus de Rome, Dieu serait plus touché par la vois d'un prud'homme Ou d'une pauvre vieille qui de bon cœur le nomme, Que par tout l'or d'Espagne s'il était réuni.
Judas le Machabéc dit anciennement Que victoire n'est point en grand masse d'argent, En grandes chevauchées, en grand nombre de gens» Mais qu'elle vient de Dieu, qui fit le firmament!...
Convoitise vaut pis que le serpent volant :
Elle avilit l« monde, dont je suis moult dolent. Si Charle était en France, ou son neveu Roland, Ne pourraient rien contre eus Eaumonl ni Agolant...i