‹ Rutebeuf (volume 2)Chapitre 17 sur 37 · SATIRES PERSONNELLES · texte numérisé non relu

SATIRES PERSONNELLES

Satires personnelles.

En rassemblant les éléments épars de la biographie de Rutebeuf, nous avons analysé la plupart des satires personnelles, celles où il se moque de luimême, des siens, de son débiteur Brichemer. Ce sont là ses poésies les plus originales. Avec quel accent de pénétrante mélancolie il nous parle de son a fol cœur », comme plus tard Villon regrettera sa (( jeunesse folle » ! Quelle peinture spirituelle et touchante il fait de son dénûment, de son espérance, chaque jour déçue, en un lendemain meilleur!

On retrouve la même note dans une pièce charmante, la plus courte de ses œuvres (elle n'a que douze vers), le dit des Ribauds de Grève, C'est la <c chanson des gueux » du xiii^ siècle; le poète, à l'entrée de la mauvaise saison, adresse ses compatissantes railleries aux pauvres ribauds de la place de Grève : à peine vêtus, ils souffriront du froid, ils sentiront les piqûres de la neige, ces « blanches mouches » de l'hiver.

Ribauds, bien êtes-YOus à point :

Les arbfes dépouillent leurs branches,

Et vous n'avez de robe point,

Vous en aurez froid à vos hanches.

Combien vous plairaient les pourpoints,

Et les surcots fourrés à manches !

Vous allez en été si vifs,

Et en hiver si engourdis !

Vos souliers n'ont pas besoin d'huile.

De vos talons faites semelles.

Les noires mouches vous ont points,

Maintenant vous poindront les blanches !

132 RI7TEBEUF.

La Dispute de Chariot et du Barbier de Melun est dirigée contre deux confrères de Rutebeuf. Car « le barbier de Melun » est un surnom. Il s'agit d'un ménestrel, comme Chariot le Juif, et non d'un barbier.

L'autre jour m*cn allais jouer Deyers l'Auxerrois Saint-Germain, Plus matin que n'en ai coutume (Point n'aime à me lever matin).

Je vis Chariot sur mon chemin, Tenant le Barbier par la main, Et bien ils montraient toutefois Qu'ils n'étaient pas cousins germains.

Le Barbier traite Chariot de mécréant et de juif. Celui-ci riposte en reprochant au Barbier les boutons suspects qui ornent son visage. Les injures se croisent :

Barbier sans rasoir, sans ciseaus, Qui ne sais tailler ni raser, Tu n'as ni bassins ni serviettes, Ni de quoi réchaufTer eau claire ; N'est rien au monde que tu vailles....

— Chariot, tu as toutes les lois,

Tu es juif et chrétien,

Tu es chevalier et bourgeois,

Et, quand tu le veus, clerc es arts....

Ils se traitent mutuellement d'entremetteurs ; puis Chariot raille de nouveau le visage bourgeonné du Barbier :

Barbier, or viennent les groseilles^ Les groseillers sont bourgeonnes :

Je vous rapporte la nouvelle

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