SATIRES. LES ORDRES RELIGIEUX
N'est pas tout or ce qui reluit.
Hypocrisie est en renom;
Tant elle a fait, Tant OBt les siens bien traTaillé Que par la fraude ils ont conquis
Grand part du monde.... *
C'est par de telles gens que TAntéchrist viendra.
On voit que le personnage allégorique qui porte dans le titre le nom de Pharisien^ change de sexe et devient Hypocrisie dans la pièce. Ce personnage ne diffère pas du Faux-Semblant introduit par Jean de Meung dans le Roman de la Rose. L'un et l'autre sont la personnification de l'hypocrisie qui se couvre du manteau de la religion, ce sont les ancêtres du Tartufe de Molière. Mais l'un et l'autre, dans l'esprit de nos trouvères, appartenaient à l'ordre de Saint- Dominique, a Je suis, dit Faux-Semblant, des valets de l'Antéchrist,
Je suis des valets d'Antéchrist, Des larrons dont il est écrit Qu'ils ont habits de sainteté Et virent en telle feintise :
Dehors semblons agneaus plaintifs, Dedans sommes loups ravisseurs.
En somme, le principal reproche que l'on adresse aux Jacobins est le reproche d'hypocrisie : ils affectent, dit-on, d'avoir la robe de laine (le lange) sur la peau, mais plus d'un porte chemise * ; ils flattent par
1. La chemise était encore un objet de luxe. On a pu dire que Fusage universel de cette pièce du costume est l'événement le plus considérable du xivo siècle, par l'influence qu'il a eue sur la fabrication en grand du papier de chiffe, notre papier moderne.
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ant et frappent par derrière. Ajoutez l'amour des §ses, contraire à la lettre comme à l'esprit de règle, la passion de dominer, l'orgueil. Nous » qu'ils fournirent à TEglise beaucoup d'inqui- ■s; dès cette époque, on les accuse de s'insidans les maisons, de chercher à surprendre les ts des familles. Mais leur grand crime, aux de Rutebeuf et de ses amis, celui qui explique lence de toutes ces attaques, c'est leur hostilité ; l'Université.
• Jacobins reparaîtront dans les pièces relatives liversité, et aussi, avec les autres ordres, dans tires sur le Monde et l'Eglise. Un seul ordre s grâce devant Rutebeuf, c'est celui de Saiotr : Nul, dit-il dans le poème allégorique intioyage du paradis, naine tient la voie de charité té les moines de Saint- Victor. Jamais on ne vil )i sages; Ils ne font pas leur Dieu de leur panse, e les autres moines font, n
'Jniversité de Paris. Le procès de Guillaume
de Saint-Amour.
ique fois que Rutebeuf dirige un trait de satire ; les clercs en général, il prend soin d'excepter idiants. Sa prédilection pour eu?c n'avait point urs le caractère d'une tendresse aveugle, car gourmande, non sans vigueur, dans le dii de ersité de Paris. C'était à la suite d'une de ces
SATIRES, l'université DE PARIS. 71
querelles comme il s'en éleva plusieurs au xiii® siècle entre les écoliers. Déjà, en 1218, l'official de Paris avait dû sévir contre ceux « qui recouraient à la force des armes, blessaient et tuaient jour et nuit d'autres écoliers, enlevaient des femmes », etc. Les disputes provenaient souvent de la rivalité des nations^ entre lesquelles se répartissaient les écoliers, nation de France, de Picardie, de Normandie, d'Angleterre. Celle de France, plus nombreuse que toutes les autres, demandait à être représentée par trois examinateurs au lieu d'un dans le jury de la maîtrise es arts, le doctorales lettres du moyen âge. Il est difficile de dire à laquelle de ces querelles se rapporte le dit de l'Unwersité de Paris. Rutebeuf y donne les plus sages conseils : pourquoi quitter son pays pour venir étudier à Paris, si on y perd la raison au lieu d'apprendre la sagesse? 11 parle avec émotion des pauvres parents qui se privent de tout pour envoyer leur fils à l'Université, et dont les économies servent à payer mille folies.
Le fils d'un pauvre paysan Viendra à Paris pour apprendre.
Tant que son père pourra prendre En un arpent ou deus de terre, Pour conquérir pris et honneur Baillera le tout à son fils ; Et lui, en reste ruiné.
Quand il est à Paris venu Pour faire à quoi il est tenu Et pour mener honnête vie, Il retourne la prophétie.
Gain de soc et de labourage Il nous convertit en armure,
BVTEBEUF.
par chaque rue il regarde
ne fait point bon lu aemer.
ndant cartmc, oii l'on doîl faire ose qui à Dieu doive plaire,
boivent lant que ils s'enlètent.
u trois ou quatre qui font latrc cents écoliers se battre,
chômer l'Université; :st-ee point là trop grand malhcnr tu! 11 nest point si bonne vie, land de bien faire enyic on a, ic celle de ange écolier :
ont plus peine que collier, lis s'ils dôaircnl bien apprendre,
ne peuvent pas s'appliquer demeurer longtemps & table, ur vie est ausai bien mettable le celle des religrieus.
urquoi laisser sa région, 1er en pays étranger,
land on y doit sagesse apprendre?
I pert son avoir et son temps l'on fait ù ses amis bonté, lia ils ne savent qu'est honneur!
ne s'est pas borné à intervenir, par de ans les dissensions intestines qui divi- )liers, il a pris avec la plus vive énergie ■ l'Université de Paris contre l'envaliislacobins. Celte grande querelle est un i rivalité entre les ordres mendiants et ulior. Car il ne faut pas oublier que les u moyen âge n'étaient pas des univer-