‹ RutebeufChapitre 20 sur 36 · SATIRES. L UNIVERSITE DE PARI · texte numérisé non relu

SATIRES. L UNIVERSITE DE PARI

sites laïques; c'est aux prêtres séculii réguliers disputaient ie privilège d'ensei

De très bonne heure les ordres s'étaient écartés de l'esprit d'humilité ils avaient été créés, et ils y étaient ] leur succès même, dû sans doute à l'esp qu'ils représentaient, au caractère pi leur règle, à leur contact incessant, da errante, avec les différentes classes de On les rechercha comme confesseurs et dicateurs, et par là ils virent bientôt le' s'accroître dans des proportions consid en vinrent — du moins les frères Mine considérer comme des rénovateurs, inspii chargés de répandre un nouvel évangil définitif et éternel, et l'un d'eux eut la n de formuler cet évangile. C'était prêter attaques des prêtres séculiers, qui gu occasion de rétablir leur autorité comp

Pendant ce temps, la lutte d'influen par la force des choses entre les deux continuait sans ré]iit dans la vie de chaq moine italien, fra Salimhene, de l'ordr Mineurs, nous a laissé dans sa Chronit geignements les plus curieux sur cette li la fois juge et partie, mais sa partialité Ii corrigée par un grand fonds de naïveté chise . Gomme il arrive dans toutes humaines, les questions d'intérêt se mèl; ment aux préoccupations plus élevées.

séculiers se plaignaient que les dîmes leur fussent mal payées parce que les fidèles préféraient remplir les paniers des frères mendiants. « Et cependant, disaient-ils, la dîme est d'institution divine, car Dieu a dit : Apportez la dime de chaque chose dans mon grenier. — Sans doute , riposte Salimbene , mais vous ne citez pas le texte complet, car il y a ensuite : pour que j'aie dans ma maison de quoi me nourrir. Or, non seulement vous avez de quoi vous nourrir; mais il y en a parmi vous qui possèdent plus de terres que vingt paires de bœufs ne pourraient en labourer. — Vous nous enlevez nos morts, disent les séculiers, et ainsi nos églises se trouvent dé- ])ouillées de beaucoup de biens temporels. — Chacun a bien le droit de se faire enterrer par ceux qui lui plaisent », répond Salimbene, et il riposte plus vertement encore au reproche d'accaparer la confession et la prédication : a C'est notre droit, droit reconnu par les papes sous certaines conditions que nous observons scrupuleusement. D'ailleurs vous êtes indignes de confesser et incapables de prêcher. Soyez plus instruits et plus éloquents, et le peuple ne désertera pas vos chaires. » 11 paraît que le peuple désertait aussi les messes des églises paroissiales, qui se trouvaient ainsi privées des offrandes, et se portait en foule dans les couvents. On s'en plaignit à Innocent IV, qui, après avoir résisté, finit par décider que, les jours de fête, les frères Mineurs ne pourraient ouvrir leurs portes qu'après neuf heures. Innocent IV, raconte

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Salirabene, fut bien puni de cet acte de faiblesse; car il mourut peu de temps ajirès, de même que le vice- chancelier qui avait été son conseiller en cette aBaire. Alexandre IV s'empressa de lever la prohibition de son prédécesseur.

Salimbene nous dit encore quel devait être, à son avis, le piMedes deux ordres, D'après lui, les Mineurs étaient faits pour l'oraison et la contemplation, et les Dominicains pour l'étude des sciences séculières. Ce sont en effet les Dominicains que nous trouvons surtout en conilit avec le clergé enseignant de l'Université de Paris.

A la faveur des troubles, causés par une échauffourée d'étudiants, qui agitèrent l'Université et interrora|iirent les cours au commencement du règne de saint Louis, les Dominicains obtinrent de l'évêquc (le Paris d'abord une première chaire de théologie, et bientôt une seconde, où ils donnèrent à l'origine des leçons privées, puis, malgré l'opposition du chancelier, des cours publics. Une fois installés dans l'Université, ils cherchèrent à s'y rendre indépendants; ils refusèrent de faire cause commune avec les autres maîtres et d'observer les statuts. Menacés d'exclusion, ils accusèrent leurs collègues séculiers de conspirer contre l'Kglise et le roi, et portèrent l'affaire devant le pape, qui devait leur donner raison. C'est à cette occasion que Rutebeuf rima la Discorde de C Université et des Jacobins :

Rime Qu'à

Entre gens qui miséricorde Vont prêchant et honnête vie.

De foi, de pais et de concorde Est leur langue toute remplie, Mais leur manière me rappelé Que dire et faire sont bien deus.

Ils guerroient pour une école où ils veulent enseigner par force, et ils oublient ce qu'ils doivent à l'Université.

Chacun d'eus devrait être ami De l'Université vraiment, Car l'Université a mis En eus tout le bon fondement.

Livres, deniers et pain et gages.

Maintenant le lui rendent mal.

Car ceus-là détruit le Démon Qui plus l'ont servi longuement.

Ils ont mis l'Université du trot au pas. Il y a des gens qu'on héberge et qui veulent chasser ensuite le maître du logis.

Jacobins sont venus au monde Vêtus de robe blanche et noire.

Toute bonté en eus abonde, Le peut quiconque voudra croire.

Si par l'habit sont nets et purs, Vous savez, c'est vérité sûre, Si un loup avait chape ronde, Bien ressemblerait-il à prêtre.

... Car si Renard ceint une corde Et revêt une cotte grise *, N'en est pas sa vie plus pure :

Rose est bien sur épine assise.

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