NOM, RUTH
NOÉMI
Ma fille , vous m'avez suivie et consolée Assez longtemps. Voici Belhlém que je revoi.
Votre sœur , veuve aussi, comme vous isolée , Mon autre fille Orpha vers son peuple est allée : Faites comme elle. Quittez-moi.
RUTH
Moi , vous quitter jamais ? L'avez-vous cru , ma mère Que j'oublirais ainsi les doux liens passés , Que je vous laisserais errer seule sur terre, Sans soutien pour vos pas chancelants et lassés?
NOÉMI
Enfant , la vie aura pour vous encor des lêtes Et des amours : à peine êtes-vous sur le seuil. La beauté , la jeunesse en fleur ne sont pas laites Pour se flétrir auprès de la vieillesse en deuil.
RUTH
Non , laissez-moi rester , 6 ma mère chérie ; Ruth la veuve ici-bas , hormis vous, n'a plus rien. Où vous demeurerez , là sera ma patrie , Et votre Dieu sera le mien.
NOÉMI
Qu'il en soit donc ainsi , Ruth , car vous êtes bonne. Or , écoutez ce que m'inspire le Seigneur :
Allez , seule , glaner là-bas où l'on moissonne , Et si Rooz sunient , le maitre , et qu'il s'étonne , Parlez-lui selon votre cœur.