JOËL
La nuit tombe , claire et sombre , Tombe du ciel étoile :
Voici Booz , qui dans l'ombre S'étend sur un lit de blé.
Exeunt
RUTH, moi endormi
RUTH
Quel repos I... Mon cœur bat... La nuit est descendue. Tout se tait... non... qu entends-je ?
MOISSONNEURS s'éloignant.
Allons dormir, il est Theure, Dans les gerbes de là-bas.
RUTH
Allons, c'est la chanson De quelques moissonneurs rentrant de la moisson. Avançons...
Elle aperçoit Booz endormi
Âh I Boozl
S'arrêtant
M'aurait-il entendue ?
Elle s*approcfie lentement, et vient se coitcher à ses pieds»
Booz , doux vieillard, digne du nom de Juste, Qui prends pitié des cœurs accablés et tremblants. Dors serein , sous le ciel, dans une paix auguste. Couronné de tes cheveux blancs.
À tes pieds , comme une humble esclave , je me couche.
Je veux y garder ton sommeil , Et prier l'Eternel , et veiller sur ta couche »
Jusqu'à demain , jusqu'au réveil.
BOOZ
Quelle est donc cette voix harmonieuse et tendre, Ce murmure qu'auprès de moi je viens d'entendre? Du souffle de quelque ange ai-je été caressé , Ou d'un rêve trompeur , charmant, suis-je bercé ? Mais non. Qui donc est là?
RUTH
C'est Buth votre servante , mon seigneur 1 Pardon , j'embrasse vos genoux.
BOOZ
Quefaisiez-vous?
RUTH
Le cœur de Buth reconnaissante Bemerciait le Ciel ; ses yeux veillaient sur vous.
BOOZ
Ainsi dans mon sommeil une pensée amie Me suivait? Comment donc l'ai-je pu mériter ?
RUTH
A la veuve , à l'enfant Moabite , ennemie , N'offris-tu pas hier tes gerbes sans compter ?
BOOZ
Mais qui donc cette nuit , sous l'étoile et la nue, T'inspira d'apportpr ton sourire au vieillard ?
RUTH
Dieu l'a dit à ma mère. — Et moi, je suis venue.
BOOZ
Oui, Dieu cache sa main où l'on croit le hasard. Qui sait à quel destin de splendeur glorieuse D veut par cette enfant — ô loi mystérieuse I — Que son peuple Israël un jour soit élevé ?..
Es-tu donc seule, ô Ruth , seule ici-bas , ma fille?
RUTH
Seule , avec Noémi. — J'avais une famille , Des enfants , un époux : Dieu m'a tout enlevé.
BOOZ
Ruth , que Dieu te bénisse I A Noémi ta mère Tu fus douce , et pour moi , Dooz , vieillard austère , Voilà que tu l'es plus , s'il est possible , encor. Eh bieni puisqu'il en est ainsi; que, jeune et belle, Deux fois aux cheveux blancs tu fus bonne et fidèle , Sois mon épouse, ô Ruth, jusqu'au jour de la mort.
LES MÊMES. — MOISSONNEURS
LES MOISSONNEURS
Maître , qu'arrive-t-il ? Nous dormions dans la plaine ,
Un ange nous est apparu.
« Vers Booz, a-t-il dit, allez.» Sans perdre haleine ,
Jusqu'ici nous avons couru.
BOOZ
Voici Ruth. Par sa mère elle fut éprouvée :
Cœur aimant et pieux Noémi l'a trouvée.
Puis, cette nuit, Booz à son tour l'éprouva,
Et comme Noémi le vieillard la trouva.
C'est pourquoi devant tous, la joie au fond de l'àme,
Veuve, j'ai résolu de la prendre pour femme.
LES MOISSONNEURS
Nous en sommes témoins. — Qu'elle entre sous le toit
De l'époux ! Que son sein soit fécond ! Qu'elle soit
Ce que furent Rachel et Lia ses aînées ,
Et de vertus sans nombre embaume tes années !
Pour la terre et le ciel, sans fin, soyez unis.
Par le Dieu d'Israël et de Jacob bénis !