‹ Ruy BlasChapitre 14 sur 98 · ACTE /, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE /, SCENE III

En livrée ! un laquais ! être un laquais pour elle ! Ayez pitié de moi ! mon Dieu 1

s* rapprochant d* don César,

Je me rappelle.

Ne demandais-tu pas pourquoi je l'aime ainsi, 5 Et depuis quand?... — Un jour... — Mais à quoi bon ceci?

C'est vrai, je t'ai toujours connu cette manie ! Par mille questions vous mettre à l'agonie ! Demander où? comment? quand? pourquoi? Mon lo sang bout !

Je l'aime follement ! je l'aime, voilà tout! Don César.

Là, ne te fâche pas.

Ru Y BlâS {tombant épuisé et pâli sur U/auttuiT).

Non. Je souffre. — Pardonne.

Ou plutôt, va, fuis-moi. Va-t'en, frère. Abandonne 15 Ce misérable fou qui porte avec effroi

Sous l'habit d'un valet les passions d'un roi 1

Don César {lut posant la main sur P épaulé).

Te fuir ! — Moi qui n'ai pas souffert, n'aimant personne. Moi, pauvre grelot vide où manque ce qui sonne. Gueux, qui vais mendiant l'amour je ne sais où,

20 A qui de temps en temps le destin jette un sou. Moi, cœur éteint, dont l'âme, hélas! s'est retirée. Du spectacle d'hier affiche déchirée.

Vois- tu, pour cet amour dont tes regards sont pleins, Mon frère, je t'envie autant que je te plains!

25 — Ruy Bias! —

Moment de silence. Ils se tiennent les mains serrées en se regardant tous les deux avec une expression de tristesse et d* amitié confiante.

Entre don Salluste. Il s"* avance à pas lents,, fixant un regard d'attention profonde sur don César et Ruy Blas^ qui ne le voient pas. Il tient d'aune main un chapeau et une epée çu* il apporte en entrant sur un fauteuil^ et de Vautre une bourse qu'ail dépose sur la table.

Don Salluste (a don césar).

Voici l'argent.

A la voix de don Salluste^ Ruy Bios se lève comme réveillé en sursaut^ et se tient debout .^ les yeux baissés^ dans r attitude du respect.

Don césar {à part ^ regardant don Salluste de travers).

Hum ! le diable m'emporte

l8 RUY BLAS.

Cette sombre figure écoutait à la porte. Bah ! qu'importe, après tout !

Haut à don Sallusie,

Don Salluste, merci.

Il ouvre la hours* ^ la répand sur la table et remue avec joie les ducats, çu*il range en piles sur le tapis de velours. Pendant quHl les compte^ don Salluste va au fond^ en regardant derrière lui s^il n^ ézfeille pas r attention de don César. Il ouvre la petite porte de droite, A un signe qu^ il /ait y trois alguasils armés d'épées et vêtus de noir en sortent. Don Salluste leur montre mystérieusement don César, Ruy Bias se tient immobile et debout près de la table comme une statue^ sans rien voir ni rien entendre.

Don Salluste {bas, aux aiguazUs).

Vous allez suivre, alors qu'il sortira d'ici, 5 L'homme qui compte là de l'argent. — En silence

Vous vous emparerez de lui. — Sans violence. —

Vous rirez embarquer, par le plus court chemin,

A Dénia.—

// leur remet un parchemin scellé.

Voici l'ordre écrit de ma main. — lo Enfin, sans écouter sa plainte chimérique,

Vous le vendrez en mer aux corsaires d'Afrique. Mille piastres pour vous. Faites vite à présent !

Les trois alguazils s* inclinent'et sortent. Don Cesar {achevant de ranger ses ducats).

Rien n'est plus gracieux et plus divertissant Que des ecus à soi qu'on met en équilibre.

Il /ait deux parts égales et se tourne vers Ruy Bios,

1 5 Frère, voici ta part.

Ruy Blas. Comment !

Don César {lul montrant une des deux piles d^or).

Prends ! viens ! sois libre !

Don Salluste {çul les observe au /ond, apart).

Diable !

Ruy Blas {secouant la tète en signe de re/us).

Non. C'est le cœur qu'il faudrait délivrer, 20 Non, mon sort est ici. Je dois y demeurer. ^

Bien. Suis ta fantaisie. Es-tu fou } suis-je sage? Dieu le sait.

// ramasse l'argent et le jette dans le sac, qu'il empoche.

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