SCÈNE PREMIÈRE
LA REINE, LA DUCHESSE D'ALBUQUERQUE, DON GURITAN, CASILDA, duègnes.
Il est parti pourtant ! je devrais être à l'aise.
Eh bien, non ! ce marquis de Finlas, il me pèse !
Cet homme-là me hait.
Casilda. Selon votre souhait
5 N'est-il pas exilé ?
La Reine. Cet homme-là me hait.
Casilda.
Votre majesté...
La Reine. Vrai ! Casilda, c'est étrange,
Ce marquis est pour moi comme le mauvais ange, lo L'autre jour, il devait partir le lendemain.
Et, comme à l'ordinaire, il vint au baise-main.
Tous les grands s'avançaient vers le trône à la file;
Je leur livrais ma main, j'étais triste et tranquille.
Regardant vaguement, dans le salon obscur, 15 Une bataille au fond peinte sur un grand mur,
Quand tout à coup, mon œil se baissant vers la table.
Je vis venir à moi cet homme redoubtable !
Sitôt que je le vis, je ne vis plus que lui.
Il venait à pas lents, jouant avec l'étui 20 D'un poignard dont parfois j'entrevoyais la lame.
Grave, et m 'éblouissant de son regard de flamme.
Soudain il se courba, souple et comme rampant... —
Je sentis sur ma main sa bouche de serpent ! Casilda.
Il rendait ses devoirs ; — rendons-nous pas les nôtres ? 25 Sa lèvre n'était pas comme celle des autres.
C'est la dernière fois que je l'ai vu. Depuis,
J'y pense très souvent, j'ai bien d'autres ennuis.
C'est égal, je me dis ; — L'enfer est dans cette âme.
Devant cet homme-là je ne suis qu'une femmç.—