‹ Ruy BlasChapitre 22 sur 98 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

La Reine.

Mais on m'enferme donc ! mais on veut que je meure ! Duchesse, enfin !

La Duchesse {avec une nouvelle révérence).

Je suis camerera mayor, Et je remplis ma charge.

Elle se rassied, La Reine {prenant sa tête à deux mains^ avec désespoir^ apart),

5 Allons ! rêver encor !

Non!

Haut,

— Vite ! un lansquenet ! à moi, toutes mes femmes! Une table, et jouons !

La Duchesse (aux duignes).

Ne bougez pas, mesdames.

Se levant et faisant une révérence à la reine.

10 Sa majesté ne peut, suivant l'ancienne loi, Jouer qu'avec des rois ou des parents du roi.

La Reine {avec emportement).

Eh bien ! faites venir ces parents.

CASILDA {apart, regardant la duchesse).

Oh ! la duègne !

La Duchesse {avec un signe de croix).

Dieu n'en a pas donné, madame, au roi qui régne. 1 5 La reine mère est morte. Il est seul à présent. La Reine.

Qu'on me serve à goûter !

Casilda. " Oui, c'est très amusant.

La Reine.

Casilda, je t'invite.

Casilda {apart, regardant la camerera).

Oh ! respectable aïeule !

La Duchesse {avec une révérence).

20 Quand le roi n'est pas là, la reine mange seule.

Elle se rassied.

La R E I N E ( poussée about).

Ne pouvoir,— ô mon Dieu ! qu'est-ce que je ferai ?— Ni sortir, m jouer, ni manger a mon gre ! Vraiment, je meurs depuis un an que je suis reine,

CaSILDA {àpart^ la regardant avec compassion).

Pauvre femme ! passer tous ses jours dans la gêne, Au fond de cette cour insipide ! et n'avoir D'autre distraction que le plaisir de voir, Au bord de ce marais à l'eau dormante et plate,

Regardant don Guritan^ tct^'ours immobile et debout au fond de la

chambre.

5 Un vieux comte amoureux rêvant sur une patte ! La Reine {à CaiUda),

Que faire ! voyons ! cherche une idée. Casilda. * Ah ! tenez !

En l'absence du roi, c'est vous qui gouvernez.

Faites, pour vous distraire, appeler les ministres !

La Reine {haussant les épaules).

lo Ce plaisir ! — avoir là huit visages sinistres Me parlant de la France et de son roi caduc, De Rome, et du portrait de monsieur l'archiduc. Qu'on promène à Burgos, parmi des cavalcades. Sous un dais de drap d'or porté par quatre alcades ! 15 — Cherche autre chose.

Casilda. Eh bien, pour vous désennuyer,

Si je faisais monter quelque jeune écuyer.^

La Reine.

Casilda î

Casilda. Je voudrais regarder un jeune homme, 20 Madame ! cette cour vénérable m'assomme. Je crois que la vieillesse arrive par les yeux. Et qu'on vieillit plus vite à voir toujours des vieux !

La Reine.

Ris, folle ! — 11 vient un jour où le cœur se reploie. Comme on perd le sommeil, enfant, on perd la joie.

Pensive.

25 Mon bonheur, c'est ce soin du parc où j'ai le droit D'aller seule. Casilda. Oh ! le beau bonheur ! l'aimable endroit ! Des pièges sont creusés derrière tous les marbres. On ne voit nen. Les murs sont plus hauts que les 30 arbres.

La Reine.

Oh ! je voudrais sortir parfois !

Casji^pa (^). Sortir ? gh bien,

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