‹ Ruy BlasChapitre 26 sur 98 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LA REINE {seule).

A ses dévotions ? dis donc, à sa pensée !

Où la fuir mintenant ? Seule ! Ils m'ont tous laissée.

Pauvre esprit sans flambeau dans un chemin obscur !

Rivant.

Oh ! cette main sanglante empreinte sur le mur !

15 II s'est donc blessé ? Dieu ! — Mais aussi c'est sa faute. Pourquoi vouloir franchir la muraille si haute ? Pour m'apporter les fleurs qu'on me refuse ici, Pour cela, pour si peu, s'aventurer ainsi î C'est aux pointes de fer qu'il s'est blessé sans doute.

20 Un morceau de dentelle y pendait. Une goutte De ce sang répandu pour moi vaut tous mes pleurs.

s* enfonçant dans sa rêverie.

Chaque fois qu'à ce banc je vais chercher les fleurs, Je promets à mon Dieu, dont l'appui me délaisse. De n'y plus retourner. J'y retourne sans cesse. 25 — Mais lui ! voilà trois jours qu'il n'est pas revenu. — Blessé ! — Qui que tu sois, ô jeune homme inconnu, Toi qui, me voyant seule et loin de ce qui m'aime. Sans me rien demander, sans rien espérer même,

34 KUY BLAS,

Viens à moi, sans compter les périls où tu cours; Toi qui verses ton sang, toi qui risques tes jours Pour donner une fleur à la reine d'Espagne ; Qui que tu sois, ami dont l'ombre m'accompagne, 5 Puisque mon cœur subit une inflexible loi. Sois aimé par ta mère et sois béni par moi !

Vivement et partant la main à son cœur.

— Oh ! sa lettre me brûle !

Retombant dans sa rêverie.

Et l'autre! l'implacable Don Salluste ! le sort me protège et m'accable.

lo En même temps qu'un ange, un spectre affreux me suit; Et, sans les voir, je sens s'agiter dans ma nuit, Pour m'amener peut-être à quelque instant suprême, Un homme qui me hait près d'un homme qui m'aime. L'un me sauvera-t-il de l'autre ? Je ne sais.

15 Hélas ! mon destin flotte à deux vents opposés.

Que c'est faible, une reine, et que c'est peu de chose ! Prions.

Elle s"* agenouille devant la madone.

— Secourez-moi, madame ! car je n'ose Élever mon regard jusqu'à vous !

Elle s'interrompt.

20 — O mon Dieu !

La dentelle, la fleur, la lettre, c'est du feu !

Elle met la main dans sa poitrine et en arrache une lettre froissée^ un bouquet desséché de petites fleurs bleues^ et un morceau de dentelle taché de sang qu'' elle jette sur la table : puis elle retombe à genoux.

Vierge, astre de la mer î Vierge, espoir du martyre ! Aidez-moi ! —

S^interrompa nt.

Cette lettre !

Se tournant à demi vers la table.

25 Elle est là qui m'attire.

s* agenouillant de nouveau.

Je ne veux plus la lire ! — O reine de douceur ! Vous qu'à tout affligé Jésus donne pour sœur ! Venez, je vous appelle ! —

Elle se lève,, fait quelques pas vers la table ^ Puis s* arrête^ puis enfln sê précipita sur la Mire^ comme cédant à une attraction irrifistikle*

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