‹ Ruy BlasChapitre 41 sur 98 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

La Reine. Oh ! merci !

Ruy Bla&

Ciell La Reine.

Vous avez bien fait de leur parler ainsi. Je n'y puis résister, duc, il faut que je serre lo Cette loyale main si ferme et si sincère !

Elle marche vivement à lui et lui prend la main, qu'elle Presse avant

qu'ail ait pu s'en défendre.

A part.

La fuir depuis six mois et la voir tout à coup !

Haut.

Vous étiez là, madame ?...

La Reine. Oui, duc, j'entendais tout,

J'étais là. J'écoutais avec toute mon âme ! .

Ruy Blas ^montrant la cachette).

15 Je ne soupçonnais pas... — Ce cabinet, madame... Personne ne le sait. C'est un réduit obscur Que don Philippe trois fit creuser dans ce mur, D'où le maître invisible entend tout comme une ombre. Là j'ai vu bien souvent Charles deux, mornç et sombre,

Assister aux conseils où l'on pillait son bien.

Où Ton vendait l'état.

RUY Blas. Et que disait-il ?

La Reine. Rien.

5 Rien ? — Et que faisait-il ?

La Reine. Il allait à la chasse.

Mais vous ! j'entends encor votre accent qui menace.

Comme vous les traitiez d'une haute façon,

Et comme vous aviez superbement raison ! lo Je soulevais le bord de la tapisserie,

Je vous voyais. Votre œil, irrité sans furie.

Les foudroyait d'éclairs, et vous leur disiez tout.

Vous me sembliez seul être resté debout !

Mais où donc avez- vous appris toutes ces choses } 1 5 D'où vient que vous savez les effets et les causes ?

Vous n'ignorez donc rien ? D'où vient que votre voix

Parlait comme devrait parler celle des rois ?

Pourquoi donc étiez-vous, comme eût été Dieu même.

Si terrible et si grand ? RuY Blas. Parce que je vous aime !

21 Parce que je sens bien, moi qu'ils haïssent tous,

Que ce qu'ils font crouler s'écroulera sur vous !

Parce que rien n'effraye une ardeur si profonde.

Et que pour vous sauver je sauverais le monde ! 25 Je suis un malheureux qui vous aime d'amour.

Hélas ! je pense à vous comme l'aveugle au jour.

Madame, écoutez-moi. J'ai des rêves sans nombre.

Je vous aime de loin, d'en bas, du fond de l'ombre;

Je n'oserais toucher le bout de votre doigt, 30 Et vous m 'éblouissez comme un ange qu'on voit !

— ^Vraiment, j'ai bien souffert. Si vous saviez, madame

Je vous parle à présent. Six mois, cachant ma flamme.

J'ai fui. Je vous fuyais et je souffrais beaucoup.

Je ne m'occupe pas de ces hommes du tout. 35 Je vous aime ! — O mon Dieu, j'ose le dire en face

A votre majesté. Que faut-il que je fasse ?

Si vous me disiez: meurs ! je mourrais. J'ai l'effroi

Dans le cœur. Pardonnez !

La Reine. Oh ! parle ! ravis-moi !

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