ACTE r, SCENE
— Oh ! le page a trouvé Guritan, c'est certain. Il n'était pas encor huit heures du matin.
Ilfijce son regard sur la fiole.
Pour moi, j'ai prononcé mon arrêt, et j'apprête Mon supplice, et je vais moi-même sur ma tête 5 Faire choir du tombeau le couvercle pesant. J'ai du moins le plaisir de penser qu'à présent Personne n'y peut rien. Ma chute est sans remède.
Tombant sur le fauteuil*
Elle m'aimait pourtant !—Que Dieu me soit en aide ! Je n'ai pas de courage !
Il pleure.
lo Oh ! l'on aurait bien dû
Nous laisser en paix !
// cacÂe sa tête dans ses mains et pleure à sanglots.
Dieu!
Relevant la tête et comme égarée regardant la fiole.
L'homme, qui m'a vendu Ceci, me demandait quel jour du mois nous sommes.
15 Je ne sais pas. J'ai mal dans la tête. Les hommes Sont méchants. Vous mourez, personne ne s'émeut Je souffre. — Elle m'aimait ! — Et dire qu'on ne peut Jamais rien ressaisir d'un chose passée ! — Je ne la verrai plus ! — Sa main que j'ai pressée,
20 Sa bouche qui toucha mon front... — Ange adoré ! Pauvre ange ! — Il faut mourir, mourir désespéré! Sa robe où tous les plis contenaient de la grâce. Son pied qui tait trem'BTer nion ftftie guana ujpasse, Son œil ou s enivraient mes veux irrésolus,
25 Son sourire, sa voix... — Je ne la verrai plus!
Je ne l'entendrai plus ! — Enfin c'est donc possible ? Jamais !
// avance avec angoisse sa main vers la fiole : au moment oit il la saisit convulsirfementf la /or te du fond s^ouz're. La reine paraity vêtue de blancy avec une mante de couleur sombre^ dont le ca/uchon^ rejeté sur ses épaules^ laisse voir sa tête pâle. Elle tient une lanterne sourde à la main^ elle la pose à terre y et marche rapidement vers Ruy Bios,
La Reine ientrani).
Don César !
Ru Y BLAS {sê retournant avec un mouvement d'^épouvanie^ et fer^ mant précipitamment la robe qui cache sa livrée.)
Dieu ! c'est elle î — Au piège horrible Elle est prise !
Haut.
Madame!...
La Reine. Eh bien ! quel cri d'effroi !
6 César...
RUY Blas. Qui vous a dit de venir ici }
La Reine. Toi.
Moi ? — Comment ? ^
La Reine. J'ai reçu de vous...
RuY Blas {haletant). Parlez donc vite !
La Reine.
12 Une lettre.
RuY Blas. De moi !
La Reine. De votre main écrite.
15 Mais c'est à se briser le front contre le mur! Mais je n'ai pas écrit, pardieu ! j'en suis bien sûr!
La Reine {tirant de sa poitrine un bUlet qu*elle lui présente).
Lisez donc.
Ruy Bias Prend la lettre avec emportement^ se penche vers la lampe et
lit.
" Un danger terrible est sur ma tête.
" Ma reine seule peut conjurer la tempête...
// regarde la lettre avec stupeur^ comme ne pouvant aller plus loin. La Reine {continuant, en lui montrant du doigt la ligne qu'elle lit).
20 " En venant me trouver ce soir dans ma maison. " Sinon, je suis perdu."
Ruy Blas {d'une voix éteinte).
Ho ! quelle trahison !
23 Ce billet !