BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-VICTOR
On estimait à i,5oo le nombre des manuscrits de cette abbaye. Nicaise Delorme, trente-deuxième abbé de Saint-Victor, fit construire un bâtiment séparé du monastère et spécialement affecté au service de cette célèbre bibliothèque. L'origine en remonte au xii* siècle, et Pierre de Cambe, évéque de Paris, s'étant intéressé au sort de cette institution, lui légua, en 1208, tous les livres qu'il possédait: a bibliothecam magnam suam,» dit un historien. François I er fit don, à son tour, à la Bibliothèque de Saint-Victor, de quelques manuscrits précieux, ce qui l'en a fait passer à tort pour le fondateur; enfin elle s'enrichit encore, en i652, de tous les livres de M. Du Bouchet de Bournonville, conseiller à la Grànd'Chambre, qui les lui légua, avec une rente pour en acheter d'autres, à la charge qu'elle serait rendue publique trois jours par semaine, les lundi, mercredi et samedi, le matin et le soir; ce qui fut exactement exécuté. M. du Tralage y ajouta, en 1 698, un des plus beaux recueils qu'il y eût au monde, 'de cartes et de plans; enfin Louis Cousin , de l'Académie Française, président de la Chambre des monnaies, lui fit don de tous ses livres, en 1707. Toutes ces augmentations successives forcèrent les religieux à construire un nouveau local qui pût contenir toutes ces richesses. Les manuscrits seuls, au nombre déplus de 3, 000, demeurèrent dans l'ancienne bibliothèque. On voit que la belle collection des moines de Saint-Victor avait bien changé depuis l'époque où Rabelais s'en moquait si agréablement et à juste titre, s'il faut en croire Scaliger. Il dit quelque part que l'ayant visitée en 1 565, il n'y avait rien trouvé de bon. Cependant dès 1470, les chanoines de Saint- Victor se procuraient, à des prix très-élevés, tout ce que l'imprimerie commençait à produire. Par exemple, ils payèrent à Pierre Schœffer
et à Jean Fust, en novembre 1471, la sonime de 12 écus d or, avec promesse dune messe annuelle, pour les Epi s très de saint Jérôme en latin, 1470, 2 vol. in-fol.
Vers i63o, au rapport de Colomies, le savant Lindenbruch, en latin Lindenbrogius, étant à Paris, fréquentait assidûment la bibliothèque de Saint- Victor. On s'aperçut un jour qu'il dérobait de temps en temps quelque manuscrit; on 1 alla donc saisir un matin en bonnet de nuit et en pantoufles et on le conduisit ainsi en prison. Il en sortit le lendemain par le crédit de Pierre du Puy, le légiste et l'ami de l'infortuné de Thou.