BIBLIOTHÈQUE DE GALLAND
« M. Galland, contez-nous donc un de ces contes que vous contez si bien. » Et certes bien peu de conteurs nous en contèrent autant que celui-là. Il en avait été chercher lui-même en Turquie, en Arabie, à Damas, à Trébizonde, et, en outre des ouvrages de linguistique, il possédait une centaine de manuscrits dans lesquels il avait puisé la plupart des sujets qui composent l'amusant recueil des Mille et une Nuits. Galland était
professeur royal et membre de l'Académie des inscriptions. Il mourut en 171 5, léguant au Roi tous ses manuscrits, c'est-àdire 23 volumes arabes, 25 turcs, 14 persans et 9 grecs/ hébreux et sanscrits, plus 1 2 vocabulaires et 3o portefeuilles remplis de pièces et d'autographes.
i5o. BIBLIOTHÈQUE DE SAINTE-GENEVIÈVE.
La Bibliothèque de Sainte-Geneviève fut longtemps assez modeste. Fondée vers i656, elle prit seulement en 1675, et tout d'un coup, un très-grand accroissement par les soins du P. du Moulinet. Il arriva même un temps, au xvin 6 siècle, où elle put se flatter de surpasser en valeur la plupart de celles des autres monastères de Paris.
Ce sont les PP. Fronteau et Lallemand qui peuvent en être considérés comme les véritables fondateurs.
On peut citer parmi les curiosités qu'elle posséda, dès son origine, ÏAntologium Grœcum Florentinum, in-folio sur papier vélin, imprimé en 1482 par L.-F. de Alopa, en caractère de capitales grecques.
i5i. BIBLIOTHÈQUE DE GOPILE.
Jacques Gopile, né en Poitou, docteur médecin de la Faculté de Paris, avait formé une excellente bibliothèque de médecine.
Pendant la guerre civile , sa maison fut envahie, ses livres pillés ou détruits, entre autres plusieurs manuscrits précieux d'Hippocrate, qu'il se disposait à publier avec des méditations de son crû.
La nouvelle de cette perte lui causa un tel saisissement, qu'il en mourut, ainsi que le raconte Scévole de Sainte-Marthe dans l'éloge de ce docte personnage.
i52. BIBLIOTHÈQUE DE GOSNE.
M. de Gosne, avocat au Parlement, dans la deuxième moitié ^u xvii f siècle, avait formé une vaste bibliothèque d'excellents
livres, étant versé dans la connaissance de toutes les branches de la bibliographie. Il lisait le grec, l'hébreu et l'arabe; aussi avait-il recueilli beaucoup d'ouvrages curieux dans ces trois langues. Le Gallois dit que sa bibliothèque brillait aussi par la jurisprudence et les belles-lettres.
i53. BIBLIOTHÈQUE DE GOSSEAU.
Le riche M. Gosseau était ce qu'on appelle un bibliomane. Tout ce qui était rare : antiquités , médailles, livres, estampes, etc., lui faisait envie; mais il n'en voulait que pour lui seul et pour satisfaire son avaricieuse passion.
Il ne doit d'être connu dans l'histoire des livres, qu'à la possession d'une bibliothèque que personne ne connaît. Guy Patin et Spon, qui en ont parlé dans leurs lettres, l'appelaient la bibliothèque invisible.
i5 4 . BIBLIOTHÈQUE DE GRANIER.
Auger de Mauléon, sieur de Granier, dit l'abbé Granier, natif de Bresse, et fort savant homme, avait le goût des manuscrits. Il en réunit un très-grand nombre et des plus curieux, et s associa avec Chapelain et avec Bouillerot, libraires l'un et l'autre, pour mettre au jour ceux qui offraient le plus d'intérêt. Ils donnèrent ainsi les Mémoires de la reine Marguerite de Valois, ceux de Villeroy, les Lettres du cardinal d'Ossat, etc. Il se fit de la sorte assez de réputation pour parvenir à l'Académie française, où il fut élu le 3 septembre i635. Mais, le 14 mai suivant, il fut exclu pour des motifs qui touchaient à l'honneur, mais que Pelisson ne précise pas. Richelet nous apprend que c'est pour avoir mésusé d'un dépôt qu'on lui avait confié.
i55. BIBLIOTHÈQUE DE GUÉNÉGAUD.
M. Gabriel du Plessis de Guénégaud, secrétaire d'État, était, dit le P. Jacob, « en estime d'être versé dans les sciences et la recherche des livres les plus curieux qui se peuvent retrouver aujourd'hui, desquels il orne une magnifique bibliothèque qu'il
a commencée. » Ce qui veut dire que ce seigneur se livrait au goût des éditions anciennes et surtout des premiers temps de l'imprimerie. Il vivait dans l'intimité du savant Naudé, qui lui dédia son Instruction sur la vérité de l'histoire des FF. Rose- Croix.
i56. BIBLIOTHÈQUE D'HABERT.
Isaac Habert, docteur en théologie, puis évêque de Vabres en 1645, mourut en 1668.
Il connaissait la langue grecque mieux qu'aucun savant de son siècle, dans un temps où le grec était si répandu. Il publia une traduction du Pontifical de l'Église grecque, accompagnée de notes qui le font regarder comme l'un des théologiens qui ont le mieux connu les principes de la liturgie et des cérémonies ecclésiastiques.
Versé comme il l'était dans les langues de l'antiquité, il ne faut pas s'étonner si le P. Jacob place sa bibliothèque parmi celles qui méritent le plus de considération pour la théologie et l'histoire ecclésiastique.