BIBLIOTHÈQUES DES JÉSUITES
Les Jésuites de l'hôtel d'Anville, rue Saint- Antoine, qui était leur maison professe, eurent d'abord la Bibliothèque du cardinal de Bourbon, en i58o, dont tous les volumes étaient reliés en maroquin. Ils l'enrichirent progressivement. Ils y joignirent, en 1 692, celle de Gilles Ménage, puis en 1 72 1 , cellede Daniel Huet, évêque d'Avranches. Daniel Huet mit pour condition expresse de ce legs que ses livres seraient placés dans une salle spéciale.
Les Jésuites de l'hôtel de Clermont, établis par Guillaume du Prat, évéque de Clermont, reçurent de leur fondateur une bellfe bibliothèque qui engloba bientôt celle de Hierosme de Varade, médecin ; puis celle du président François de Saint- André, mort en 1 571 , lequel avait acquis les livres de Guillaume Budé. C'est ainsi que cet illustre corps a de tout temps attiré à lui tout ce qui pouvait contribuer à sa grandeur.
Lors de la dispersion des Jésuites, ces deux bibliothèques furent démembrées; mais à leur retour, ceux du collège de Clermont en formèrent une nouvelle dans laquelle entrèrent, par les soins du cardinal de Joyeuse, d'abord la sienne propre, puis celle de Pierre Pithou, que ce cardinal avait achetée.
Plus tard, les Jésuites de l'hôtel de Clermont s enrichirent encore d'une partie des livres de Philippe des Portes , d'une curieuse suite de manuscrits grecs et latins achetés moyennant cinquante écus, par le P. Sirmond, chez un relieur de Lorraine qui les avait eus de la famille d'un abbé du pays et qui les employait à bourrer les plats de ses livres.
Le surintendant Fouquet leur avait fait un fonds de i ,000 liv. de rente pour l'entretien de leur bibliothèque, à laquelle Achille de Harlay, conseiller d'État, légua en outre tous ses livres en
Le P. Cossard fut leur bibliothécaire.
Les Jésuites possédèrent plusieurs trésors bibliographiques qu'ils enfouirent à l'abri des recherches des savants; on ne les accuse pas néanmoins de les avoir détruits, mais on leur reproche de les avoir dérobés à la publicité. Colomies avait eu occasion de voir au collège de Clermont un Lexicon grec in-fol. d'une belle écriture et contenant des fragments d'auteurs encore inédits. Il admirait beaucoup ce recueil et s'écriait dans son enthousiasme : « Plût à Dieu que quelqu'un eût assez de crédit sur l'esprit des Jésuites pour les obliger à permettre qu'on le publie. »
Le noviciat des Jésuites du faubourg Saint-Germain possédait, de son côté, de cinq à six mille volumes.