BIBLIOTHÈQUE DE RICHELIEU
Le cardinal de Richelieu reçut, dès son enfance, une forte éducation littéraire et prit le goût des livres dans l'intérêt même que lui inspirèrent ses études. Quand il fut arrivé au poste éminent où il s'illustra, l'un de ses premiers soins fut d'user de sa fortune pour réaliser l'objet de ses constantes aspirations. Il entreprit de se monter une bibliothèque digne de l'essor de son prodigieux esprit, digne de la grandeur de ses destinées.
Avec l'aide de son secrétaire, M. Le Masle, abbé des Roches, il réunit d'abord de bons livres chez les libraires de Paris ; puis ayant en grande estime le savoir de Jacques GafFarel, Provençal connu par la richesse de sa bibliothèque, il le chargea de recueillir pour lui en Italie, les meilleurs ouvrages qu'il y pourrait trouver. Il donna une mission analogue en Allemagne à Jean Tilleman Stella.
Après la prise de La Rochelle, en 1628, le cardinal prit la bibliothèque de cette ville et la fit transporter dans la sienne ; quelque temps après, le roi la lui concéda. Dans le même temps, à peu près, Louis XIII avait fait acheter des héritiers de M. de Brèves, cent-dix beaux manuscrits syriaques, arabes, turcs et persans, que ce seigneur avait rapportés de son ambassade à Constantinople. Richelieu les plaça dans sa bibliothèque. Comme ils faisaient partie des livres qu'il avait légués à la Sorbonne, la Bibliothèque du Roi les fit revendiquer et les récupéra.
Le cardinal de Richelieu légua sa bibliothèque à son petit-neveu Armand de Vignerot, duc de Richelieu, avec substitution à la maison de Sorbonne.
Il constitua une rente de 2,400 fr., ainsi répartie : 1,000 fr. au bibliothécaire, qui devait être à la nomination des docteurs de Sorbonne ; 1 ,000 fr. pour acheter annuellement de nouveaux ouvrages, et 400 fr. pour un frotteur chargé de balayer tous
les jours les galeries et de battre et épousseter les livres le plus souvent possible ; exigeant, en outre, que sa bibliothèque fût ouverte tous les jours aux hommes d'érudition.
Le P. Claude Hémeré fut bibliothécaire du cardinal de Richelieu ; le P. Geoffroy lui succéda en 1643.