BIBLIOTHÈQUE DE MM. DE MESME
La bibliothèque de Mesme, fondée par Henri de Mesme, aïeul de celui-ci, était célèbre, et se conserva longtemps dans la famille de ce nom. Dès son origine, elle fut généreusement ouverte aux savants; aussi comprend-on difficilement que Pierre Pithou ait appelé M. de Mesme « un sot bibliotaphe, qui enterrait dans son cabinet et ne communiquait à personne des livres rares et curieux, ni plus ni moins que s'il eût été un tombeau pour les livres. »
Lacroix du Maine, P. Fauchet, Passerat, Turnèbe et quelques autres ont célébré les splendeurs de cette bibliothèque, tandis que Tallemant des Réaux a dit de son propriétaire qu'il était « l'homme de la robe qui avoit le plus de bel esprit et quiescrivoit le mieux en françois. » Guy Patin écrit aussi quelque part que « M. de Mesme étoit si savant, qu'en huit jours il épuiseroit un docteur. »
Gabriel Naudé fut garde de la bibliothèque de Mesme avant d'entrer au service de Mazarin. C'est durant son séjour dans cette illustre maison, et à la suite d'une conversation sur les devoirs du bibliothécaire et sur les livres indispensables, qu'il écrivit son Advis pour dresser une bibliothèque.
François Florent, professeur en droit, succéda à G. Naudé dans la charge de garde de la librairie de M le Pr. de Mesme.
Un savant homme, le P. Léon de Saint-Jean, provincial des Carmes réformés de Touraine, a fait aussi, sur la demande de M. de Mesme, un travail sur cette illustre bibliothèque, en latin et sous ce titre : Idea bibliothecœ inventus est mortuœ % ad Henricum Memmium.
Gabriel Naudé, dans les Additions à l'histoire de Louis XI, a aussi consacré un passage ad Bibliothecam Memmianam.
M. de Mesme faisait de grands frais pour enrichir son cabinet, et il chargeait les voyageurs de lui procurer des raretés en manuscrits orientaux et autres, et entretenait correspondance à ce sujet avec eux. G. Naudé rapporte qu'il y avait entre autres curiosités, chez M. de Mesme, une correspondance qu'il eut en 1619 avec un orfèvre de Paris qui avait été chercher fortune à la cour du Grand Mogol. Les lettres de cet homme étaient formées de rouleaux de papier de coton rouge, enfermés dans des •fuis.
En 1731, les deux filles du président de Mesme, la duchesse de Lorgeset la marquise d'Ambre, vendirent au roi les manuscrits du cabinet de Mesme. Tout ce qui était relatif à l'histoire et aux belles-lettres fut placé dans la bibliothèque du Roi. Quant aux pièces diplomatiques, entre autres les ambassades de M. d' A vaut, elles furent envoyées au Dépôt des affaires étrangères.