BIBLIOTHÈQUE DU CARDINAL MAZARIN
La Bibliothèque du cardinal Mazarin était une des plus considérables qu'il y eût au xvn e siècle.
« Sans Mazarin, dit G. Naudé dans son Mascurat, Paris ne seroit pas à la veille d'avoir une bibliothèque publique, la plus belle qui soit au monde , puisqu'elle surpasse assurément, en quantité et en qualité de bons livres, ÏAmbrostenne de Milan et la Bgdléuienne d'Oxford, qui ont été considérées jusqu'à cette heure comme les plus grandes. » Et en effet, vers 1 647, elle dépassait déjà 40,000 volumes.
Il ne faut pas confondre la bibliothèque que le cardinal avait fondée à Paris avec celle qu'il possédait antérieurement à Rome, dans son palais du mont Quirinal, et qui contenait environ 6,000 volumes rares et curieux, reliés enmaroquin plein et dorés par des artistes appelés tout exprès de Paris pour faire ce travail.
Celle dont il est ici question eut pour premier fonds le cabinet de M. Des Cordes, chanoine de Limoges, qui l'avait acheté luimême de Simon Bosius.
On sait, par une lettre de Janus Nicius à Tyrennus, que l'achat fait par le cardinal à M. Des Cordes, montait à 6,000 volumes.
Si l'on veut prendre une idée de l'activité qu'on apportait dans la formation de cette bibliothèque, il suffit de jeter un coup d'oeil sur les gazettes du temps. La Galette de France annon-
— laçait, le 17 mars 1646, que M. Naudé, parti en avril 1645 pour acheter des livres en Italie, pour le compte du cardinal, venait de revenir à Paris avec 14,000 volumes.
Le 12 janvier 1647, la même Galette annonçait le retour d'Allemagne de M. Naudé avec 4,000 volumes et rappelait qu'il en avait rapporté de Hollande à peu près autant quelques mois auparavant.
La Bibliothèque du cardinal Mazarin était, en effet, si importante et donnait un tel relief à son propriétaire, que, dans une Mazarinade du 8 janvier 1649, intitulée le Passe-port et Adieu de Mazarin, on lit ce vers :
« Adieu, l'homme à la Bibliothèque. »
Les livres de Mazarin furent vendus et dispersés par ordre du Parlement, en janvier i652. Tout Paris y courut comme à la procession. G. Naudé voyant cela, acheta tous les livres de médecine, en bloc, pour la somme de 3,5oo livres. (Voir à ce sujet la note 23 ci-après.)
M. de Marolles parlant de cet acte du Parlement contre la Bibliothèque de Mazarin, dit : « Certes les Vandales et les Goths n'ont rien fait autrefois de plus barbare, ni de plus rude que cela : ce qui devoit porter quelque rougeur sur le front de ceux qui donnèrent leur suffrage pour une chose si extraordinaire. »
Quand la guerre de Paris fut terminée, le cardinal Mazarin fit racheter tous ses livres, et compléta si bien sa bibliothèque, que l'année suivante elle atteignait 5o,ooo volumes imprimés et 400 manuscrits.
(Voir, pour de plus amples détails, l'excellent ouvrage de M. Franklin : l'Histoire de la Bibliothèque Ma\arine. Paris, Aubry, 1860, in-8°.)