‹ Rymaille sur les plus célèbres bibliotières de Paris en 1649; avec des notes et un essai sur les autres bibliothèques particulières du tempsChapitre 6 sur 193 · BIBLIOTHÈQUE DU CHANCELIER SÉGUIER · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DU CHANCELIER SÉGUIER

La Bibliothèque du chancelier Séguier était particulièrement remarquable, non-seulement pour le nombre et le choix des livres, mais aussi pour la grandeur et la beauté du local. C'était un modèle en ce genre; moins grandiose, sans doute que le palais construit pour ses livres par le cardinal Mazarin; mais sans contredit le plus vaste et le plus riche parmi les cabinets d'amateurs. Pierre Biaise était conservateur de la Bibliothèque des Séguier.

La veuve du chancelier Séguier regarda comme un devoir d'entretenir cette belle collection, riche surtout en manuscrits latins, grecs, arabes, turcs, etc. Elle la traita comme elle aurait fait d'un monument de famille, et se plut même à l'enrichir encore annuellement de quelques morceaux précieux, à partir de 1672, époque de la mort de son mari.

Une Mazarinade dit pourtant que Madame Séguier n'avait de goût que pour les livres qui lui étaient dédiés.

La Bibliothèque de Pierre Séguier fut transmise par héritage dans sa maison jusqu'à M . de Coislin,évéque de Metz, son arrièrepetit-fils, qui la légua à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Une grande partie des manuscrits fut vendue en vente publique, à Paris, les 1 3 et 14 avril 1736. La Bibliothèque du roi en acheta dix-huit, à vil prix.

En 171 5 on publia le catalogue de cette Bibliothèque, en un vol. in-folio, sous ce titre : Bibliotheca Coisliniana olim seguieriana\ accedunt anecdota multa quœ ad paleographiam pertinent, etc.

Il y a aussi un catalogue des manuscrits de Séguier. 'Paris, 1686, in-12.

S'il faut en croire Tallemant, ce serait une liaison de bibliophile qui aurait fait la fortune de Pierre Séguier. 11 s'occupait

de livres curieux, et ce goût, joint au voisinage, le mit en relation avec Le Masle, abbé des Roches, qui fut secrétaire du cardinal de Richelieu. Celui-ci s'avisa de le proposer comme garde des sceaux dans un moment d'embarras où l'on voulait avoir un instrument docile; il fut agréé a bien que l'opinion publique ne le trouvât pas trop en passe d'une pareille position. »

En effet, Pierre Séguier n'avait pas la réputation d'homme d esprit, si l'on s'en rapporte à la fameuse anecdote du Raisonnement des bêtes.

Lorsque Cureau de La Chambre fut sur le point de publier ce livre, le chancelier Séguier lui demanda s'il ne pensait pas à le lui dédier. « J'y avois songé, repartit La Chambre, mais j'hésite à le faire, parce que le public pourroit y trouver matière à railleries. »

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