‹ Rymaille sur les plus célèbres bibliotières de Paris en 1649; avec des notes et un essai sur les autres bibliothèques particulières du tempsChapitre 85 sur 193 · BIBLIOTHÈQUE DE COLLETET · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DE COLLETET

Guillaume Colletet, avocat au conseil privé, poëte, membre de l'Académie française Avant de tomber dans le dénûment qui suivit son troisième mariage, il avait recueilli une bibliothèque considérable en poètes latins et français. Le P. Jacob, en la citant avec éloge, affirme qu'il n'y en a pas une autre en France qui contienne autant d'ouvrages de poésie.

C'est de cette abondante et curieuse bibliothèque poétique, dont Colletet se sépara bien à contre-cœur , à l'époque de sa ruine à peu près complète, qu'il tira les éléments de son savant Art poétique. Il y trouva aussi les matériaux de ce fameux ouvrage conservé manuscrit au Louvre et dans lequel il a tracé l'histoire générale des poètes français et de leurs oeuvres.

Il avait recueilli, dans l'intimité des poètes ses devanciers ou ses contemporains, un grand nombre de pièces inédites, qui n'ont jamais figuré dans leurs œuvres, et dont il se plaisait à enrichir sa bibliothèque.

Après que son fameux vers :

J'ay des maisons aux champs ; j'ai des maisons en ville,

fut devenu une triste et pénible dérision ; il n'avait conservé de sa splendeur passée qu'une certaine table en pierre autour de laquelle il réunissait parfois Chevreau, Voiture, Racine, Boileau, Bernier, La Fontaine, etc., et qui n'était rien moins que la table de cabaret sur laquelle les anciens poètes de la Pléiade avaient signé les statuts de leur association.

Quoique poète médiocre, Colletet est certainement celui de tous les versificateurs français qui eut l'avantage de tirer le plus grand profit de ses vers. Le cardinal de Richelieu, qui n'admirait pas toujours les vers de Corneille, s'éprit à tel point de ceux de Colletet, qu'il lui paya un jour cent livres le vers une petite pièce dans laquelle il s'était évertué à dépeindre au naturel des canards barbotant dans une mare.

C'était là, je pense, le premier et sans doute le plus magnifique hommage qu'on ait jamais rendu à la gloire du réalisme.

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