POUR UNE GRANDE VOIX ALIMENT ET BOISSON
D’autres ’conditions étant favorables, une grande voix est acquise aussi par une alimentation et une boisson convenables: du gras, de la gloutonnerie, de la bière qui gonfle, du gin, de l’eau de seltz, du café ou du thé, tout cela et choses similaires épaississent la voix, engourdissent la gorge, font tousser et irritent, ce qui est parfois très inopportun et force à s’arrêter. |
Que l’alimentation soit substantielle et suffisante, mais simple.
Boire seulement de l’eau. Telles sont les strictes conditions d’une grande. voix.
La voix humaine a été pour Whitman, toute sa vie, une réalité attirante. La sienne propre d’abord. Avec un sûr instinct de conservation, c’est à sa voix qu’une sourde sollicitude poussait le soin de Whitman, et s’il s’est souvent abstenu de boisson, même de café, s’il s’est toujours privé de tabac c’est dans l’intérêt de sa voix. Cette mystérieuse correspondance de toute la santé physique dans le timbre de la voix, Whitman l’a ressentie et exploitée. Ses amis nous ont dit que sa voix était profondément émouvante. Nous savons qu’il -aimait réciter en publie, plus même qu’il n’aimait parler. Jeune, il s’en allait par les grèves de Long Island déclamant du Shakespeare. Mais il n’avait pas négligé les plus subtiles modulations de la voix:
From practising loud pieces with the voice, T have fallen into a serious fault of too strong and frequent emphasis — from repeating the Shakespearean passages, Caesar and Richard’ 3. This is to be carefully seen to. Practise the elementary sound continually.
A force dé déclamer des passages tout haut, je suis tombé dans un défaut sérieux d’insister trop et trop souvent — à force de répéter des morceaux de Shakespeare, César et Richard III. Je dois y veiller. Pratiquer les sons élémentaires continuellement.
On peut dire qu’il avait l’expérience des voix humaines (1). Il existe, dans ses Notes, un passage intéressant sur ce sujet:
Of the actors in the theatre of Bacchus. In Athens, when the pieces of Sophocles, Eschylus and Euripides were played, they observed a rigid diet. No muracles recorded of the ancient Pythia or of Christ is any greater than those of a perfect reading. À perfect reader must convey the same pleasure to his or her hearers that the best vocalization of the Italian singers does — just as much as the voice of Alboni Bono, Bettini or Brignoli does. There must be something in the very vibration of the sounds of the mouth (remember Bettini’s) something in the spirituality ques personality that produces full effects.
Des acteurs au théâtre de Bacchus. À Athènes, quand les pièces de Sophocles, Eschyle et Euripide étaient
() On se rappelle ses litanies. Voir dans les Brins d'herbe, 1924, 44. Et surtout le poème Vocalism (id. 321), avec ce vers caractéristique: O qu'y a-t-il en moi qui me fait frissonner ainsi aux voix?
jouées, ils observaient un régime sévère d’alimentation. Nul miracle attribué à l’antique Pythie ou au Christ n’est plus grand que ceux d’une lecture parfaite. Un liseur parfait doit apporter le même plaisir à ses auditeurs que les meilleures vocalises des chanteurs italiens — autant que la voix d’Alboni, de Bono, de ‘ Bettini ou de Brignoli. Il doit y avoir, dans la vibration même des sons de la bouche, quelque chose dans le mouvement des lèvres et de la bouche (se rappeler Bettini), quelque chose dans la spiritualité et la personnalité qui produit de pleins effets.
Son goût pour la voix et le chant italiens (1), qu'il a écoutés avec ravissement à l'Opéra de New-York, lui inspirent quelques remarques techniques qui prouvent bien qu'il avait réfléchi avec une certaine précision à ces choses:
The Italian voice gathers the tone in the back of the mouth and makes none of the fearful work with the mouth itself that gives such a distorted appearance to English singers.… all under the espionnage of a severe taste permitting no extreme attempts, but pleasing and natural and simple, the glory of perfect art...
La voix italienne rassemble le son dans l’arrièrebouche et ne fait rien du travail effravant avec la bouche même, qui donne une apparence si tordue aux bouches des chanteurs anglais et tout cela sous la surveillance d’un goût sévère ne permettant sans doute aucun élan extrême, mais plaisant et naturel et simple, gloire de l’art parfait.
{) Voir Walt Whitman, la naissance du poêle, p. 353 et suivantes.
Il, — Gestes
Selon la définition même de Marcel Jousse (1), la voix est le geste laryngo-buceal qui n’est qu’une faible partie de l’expression totale du parleur. Whitman part du geste vocal, parce qu'il est le plus important, mais il ne néglige pas les autres, pour si secondaires qu'ils soient.
Voici ses Notes concernant le Geste des mains, des bras et de tout le corps: