‹ Rythme et langage dans la 1ère édition des "Leaves of Grass"Chapitre 22 sur 43 · GESTES · texte numérisé non relu

GESTES

Voix ferme pourtant flexible. {

Grâce à un exercice persévérant, une longue pratique musculaire et mentale, le visage et tous les muscles et les traits atteignent une parfaite promptitude d'expression — la terreur, la rage, l’amour, l'hésitation, le sarcasme.

L'animation des membres, des mains, des bras, du cou, des épaules, de la taille, de la poitrine, etc.

Parfois une poitrine bombée — parfois le corps tendu en avant — le corps, de penché, se relève de toute sa hauteur, puis se penche encore très bas, etc., ete …

De là à conseiller toute une action dramatique à l’orateur, il n’y à qu’un pas:

An orator should be a perfect posturist. Practise continually in an easy costume all sorts of strong and free movements of the arms, hands, fingers, shoulders, elbows, neck, bending the breast, the waist sideways, the head cast down looking up askant, half backward, peering forward, etc., etc., etc...

There are perhaps hundreds of poses of the body which a perfect posturist will get so as to fall into unconsciously. |

Un orateur devrait posséder l’art des postures. Pratiquer continuellement, dans un costume léger, des

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mouvements vigoureux et libres des bras, des mains, des doigts, des épaules, des coudes, du cou, pliant la poitrine, la taille de côté, la tête baissée, les veux regardant en l’air et de côté, presqu’en arrière, et tantôt jetés au ciel, ete., ete., ete.

Si nous accusons Whitman de trop pousser l’orateur à jouer comme un acteur de théâtre, il distinguera les deux actions dans un passage curieux à tous les points de vue:

A great style of reading, or declaiming has the secret sane non theatrical quality of the style of Nature’s workmanship — it cannot afford to emphasize and bark — like the actors, preachers, lawyers and political congressmen, etc. do — it reaches the sous of men by pleasing channels, mysterious penetrations as the light, the air, beauty, the songs of birds reach the soul, without the soul being conscious of it. À first you find no remarkable attraction about the great masters of orators; but yet there is something too you know not what in the voice, in the easy and calm air — the very play of the lips — all the lines of the face — the attitude at rest — at the outset and for a minute or two no muscle of the body stirred, not a single one — only the muscles of the face — a strange light and life however darting. from the eyes and never for one moment intermitted: pretty soon as some new point plays out an almost imperceptible stir in that immobile body — in a minute more, perhaps the head shakes its hair as if away from the face or as a horse tosses his mane, or à trained runner his head when preparing leaping electric upon the course with irrepressible life

and joy — now perhaps a silent pause — then that voice again, with vigor — but now the body co-operates as a lover; soon a passage that seems to force its own way through every limb, not the hands only but through all the trunk and through the feet — anon a stern and harsh passage crackling and smashing like a falling tree, many other passages of many different tones — but all converging sooner or later into the clear monotonous voice equable as water. Sometimes direct addresses made to you, the hearer, with a pause afterward, as if an answer were expected, then perhaps for many minutes total abstraction and traveling into other fields — vocalism limpid, inspired — no account made of the material piace, the audience, but only of that other more spiritual world in which the speaker is

now Toaming.

Un grand style de déclamation a la saine qualité secrète, nullement théâtrale, des œuvres de la nature, il ne peut se permettre d’être emphatique, d’aboyer comme les acteurs, les prédicateurs, les avocats et les hommes politiques, ete. il atteint les âmes des hommes par des chemins plaisants, pénétrant mystérieusement comme la lumière, l’air, la beauté, le chant des oiseaux, sans que l’âme en soit consciente. Il ne fait pas tressaillir. Tout d’abord, vous ne trouvez nul attrait extraordinaire au grand maître des orateurs, pourtant il y a quelque chose, un je ne sais quoi dans la VOIX, dans l’air aisé et calme, le jeu même des lèvres — toutes les lignes du visage — l’attitude au repos. Au début, et pendant une minute ou deux, nul muscle du corps n’a bougé, pas un seul, sauf ceux du visage — une

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lumière et une vie étrange cependant jaillissent des yeux, sans arrêt; bientôt, au moment où quelque nouveau point se fait jour, un frémissement presque imperceptible se devine dans ee corps immobile — une minute après peut-être, la tête secoue sa chevelure comme pour la rejeter onu comme un cheval secoue sa crinière, où un coureur expérimenté la tête lorsqu'il se prépare à s’élancer électrique sur la piste avee une joie

et un élan irrésistible — puis peut-être une pause silencieuse — puis de nouveau cette voix avec vigueur

— mais maintenant le corps coopère, tel un amant; bientôt, à travers chaque membre, pas les mains seulement, mais à travers le trone cet les pieds — l’instant d’après, cette chose austère et dure sort en craquant et en s’écrasant comme un arbre qui tombe, maintes autres explosions d’un ton différent, mais toutes convergeant tôt ou tard dans la claire monotonie de la voix fluide comme l’eau. Quelquefois, on s’adresse directement à vous, l’auditeur, avec une pause après, comme $i on attendait une réponse, puis peut-être pendant mainte minute, isolement absolu et départ pour de nouvelles terres — vocalisme limpide, inspiré — l’orateur ne tient pas compte de l’endroit matériel de l’auditoire, mais seulement de cet autre univers spirituel où il voyage en ce moment:

Doit-on faire observer qu'ici nous touchons au domaine de la poésie proprement dite? L’orateur, qui oublie le milieu matériel où il parle pour ne plus écouter que son inspiration, c’est-à-dire cet élan et ce rythme qui semblent naître des premières phrases prononcées par une nécessité qui leur est propre, cet orateur entre

So RYTHME ET LANGAGE

dans, une mystique oratoire qui est de la poésie. Désormais, le geste du récitant (1) devient intérieur. Whitman le dit en propres termes:

RESTRAIN AND CURB GESTURE NOT TOO MUCH GESTURE Animation and life may be shown in a speech by great feeling in voice and look — interior gesture which is perhaps better than exterior.

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