LE MOT
Disons mieux: pour Whitman, la poésie commence au mot. Ne lisons-nous pas, en effet, dans une note manuscrite (1): « jadis, chaque mot était un poème »? Jadis, c’est-à-dire, pour Whitman, l’antiquité égyptienne, grecque, l’Inde où le poète était le prophète, un jadis qui hante son ‘imagination comme il colore parfois ses vers (2). Le mot est devenu pour nous un élément abstrait de la phrase. Mais, primitivement, il était le signe concret d’une réalité: il était cette réalité même. [1 vivait aux yeux et aux oreilles. Il était vraiment, comme le dit Marcel Joussée (3), € un geste sonore ». (C’est cela qu’il est resté pour Whitman, ce primitif, dont l’ignorance intellectuelle a préservé la candeur poétique. Un mot, pour lui, n’est pas un signe conventionnel, il reste le vivant symbole de l’objet. I] l’a dit de mille facons, mais peut-être nulle part mieux que dans son poème de 1856: |
@) Ms. Cong. Lib.
(2) Voir Song of the Redwood tree, A Broadway Pageant, etc. (3) Jousse, Etudes de Psychologie linguistique, page 53, 1925.