‹ S.E. le Cardinal Dom Pitra de l'ordre de St. Benoit et le R.P. Souaillard deChapitre 1 sur 2 · S.E. le Cardinal Dom Pitra de l'ordre de St. Benoit et le R.P. Souaillard de · texte numérisé non relu

S.E. le Cardinal Dom Pitra de l'ordre de St. Benoit et le R.P. Souaillard de

« De même que les rayons de leu « célébrité se reflètent d'abord sur le « lieux qui les virent naître ; de roém « et par un juste retour, nous devon , « leur rendre une portion de l'écla'^ « qu'ils nous communiquent. »

(TiMON, EHtretienZsur les illus^ trations locales.)

Le bon accueil fait à deux articles biographiques sur Son Eminence le Cardinal PiTRA^^^ et le R. P. SouAiLLARD,^^) m'a engagé à les compléter et à les réunir en une petite brochure que j'offre particulièrement aux condisciples, aux collaborateurs et aux

[\) Journal de Saône-et-Loire, iS mars 4863.

(2) UÉcho du CharoUaû, 5 juillet 1863.

élèves de ces deux illustres personnages.

Je n'ai pas à m'excuser de donner la biographie des hommes vivants. L'usage a prévalu, et, en ce moment même s'éditent à Paris les Célébrités Catholiques^ parmi lesquelles figure Mgr Landriot. Nos deux moines ont dans cette espèce de Panthéon leur place naturelle et bien acquise.

Il n'y a pas à craindre de leur inspirer des sentiments d'orgueil ou de vanité. Ces pages n'iront probablement jamais sous leurs yeux ; elles ne sont pas écrites pour eux; ils isont blasés sur le chapitre des louanges ; ils les dominent de toute la hauteur de leur intelligence, de leur caractère et de leur foi.

Dieu se charge, du reste, de les maintenir dans leur humilité. Un jour, au commencement de sa vie apostolique, le Pu P.

Souaillard , dans je ne sais quelle ville, mais je tiens le fait de lui-même, voyait au pied de la chaire une dame qui ne cessa de répandre des larmes abondantes, pendant tout le sermon. Un esprit vulgaire aurait pu conclure de cette vive émotion

à la perfection de son éloquence. Le IK Père

craignit d'avoir involontairement réveillé

quelque amer chagrin. Le même jour, il

eut occasion de voir cette dame qu'il ne

connaissait point, et de lui demander tout

bonnement le sujet de ses larmes. — « Hé-

< las! mon Père, dit-elle , vous prêchez si

« bien, et je suis sourde; je ne puis rien en-

« tendre! » lit les larmes de la sourde ne

sortent jamais de son souvenir quand il

prêche et que le diable vient lui dire qu'il

prêche bien.

Ces pages ont aussi leur utilité. Elles exhortent les jeunes gens à consulter de bonne heure la voix de Dieu parlant à tout cœur pur qui veuts'ouvrir à elle. Il verront où peut conduire, même ici-bas, une enfance soumise et pieuse, une jeunesse qui sait se prémunir contre les orages des passions, par la sainte passion du travail et de la prière. Voyez ces deux hommes ! Ils ont commencé par faire abnégation d'euxmêmes. Ils ont tout sacrifié pour se donner au Seigneur, pauvres, chastes et obéissants/ Et, de par le Seigneur, rien ne leur a man-

que, pas même la gloire : Jacta super Dominum curam tuam^ et ipse te enutriet.

Tous seront consolés et s'affectionneront davantage à Dieu, à son Église et à notre glorieux et bon Pie IX , en voyant, une fois de plus, que la religion ne fait acception de personne, et que ses oracles sont vrais éternellement : Suscitans à terra inopem^. . , ut coUocet eum cum principibus populi sui.

Il y aura là aussi une récompense pour les maîtres de ces grands hommes ; et un encouragement aux corps enseignanls des maisons qui les ont formés. Que la force des éludes s'y maintienne et augmente, s'il est possible. La piété ne suffit pas aux ministres des autels; il faut, de plus, la science pour exercer au-dehors l'influence salutaire et sociale qui appartient à l'Église.

Paray, en la fêle de N. D. duMont-Carmel, 16 juillet 1863

F. CUGHERAT.

s. E. LE CARDINAL PITRA.

Dans le consisloire secret du 16 mars 1863, le Pape a créé sept cardinaux, et parmi eux dom Pitra, bénédictin français, auquel Sa Sainteté a donné le titre de saint Thomas in Parione.

Sans doute ce choix spontané du Saint-Père est une marque de son amour pour notre nation et une vraie gloire pour toute la France. La presse conservatrice, sans distinction d'opinion, a applaudi à la promotion de Thumble religieux , et c'est notre ambassadeur le prince de la Tour-d'Auvergne , qui a bien voulu s'occuper personnellement de surveiller la préparation des appartements cardinalices annexés au monastère bénédiclin de Sainl-Calixte. Dom Pitra, on l'a dit, est très-incapable de ce soin.

Mais ce qui réjouit la France et l'Europe savante doit être pour le diocèse d'Autun, le sujet d'un vrai

enthousiasme. Le cardinal Pilra nous appartient par sa naissance, par ses études, par ses premiers travaux et ses premières affections.

Né à Champforgeuil, en 1812, dans une condition modeste (son père était huissier), il passa quelques années de son enfance à Ouroux-en-Bresse, puis à Cuisery chez un oncle qui était médecin. C'est à cette circonstance providentielle qu'il faut rapporter l'origine de la vocation religieuse et peutêtre. tout le glorieux avenir du jeune enfant.

Cuisery avait pour curé dom Tessier, ancien bénédictin cluniste de la résidence de Saint-Marcel-lès- Chalon. C'était un digne religieux qui avait confessé la foi au temps de la persécution et qui conservait l'amour et les pratiques de sa sainte profession. Il n'eut pas de peine à discerner le trésor que Dieu lui avait envoyé, et choisit l'enfant pour clerc. Celui-ci croissait comme Eliacin, et souvent dut revenir à la pensée de dom Tessier ce que Ton avait dit d'un autre Jean-Baptisie : Quis, putas, puer nte erit ? C'est au ciel qu'il a reçu la réponse. C'est du ciel qu'il jouit de son triomphe.

L'étude des premiers éléments de la langue latine fut un jeu pour celle intelligence précoce. Et par un rare privilège, celle langue sacrée fut, dès l'abord, le lien de sa conversation avec Dieu. Un jour, il ouvre à la première page le bréviaire bénédictin de dom Tessier. Ses regards s'arrêtent sur ce passage prophétique , imprimé au bas du frontispice qui représentait l'image de saint Benoît: Dticam eum in solitudinem et loqnar ad cor ejm. Je le conduirai dans la solitude et je lui parlerai au cœur. Sa pensée s'attache a celle parole de l'Écriture dont il veut avoir le sens ; il la met dans son cœur, et jamais plus elle n'en sortira. C'est le signal céleste de sa vocation.

Ainsi la parole.de Dieu, toujours pleine dévie et d'efficacité , avait appelé autrefois les Apôtres , les Anloine, les Grégoire VII, les François d'Assise et tant d'aulres.

Longtemps après, dom Pilra aimait à rappeler cette circonstance. « N'aurez-vous point aussi en- « tendu ce petit mot qui me poursuit depuis mon « enfance : Ducam eum in solitudinem et loquar « ad cor ejus. » Et dans une autre lettre du 20 mai 1843: « Si vous entendez toujours cette voix

« qui m*a parlé dès mon enfance, ce mot qu'à dix

<( ans je déchiffrai à l'aide d'un vieux bénédictin

« de Cluny, sur un portrait de saint Benoît : Ducam

4( eum, etc....; si vous entendez toujours celle

« voix sortir des ruines de Cluny , ouvrez votre

« cœur et levez votre tête , frère ! Les temps appro-

« chenl, rheure de la délivrance sonne , les aîles

« de la colombe se déployent, et vous prendrez

M votre essor... Paix et force : Fiat pax in virtute

« tua. »

En 182l5> Mgr de Vichy vint donner la confirmation à Cuisery. On comprend les dispositions que dut apporter à la réception de ce sacrement des forts, le jeune enfant prévenu déjà de grâces bien singulières et qui s y montrait si fidèle. Sa jeunesse et sa vie entière en ont rendu un éclatant témoignage.

Le nombre des confirmants élail alors extrêmement nombreux; et Mgr succombani à la fatigue, tomba malade à Cuisery. On appela le docteur Vaffier, oncle de Jean-Baptiste, qui prodigua ses soins au bien-aîmé Prélat et dont l'habileté triompha bien vite du mal. Comme le bon et saint évêque lui offrait ses services, et l'on sait comme il était bien

en cour, le docteur, heureusement inspiré, se contenta de lui recommander son jeune parent, qui entra , en effet , bientôt en cinquième au petit séminaire d'Autun. Il remporta constamment tous les premiers prix, excepté celui de mathématiques, et le bon M. Maury, assis 'aux côtés de Monseigneur, était heureux de lui répéter chaque année : « Monseigneur, c'est le 'petit Pitra auquel Votre Grandeur s'intéresse. »

Dès cette époque reculée, personne ne se méprit sur l'avenir que Dieu réservait au jeune séminariste. Lai seul ne s'en douta jamais. D'une piété et d'une modestie égales à la plénitude de son intelligence, il était chéri de ses camarades et presque vénéré de ses maîtres. Il avait tout pour lui : la douceur et l'amabilité; une brillante imagination, un jugement exquis, une mémoire qui retenait tout sans confusion, et avec cela une passion pour l'étude et une santé de fer. La bibliothèque était à sa discrétion; il ne jouissait que dans les ouvrages sérieux, dans les in-folios grecs et latins. Il avait ambitionné et obtenu une singulière faveur, celle d'être couché au dortoir près de la veilleuse qui éclairait du même coup Iq sommeil de ses camarades et la prolongation de ses études.

En quelques jours, étant en rhétorique, il com-

posa , sur la demande de ses condisciples , pour une fêle improvisée, un drame long et touchanl, en vers français, sur Thistoire-de Joseph. Celle pièce élonnanle vient d'être donnée au public, comme appendice à un Recueil de Drame$ et de Dialogues, à l'usage des Pensionnats de jeunes personnes, par un intime ami du jeune poète (1). Nous y renvoyons le lecteur. Mais nous devons tenir à citer ici une strophe composée la même année , dans laquelle nous surprenons le pienx olève se livrant toujours à ses aspirations, encore vagues et indécises, vers cette bénie solitude oii Dieu l'avait convié à dix ans:

Trop heureux qui fuyant les orages du monde, Seigneur, vient attacher, loin des autans cruels, Au seuil de tes parvis , sa barque vagabonde

Et se consacre à tes autels.

Et moi, dois-je être encor repoussé de la rive.

Et dans ma course fugitive

Errer sur les flots menaçants?

Ou, verrai-je, éclairant du fond de ma retraite, Les nochers égarés par la noire tempête ,

Mes jours s'écouler innocents ?

Pour de si hautes destinées Si tu m'as tiré du néant.

Protège mes jeunes années, Veille sur moi. Dieu tout-puissant.

Puissé-je, un jour, je t'en conjure.

D'une main innocente et pure,

(1) Lyon, Périsse, frères, 1863, 1 vol. m-12, 2 francs.

T'adresser l'encens des mortels I El que du sein de ta demeure, Quand sonnera ma dernière heure, Je vole aux parvis éternels.

Il suivit au grand séminaire, où il entra en 1830, les cours ordinaires de philosophie, de physique et de théologie, mais toujours avec la même supériorité. Cependant l'horizon était agrandi. Celle vaste intelligence vivait plus à Taise. L'ordre des exercices, Tobjet des études, la richesse incomparable de la bibliothèque du grand séminaire , le recueillement plus grand imposé à l'esprit et au cœur par la nature même de rétablissement, tout favorisait son expansion. Mais aussi quelle placide activité I Quelle prodigieuse facilité 1 Avec quelle perfection il suffisait à tout, sans se plaindre jamais! Il suivait ses cours. Il était maître de conférence. Il faisait la classe à sept jeunes gens atteints par la loi alors sévère de la conscription et qui, pour ne point manquer leur vocation, avaient été contraints de se réfugier au grand séminaire avant d'avoir fini leurs études classiques. Avec cela, il trouvait le temps de puiser à pleins bords dans ses livres de prédilection. Il prenait des notes, il écrivait des volumes, ne se donnant d'autres délassements que

celui de la prière , des exercices de la plus tendre et fidèle dévotion et d'un zèle d'apôtre parmi ses heureux condisciples. Sa conversation et son exemple nous excitaient au travail et à la vertu. Et pour seconder ce généreux élan , nous vîmes un de nos professeurs créer , au milieu des 260 élèves qui peuplaient alors le grand séminaire d'Autun, une société académique composée de W membres et divisée en cinq sections :

histoire, philosophie, théologie, littérature et sciences. Chaque semaine on se réunissait en séance pour entendre les divers rapports et recevoir la distribution des matières à traiter avec les ouvrages à consulter. Jamais nous n'oublierons les douces émotions que faisaient éprouver à tous les mémoires du futur cardinal sur les beautés littéraires de la sainte Bible. C'est un grand malheur que celle institution ait vécu si peu. Le cardinal Pitra et le savant évêque de La Rochelle , Mgr Landriot, suffisent pour faire honneur à sa mémoire.

Le [premier n'était encore que diacre lorsqu'il fut appelé au petit séminaire d'Autun comme professeur d'histoire, puis de rhétorique. C'est des années qu'il y a passées que date l'essor

merveilleux pris par cet établissement qui, pour la beauté du sile, la grandeur de l'édifice, la bonne édiicalion el la force des éludes, ne le cède à aucun établissement de France. Oui, Thonneur en revient au cardinal Pitra si bien continué par Mgr Landriot el par les supérieurs et maUres qui les ont suivis.

Le 17 décembre 1836, le jeune diacre venait au grand séminaire recevoir Tordre de la prêtrise. Nous étions neuf agenouillés avec lui autour de l'au-

î tel, offrant, conjointement avec notre digne pontife,

le divin sacrifice pour la première fois. Si nous avions été édifiés de sa ferveur dans la retraite préparatoire, ce jour-là nous étions ravis de le voir embellir la couronne de notre sacerdoce. Et ce que j'écris ici, après vingt-six ans écoulés, c'est la vérité de nos sentiments au jour où je me suis reporté comme aujourd'hui.

r Dans cette période de sa vie , c'est-à-dire pendant

1 son professorat , le cardinal Pitra fut un des fonda-

teurs de la Société éduenne , si remarquable par ses

j hommes et par ses publications. Il écrivait fré-

quemment dans les Annales de Philosophie chré-

j tienne des articles de longue haleine fort remarqués

des savants (1). Il fut le premier à signaler la célè-

(1) Parmi les nombreuses puLlicalions quolidiennes ou périodique* que D. Pitra a eiiridiies de sa coopération, nous citerons encore ï Unir ers t puis le Monde, el ÏAmt de la Religion, V Université Catholique^ el VAiixiliaire Catholique. Celte dernière, à elle seule,

hte inscription grecque trouvée à Âulun , [e premier à en restituer le texte , le premier à en donner la traduction (2).

Vdici la preuve , je la lire d'une lell^-e écrite le 17 août 1839 à un ami pofesseur chez M. Poiloup, à Vaugirard : « On a trouvé une inscription à Autun, a en grec, dont M. le Sous-Préfet a confié galam- « ment l'interprétation aux hellénistes du petit « séminaire. Nous sommes engagés d'honneur à « nous en bien tirer. Nous devons très-prochaine- « ment en rendre compte.

« Cela posé, il se trouve que ladite inscription « est chrétienne et probablement des premiers siè- « clés. Il se trouve que le premier mot est un «symbole très-curieux, le nom Ichtlius employé « pour désigner Notre-Seigneur.

« Or, pour la complète explanalion de ce mot, il « nous faudrait une autre inscription" acrostiche « dont chacune des lettres du mot Ichthus com- « mence la ligne. Donc il faut que vous nous trou- « viéz c^tte inscription et voici où :. allez à la « bibliothèque royale avant qu'elle ne se ferme , « demandez Buonarotti , Osservazioni sopra

a donné de nombreux articles sur l'Eglise Romaine et la sainte Bible, sur les Pères de l'Eglise^ et sur Vauthenticité des épitres de saint Ignace d'Antioche, sur les rapports actuels de la science et de la croyance, sur le culte de la B. Vierge Marie avant le concile d'Ephèse; et deux lettres au R. P. Lacordaire sur le couvent d'Vnteblinden.

(2) Voir pour les détails, les annales de phil, chr, — et M. Dinel, St Symphorien, T. 11, de la page 505 à la page 515.

« framm.. Ai tasi di vetro. Je ne puis que Irans-

« crire celle brève indication avec rabrévialion

« framm... que vous suppléerez: il s'agil, je

« crois , de fragments de verre. Et dans cet ouvrage

« peu étendu , vous trouverez l'inscription acros-

« liche sur le mol Ichthm. »

Chaque année , il passait une partie de ses vacances dans les bibliothèques de Paris. Et l'on vient de voir une preuve du merveilleux instinct avec lequel il remarquait et notait ce qui pouvait, à une heure donnée, avoir son importance el son utilité. A la fin, les bibliothèques de la capitale lui étaient familières. « Les encouragements et bientôt « les relations amicales de plusieurs membres de « rinslilut vinrent à lui... Les Conservateurs l'ac- « cueillaient avec ces égards qu'on ne prodigue « qu'aux hommes supérieurs. Aussi que de perles « son vaste savoir n'a-t-il pas révélées à Tadmira- « lion des savants, perles enfouies dans ces im- ^ menses débris de nos vieilles bibliothèques « monacales , sous ces ruines où la lumière et i'or- « dre n'ont encore pu se faire (1). »

(1) F.-B. Dutron, dans la Revue du Monde Catholique, tome S.j, page 673!.

Oq sera bien aise, j'en suis sûr, (l'assister à sa premrère apparition dans la bibliothèque Impériale. i\ écrit de Paris. « Après quelques jours bien <i pesamment passés à courir, lassé, désenchanté, a me sentant toujours mal au cœur, enfin j'allai 41 frapper à la porte d'une bibliothèque avec quelle ques paperasses sous te bras... Je tombai tout a ébaubi, tout ahuri au milieu d'une salle de <i rudes travailleurs qui heureusement n'avaient pas a le temps de rire de moi , même assez bons pour « m'accueillir avec une charitable pitié. On me jette % çntre les roains tia in-folio de parchemin écrit au <L l^III* siècle et qu'il me fut impossible de lire au <f pjt;§(a[^iej|f Qoup-d'œil. J,e ûs de mon mieux l'homme f ei[^^ndu. Jj'épçlai toute une journée; le lende- ^ niajip, j[e faisais assez bien mon 6, a, ba; le <^ surlende/nair\ , je déchiffrai, et je. trouvai deux <i chroniques qui to.uchent aux grands faits de This- <i toire dei France , et qui avaient échappé aux « Tliieçry, aux Hichelet qui ont lant remué, a^ <i tous ces ti'availleurs qui remuaient lant autour ^ de moi. . . Je restai cloué sur mes délicieuses. <( chroniques trois semaines , et ce sont mes trois. << plq^. agréables semaines de vie... Je vous citerai << bien telle rue où je déchiffrai en cheminant un^ € passage qui m'avait échappé, tel cul-de-sac oùl « je me perdis en menant a fin tel chapitre, dç. H mon vieux saint ( saint Léger J. Bref, je fus « réellement heureux.... Pardon de ma longue hisc toire. Je eonelus : il est donc possible , mon cher

« ami , de se soustraire k de poignantes ai)gafssed <i par un travail pieux, passionné... )>

Ces derniers mots loM doviuer à quel propbt^ lè modeste professeur paî*lait ainâi de lui-inê«î«. 14 1« Tait, noD sans s excuser et s'humilier. Mais il âi^figis« sait dé consoler un ami rudetnêttl épttyH^é k Parts , où la tourmente ravait momentanément }ôtô. MnS le désir de lui être utile, il lui révèle le ^eèrèl.^iiH lui avait réussi, en maintes tribtilatiaitô de la viK professorale . Voyez quel cœur ! . . .

« Mon pauvre amil Vous êtes donc loujonrl) « souffreteux , rien ne vous^ distrait ; le tenips i h « lieu , les aspects nouveaux , la vie Ibintaine , \eê « figures neuves , tout cela ne peut détourner vos « regards de votre vieil Aotuûeis , de notre insi* 4( pide vie , de vos pâles figures d'amis* Vous êtes « toujours errant et furetant autour de ûaus..^» « C'est trop d'amitié , frère, c'est trof> pour votre « cœur... Trêve un peu, de grâce, et sdns nous a oublier , prenez sans scrupule qœlqnes heures « de repos, de sommeil, de paix« OofbtieE le « passé; laissez dormir quelques souvenirs « mon « pauvre amil... Il me semble pourlMl qfue sans « avoir été wssi éprouvé qu^ Tom^ f'ai «u aussi

« des heures, des jours, des époques bien amé- H res, bien accablantes. Il me semble que parfois a j*étais bien a plaindre et d'autant plus que nul « ne me plaignait... lime semble qu'il m'a fallu « maintes fois , dans un affreux accablement , me « sufiSre seul , me remettre sur pied , me relrem- « per... Comment donc m'y suis-jepris? Vous le <( dirai-je, mon bon ami? Ne sachant que dire de « vous> me permettrez-vous de vous parler de moi ? « Au ^risque de vous paraître assez étrange , je a passe outre.

<i Donc 9 mon bon ami, en maintes occurrences « difficiles , douloureuses , lourdes , il m'a semblé « que deux choses me rendaient un peu de vie et « de ressort, ou plutôt une seule chose... Je vou- « laib dire un peu de foi et un peu d'étude... Mais « à vrai dire, ce peu de foi était si minime que « j'ai honte d'en parler. Reste donc un peu d'é- « tude , d'étude religieuse , si vous voulez , d'étude <i faite avec un cœur avide , affamé , mal noum de <i choses piteuses et nauséabondes , affamé d'ali- « ments plus purs... Et vraiment j'ai trouvé sou- « vent que brisant d'abord un pain de larmes , peu « à peu venait quelque chose de plus savoureux , « puis des délices, puis de ravissantes sensualités. « Je dévorais, je suais d'ardeur , et à la fin , « rassasié , moin^ souffrant , plus heureux, je disais « mes grâces et bénissais le bon Dieu , sans trop « y faire attention , 'comme après un bon repas... )>

Apcès les douces consolations , les bons conseils.

Le même ami lui ayant demandé sonjaviâ sur un cours de doctrine chrétienne à enseigner a la jeunesse , reçoit celle réponse qui peut servir à d autres :

« Vous me demandez des conseils sur un cours « de doctrine , c'est tendre un piège à mon outre- « cuidance provinciale qui s'y jette tête baissée et « les yeux fermés. Votre tâche et réellement belle, « le culte, les fêtes, toute la religion extérieure! « Je verrai déjà là l'occasion d'études bien atla- « chantes. Je vous dirai naïvement ce qui me senv « blerait le plus convenable pour vos élèves et pour « vous.

« Pour vos élèves, suivez une à une les fêtes « chréliennes si habilement distribuées dans TofTice « de l'église. Prenez cet office; prenez un parois- « sien , un eucologe , et faites ressortir les charmes « de la liturgie de chaque fête. Traduisez élégam- « ment les plus beaux irails des hymnes, des pro- « ses, des citations de la bible. Et si vous parvenez « à faire aimer ec admirer le paroissien , vous aurez « rendu un grand service à vos jeunes élèves. On « a déjà fait un travail de ce genre dans plusieurs « articles des Annales de philosophie chr. , dans « l'ouvrage de M. Walsh , sur les fêtes, dans un « autre intitulé: Littérature des offices de l'E- « glise. — En un mot, le sens théologîque, histo- « rique et littéraire, voilà pour vos élèves.

« Pour vous, creusez cette intéressante étude « des liturgies ;f étudiez, pour la mieux saisir,

« l'archéologio chrélienne ; fouillez dans le rnoyen-

« âge; demandez aux chroniques Torigine de cer-

« taines fêles ; compulsez les travaux de Mabillon

« C Liturgie Gallicane); de Marlenne fde vête-

<i ribu$ ecclenm ritibusj; etc. Vous trouverez

« d'immenses matériaux. Je me propose de m'en

-« occuper activement. J'ai dû commencer par Tar-

^ chéologie, et pour mieux l'apprendre, je viens

« d'ouvrir un petit cours d'archéologie , où j'en-

« seigne le lendemain ce que j'ai appris la veille.

^ N'est-oe pas ainsi que l'on fait a Paris ? »

Mais ce n'est ni le bruit ni l'éclat que recherchait celle grande âme. Elle ne se doutait pas de sa supériorité. La science qui éblouit n'était point la fin qu'elle se proposait. Elle ne voyait, elle ne cherchait que Dieu en tout. Pour elle , l'étude , comme la prière, n'était qu'un moyen. A-ussi, elle ne songeait qu'à l'oubli du monde cl de ses louanges, éprise seulement de la vérité et de la paix. PaD était depuis longtemps sa devise commo c'avait été celle de saint Benoit.

Son amour inné pour ce saint comme pour sa famille spirituelle s'était révélé de bonne heure* D^ nous en avons signalé la trace. Nous le voyons

s'épanouir dans les lignes suivantes, empruntées h une lellre du 21 mai 1840:

« Mon ami , mon bon Guillaume ,

« Patience et longanimité, ou plulôt comme « disent mes v'enx amis les bénédictins , comme <( dit ma cornaline: PaxI La paix soit à toute âme « en peine, à tout frère qui attend, à tout ami qui « désespère, à tout Guillaume qui se fâche. PaxI « Et j ajoute encore avec la devise délicieuse des « enfants de saint Benoît, e^ a;/îor! Paix et amour, « quand môme! Bien peu en mérite, mais si peu « soil-il, donnez, donnez toujours, frère! Rien ne « sera perdu , et malgré tous mes torts , et malgré « toute mon impolitesse, donnez, donnez à qui « n'est pas ingrat ni mal aimant. Pax etamori « En vérité ces bons bénédictins,... savez-vous que « sous leur cuculle ils avaient jeté un regard bien « fier sur la vie; qu'au fond de leur cellule, ils « avaient devina bien juste le seul bien-être possi- « ble ici bas , en adoptant pour mot d'ordre , pour « refrain , pour devise ces deux mots qui me sem- « blent bien habilement résumer toute la philoso- « phie de la vie : Pax et amor in arduis / Paix « et amour dans la peine t

« Vous ne savez peut-être plus ce que sont les « choses ardues, épineuses depuis que Vous êtes « sortis des ronces et des broussailles des qui qucB « qvod ,... pour la Vie curiale. Allez-vous en donc <i en paix catéchiser vos enfâois, consoler vos ma-

« iades, endormir vos mourants , édifier toutes vos « ouailles. Vous 2isez paix et amour tout autour de « vous, sans les épines: vous êles plus heureux « qu'un heureux bénédictin qui avait toujours <é. devant lui son symbole de paix entouré d'une « couronnes d'épines.., »

wSaint Benoît!... Son étendard s'était relevé en France. La postérité du saint patriarche y avait retrouvé un asile. Solesmes ne pouvait retentir en vain aux oreilles de l'élève de dom Tessier, devenu déjà l'émule des Mabillon et des Montfaucon.

Aussi quand le jeune professeur écrivait ces lignes, il avait déjà fait secrètement sa première démarche auprès du révérendissime abbé, dom Guéranger, comme nous le lisons dans ce passage d'une lettre écrite le 22 mars 1846:

« C'était hier la fête de saint Benoît, le grand « anniversaire de la Croix, et de plus j'avais à « commémorer avec vous ma première démarche « sérieuse vers Tordre de saint Benoît. Ce fut un « vendredi-saint , il y a six ans juste , que j'écrivis « au pied de la Croix une première lettre pour « demander la miséricorde de Dieu et la confra- « ternité des enfants de saint Benoît. Chaque année « ce souvenir m'est bien cher. »

Il est aisé de se faire une idée de l'empressement avec lequel cette demande dut être accueillie. Il n'eut d'égal que celui du postulant à prendre les ailes de la colombe pour fuir dans la solitude, aussitôt que la fin de l'année scholastique fut venue »

et le jour même de la distribution des prix. Un seul ami avait reçu confidence de ce projet longuement médité et résolument exécuté. Quelques jours après, Monseigneur reçoit de Solesmes une lettre qui l'avertit de vouloir bien pourvoira la chaire de rhétorique du petit séminaire, et cette lettre était signée: Frère J.-B. Pilra.

Le coup était aussi terrible qu'imprévu. Mgr d'Héricourt ne put le supporter. Il fil tant et si bien qu'il obtint de dom Guéranger que frère J.-B. Pitra reviendrait lui donner une année, afin d'avoir le temps de s'orienter et de lui trouver un successeur. « J'ai hâte de vous dire que rien n'est perdu , pas « même l'honneur, Mgr a été de la plus exquise « délicatesse, de la plus franche amitié, en toute « cette affaire... J'ai de lui l'assurance formelle, un « engagement d'honneur épiscopal qu'il ne s'oppo- « sera point à mes désirs, s'ils persévèrent. Il ne « demande qu'une année d'ajournement, et il la « demande de telle sorte qu'il eût été impossible « et imprudent de la lui refuser. » Mais quelle rude épreuve pour un homme qui se croyait au port et qu'on jette de nouveau à la mer I Quelle humilité il lui fallut et quelle abnégation pour se mettre au-

dessus du qu'en dira-l-on ! On ne doutait pas , en certaines régions , qu'une année ne suffît à le dégoûter de ce qu'on regardait comme une démarche aventureuse, comme un feu qui ne pouvait durer.

Lui-même tie se faisait point illusion à cet égard. « Je rentre, écrivait-il de Solesmes, le 18 sep- « tembre 1840, le cœur content et sans peur, « comme sans reproches. J'ai fait ce que je devais « advienne que pourra. Je sais bien qu'on me rira « au nez de mon équipée, qu'on ne comprendra « ni mon départ, ni mon retour. Ecolier! écolier! « dira-t-on; autant en emporte le vent... Frère..., « je vous écris avec calme. Je n'eus jamais plus de « paix qu'en ce moment, grâces à Dieu. Je retourne « sans émoi. Deux heures m'ont suflS pour prendre « mon parti. Dix mois sont une bagatelle pour ache- « ter toute une vie de bénédictin ; dix jours de « Solesmes suffiront pour les effacer a tout jamais. « J'ai vu la solitude et je la reverrai, il suffît. Prions, « priez, frère, et tout adviendra doucement et for- « tement, et ce sera le règne de Dieu, et sa volonté « se fera. Ainsi soit I II est ainsi ! »

Avant de quitter Solesmes, il sollicita et obtint le saint habit de novice , donce récompense de sa fidélité, puissant préservatif contre la fragilité humaine, s'il en eut eu besoin. Veut-on une peinture charmante des sentiments qui l'animaient, du calme, de la paix qu'il savait garder dans un si rude contretemps? Qu'on le lise.

« Mes derniers jours de Solesmes, écrivail-il dd

« ce monastère , sont comme les prenoiers , bien «sereins, bien suaves, bien allachanls; grâce à « Dieu, je sortirai crici conme j'y suis entré, avec a paix et enchantement; j'emporterai avec moi, je « l'espère, quelques fleurs de la solitude, quelques « parfums du gentil Eden , et mes douces souvent nances chemineront avec moi, se coucheront avec « moi dans ma cellule autunoise, pour y reposer, y « rêver, y babiller avec moi , seul à seul , jusqu'aq « jour du départ * et alors, çl quî^pd s,ftixwr^ rijogic^ <i loul^ prendra les ailes de la colombe, tout s'en « retournera au désert, tout s'envolera au nid de la a tourterelle. »

De retour à Autun, frère J.-B. Pitra ne se démentit pas un instant. Il se remit consciencieusement à sa classique besogne. Il y apporta la môme application, la même perfection que s'il n'eut jamais pensé à autre chose. Il se disait même quelque part qu'on lui avait fait une douce violence en le rappelant, tant il savait se posséder et attendre I tant il semblait revenu de son doux rêve!

Mais toutes ses lettres intimes respiraient le parfum de lasoliluJe. Toutes étaient pleines d'aspirations vers Solesmes. Solesmes était pour lui ce

que Jérusalem avait été pour les Hébreux de la captivité.

« Mêliez vous dans ma chambre, écrivait-il à un « ami, alors éloigné d'Aulun, les deux coudes sur « la tablette de ma fenêtre , et par-dessus les hauts « murs de notre manoir, tournez les yeux a Tocci- « dent; et par-dessus les grands arbres de notre « feuillée, voyez -vous ce petit coin du ciel où le « soleil se couche, où mon étoile se lève, où mon « âme s'illumine, où mon cœur s'échauffe, où flot- « tent toutes radicules , étincelaiiles , mes gentilles « pensées, mes impatiences. C'est de ce côté que « s'ouvre ma fenêlre pour faire ma prière, pour saluer « la douce patrie, pour appeler sans dépit ni mur- « mure ma chère Hiérusalem. Hiérusalem, ma « mie, si onc t'oublie, plus ne puisse ni prier de la « main, ni bénir des lèvres, ni aimer de cœur; puis « bien pâtir encore, et encore doloir, puis bien mou- « rir goutte à goutte ; mais t'oublier, ne puis. »

Et le bail fini, Theureux frère, cette fois, n'attendit pas la distribution des prix. Il courait recevoir la couronne qu*il avait si bien méritée.

Dom Pitra ne cherchait que la solitude. Il croyait qu'il allait désormais cultiver dans la retraite et le silence les deux nobles sœurs que son âme avait épousées: la science et la piété. C'est lui encore qu'il faut entendre décrire ses joies et son bonheur à Solesmes.

« Rien ne change autour de moi , au-dedans de «moi; il en est comme lorsque je vous écrivis,

« toujours heureux d'être la, toujours heureux de « penser à y mourir. Rien ne change , et pourtant « vous ne sauriez imaginer quelle ingénieuse va- « riétéde fêtes, de beaux jours, de ravissantes ira- « pressions se succèdent sans interruption depuis <\ mon arrivée. Que ne pouvez-vous en juger par « vous-même, vous qui aimez tant les cérémonies, « la beauté de la maison du Seigneur, les fêtes de « famille I Que ne pouvez-vous vous échapper quel- « ques huit jours pour nous surprendre à l'aventure, « et vous seriez surpris vous-même de rencontrer « au fond de ce petit désert tant de pompes, tant « de saints enchantements. Nous venons de ter- « miner nos quarante heures, et nous avons eu jour « et nuit Tadoralion perpétuelle ; et nous avons « commencé et termiué, comme pour une octave du « Saint-Sacrement, par deux solennelles processions « le long de tous nos cloîtres. Demain nous pren- « drons les cendres, et vous comprenez avec quelle « majesté toute spéciale la cendre tombe sur la tête « d'un moine, au son de ces paroles si grandes dans « le sépulcre où nous vivons : Mémento^ homo^ «quiàpulvis es .. Puis, après -demain, nous re- « prenons nos chants de joie pour fêter notre chère « sœur et mère Scholastique. Et ainsi des jours « suivants, ainsi de chaque semaine, ainsi de chaque « mois, ainsi de tout le cercle de Tannée, véritable « couronne de fête. y>

Ne croirait-on pas lire une page du Génie du Christianisme de Chateaubriand? Mais aulant la

réalilé l'emporte sur la poésie, autam le moine est supérieur à Tacadémicien. Ce que Tun n'a guère vu qu'en rêve, l'autre l'a identifié avec son existence tout entière.

Le 18 janvier 1843, il annonce le jour de sa profession religieuse : « Si je ne^^ous al pas ré- « pondu plus tôt, c'est que je voulais vous annoncer « positivement mon dernier changement, et je me « hâte de le faire pour revenir à vous. Le gra^d jour « est fixé ; dans trois semaines et moins, voire frëre « entrera dans la sainte et vénérable religion béné- « dicline, et ce sera le 10 février, à la fête de notre « excellente mère, la bien-aimée sœur de notre pa- « Iriarche , sainte Scholaslique. Invoquez-la d'a- ^ vance pour mol; priez tous nos saints de Cluny, « vous qui foulez la terre où ils ont prié, afin que « leurs ossements refleurissent, et que leur dernier « rejeton ne soit pas trop indigne d'eux. »

Leur dernier rejeton! Quelle gracieuse et filiale allusion a dom Tessier et au mot déchiffré avec lui à dix ans : Ducam enm in solitndinem, El comme le souvenir de celle vocation sainte est bien placé au moment où l'enfant de chœur de Cuisery se voit parvenu au terme de sa sublime ambition.

Mais quand rhomme se croit arrivé, Dieu renverse tous ses desseins et ouvre devant lui d'autres horizons. Et voici que du sein de sa chère solitude, le nouveau fils de saint Benoît va se voir arracher pour être jeté pendant vingt ans sur le chemin des tribulations, du plus gigantesque travail, des courses perpétuelles à travers l'Europe entière. Et, sans y avoir songé, sans en être orgueilleux, il arrivera ainsi à la gloire, toujours orné et rempli de sa tendre et fervente piété.

Dès la fin de Tannée 1843, commencent les missions scientifiques de dom Pitra par un premier voyage en Angleterre. — « C'est un vœu de bon an « que je vous envoie-la; car je suis au moment de <i partir pour un voyage qui pourrait bien se pro- << longer par delà le jour de l'an. Je vais en obé- « dience à la reconnaissance de nos frères les béné- « diclins anglais, de quelques bons amis, excellents « puséïstes (1). Je serai autour de Noël à Oxford « ou à Cambridge;, vers la St-Thomas, à Cantor-

(1) Ainsi notre savanlet piettx^ eompalriole n'a pas été étranger à ce -grand mouvemenl qni ramène les populations anglaises au catholicisme, malgré la haine croissante de leur gouvernement contre l'Eglise et la France. On sait qu'en un seul jour plus de 140 ministres protestants, disciples du docteur Puscy^ et professeurs richement dotés de la première université d'Angleterre, sacrifièrent tout pour embrasser la vérité catholique et préparer les voies au rétablissement de la hiérarchie ecclésiastique. Des membres illustres des premières faaiillcs d'Angleterre suivirent cet exemple, en ffrand nombre, et parmi eux, M"*X. . ., qui se réfugia à Rome. Après douze ans de séjour dans la ville sainte, comme elle exprimait un jour à Sa Sainteté Pie IX, le regret qu'elle avait que son âge et sa santé ne lui permissent pas d'embrasser la vie et la profession religieuse: Faites-vous Visitandine, lui dit le bon Pape, eet ordre n'esfclut ni l âge, ni les infirmités. Et de Borne elle est venue au monastère de Paray, où elle a reçu le glorieux nom de Pie IX, sœur Maria-Pia.

« béry ; à la Saint-Maur, peut-être en quelque loin- « tain monastère de la congrégation anglaise. Je « dois de là repasser par la Belgique , et visiter les « Bollandistes d'Anvers, les Universitaires catho- « liques de Louvain , et peul-ôtre , les onze mille a vierges de Cologne, la sainte Tunique de Trêves. « Que n'êtes-vous à mes côtés, avec votre bourdon ? a Vous chanteriez et je marcherais, et au besoin je « vous porterais. »

Cette première étape du pionnier infatigable de la science, dura plus d'un an, puisqu'il écrivait le 3 février 1845: <i Je ne fais que d'arriver de mon a long voyage d'oulre-mer. Je profite des premiers « moments pour vous donner un signe de vie.

« Aussitôt que possible, je reviens à vous et je vous « entretiendrai à loisir de Londres, Oxford, Cam- «bridge, Grâce-Dieu-Manor, Mont-Saint-Bernard, « Westminster, etc., etc., etc. »

Le 1" novembre 1847 le trouve en Hollande.

Celait la reprise de sa première mission, dont rA.ngleterre, à elle seule, avait absorbé tout le temps. Une lettre de ce jour porte la suscription suivante: « In festo omnium sanctorum , è seminario War- « mundano prope Lugdunum-Batavorum , eloco

« peregri nation is noslrse; !► c'est-à-dire: en la fête de tous les saints, du séminaire de Warmond près Leyde, du lieu de notre pèlerinage.

Dans deux volumes charmants, la Hollande catholique, et les Etudes sur les Bollandistes, le R. Père rend compte de ce double voyage en Belgique et en Hollande, qui se terminait juste au moment de la révolution de février 1848.

On comprend que Thumble et pauvre religieux ne voyageait point en touriste mondain à la recherche de fugitives émotions, de quelque ruine ou d'un site merveilleux. // parcourait les villes el les archives des différents peuples , pour s'instruire , bien mieux que le héros d'Homère , de leurs coutumes et de leurs mœurs.

Pour arriver à la connaissance des choses, il consultait Dieu, les hommes et les bibliothèques. I/importance et retendue de ses travaux ne lui faisaient rien négliger de ses devoirs de chrétien et de religieux. Il trouvait ensuite assez de temps pour se mettre en communication avec les personnages les plus savants de chaque contrée, auxquels lo recommandait déjà une réputation européenne. Tous les trésors imprimés ou manuscrits étaient mis à sa disposition. Doué d'une aptitude exceptionnelle à déchiffrer les vieux manuscrits el d'un instinctif bonheur pour découvrir les perles enfouies dans les plus délaissés réduits des grandes bibliothèques, il rapporta, de ces deux premiers voyages, des trésors inouïs dont personne ne soupçonnait l'existence.

Dès 1842, paraissail, chezDi?lot, lo premier volume du Spicilegium Solesmense, recueil inappréciable de pièces inédites des douze premiers siècles chrétiens. Le Spicilège de Solesmes n'aura pas moins de 10 vol. in4*' dont les quatre premiers ont paru^ Le premier avait sufiS pour gagner au savant religieux l'estime, l'admiration et sans doute la recommandation de rilluslre cardinal Jlaï.

Pour mieux donner Tidée des journées de dom Pitra en mission, je vais dire ce que j'ai vu et encore c'était un jour de repos et de délassement donné à l'amilié.

En 1849, étant vicaire à Marcigny, je reçus la visite de dom Pitra. Il avait fait coïncider son apparition dans notre Brionnais avec la présence de Mgr d'Héricourl à Semur, dans des vues pieusement intéressées. L'église paroissiale de Marcigny, il le savait, était en possession des reliques précieuses de Tanlique Prieuré bénédictin , et parmi ces dépouilles sacrées, il y en avait des saints abbés de Cluny. Il ambitionnait une petite part de ce trésor pour l'abbaye de Solesmes. M. Devoucoux, vicairegénéral d'Autun, aujourd'hui évoque d'Kvreux, élail descendu le même jour à Marcigny, pour donner

satisfaction aux saints désirs du moine bien-aimé.

Une partie de la journée fut employée à l'ouverture et à la visite des chasses , des sceaux et des feuilles d'authenticité; puis au partage des ossements et autres souvenirs, et à la rédaction des nouveaux procès-verbaux à quadruples exemplaires, chacun des assistants ou témoins ayant obtenu quelques fragments de ces gages sacrés.

La veillée fut consacrée à Tamitié. MgrDevoucoux était retourné àSemur. A défaut de savants à interroger, le pieux ami, sans y songer, en remplit merveilleusement le rôle facile pour lui. Et notre petit comité était dans le ravissement en Tentendanl raconter mille particularités providentielles de ses voyages en Angleterre et en Belgique. Nous étions principalement frappés des circonstances aussi variées que singulières qui, de France en Angleterre, d'Angleterre en Hollande, de Hollande à Strasbourg, et dans la bibliothèque du séminaire protestant, l'avaient conduit à la découverte de la clef des écritures, ouvrage inédit de saint Méliton , évêque de Sardes au 2® siècle , et à en déterminer l'absolue authenticité.

A dix heures, la veillée finit, et la nuit commença. Dom Pilra l'employa à se rendre compte de ma bibliothèque, et à rédiger l'inventaire de mes manuscrits. C'est ainsi qu'il faisait partout et bien plus en grand , toujours ayant la plume à la main, malgré son incomparable mémoire. Et à deux heures du matin je le conduisais à la voiture publique,

qui fut encore pour lui ce jour-là , ce qu'elle était souvent, le lit de repos. Qiielques jours après, on célébrait à Solesmes un tridrum solennel pour la réception des reliques de Marcigny. Dom Pitra n'avait point perdu sa peine. Il avait recueilli à Marcigny le tribut dû à sa science , aussi bien que celui dû à sa piété. A côté des saintes reliques , il emportait quelques chartes inédiles de Cluny et une copie du discours de saint Olilon sur VInvention de la sainte Croix: de inventione crncis, demeuré inédit, he bibliotheca Cluniacensi, col. 408, en donne les quinze premières lignes que suivent ces mots désolants: cœtera désuni, le reste manque. J'avais trouvé le discours tout entier, écrit à la main au XVIP siècle, dans l'exemplaire de bibliotheca Cluniàcensi , ad usum Monachorum benedictinorum Marciniacensiiim ordinis Cluniacensis.

Nous avons vu plus haul dom Pitra rentrer en France, de son voyage en Hollande el en Belgique, juste au moment de la révolution de février 1848. « Nous arrivions donc à la pairie , comma nous « étions entrés en Hollande, allant à l'inconnu, à « un peuple nouveau , à des horizons inexplorés. « Comme nous prenions langue, le dirons-nous?

« une méprise emportait nos bagages à la capitale; « seulement après plusieurs jours, et non sans « avoir traversé quelques barricades , nos malles « reparurent disloquées et bouleversées. »

Qui n'aurait conçu , k ce moment d'orages tumultueux, de profondes a[)préhensions pour Tordre monastique, si antipathique toujours aux idées républicaines , si idée il y a là?

Et cependant , c*est sous la seconde république française que riuimble moine recevait du Minisire de rinslruction publique et des cultes , des missions officielles en Angleterre; ei , hâtons-nous de le dire, des missions sérieuses et supérieurement remplies, comme Taltestenl les mémoires de D. Pitra, adressés au Ministre et compris dans les tomes 'I" et 4®, des Archives des missions scientifiques.

On voulait même lui confier et à ses confrères, la continuation du Gallia Christiana. Mais quelques hommes, déjà surciiargés de grands travaux, ne pouvaient prudemment accepter cette offre toute glorieuse qu'elle était. Et c'est D. Pitra lui-même qui fut chargé du rapport sur celte flatteuse proposition.

Cette seconde mission scientifique, retint dom Pitra en Angleterre, depuis le mois d'août 1849, jus(|u'en février 18'i0. Les bons souvenirs qu'il y avait laissés en 1844 , joints à son titre officiel , lui préparèrent partout le plus cordial accueil , à Oxford, à Cambridge, à Londres; dans les bibliothèques publiques et privées, aux archives de Weslaiinsler*

au Record's Office , àrAlheneum Club , au Lambelh Palace. « Je ne crois pas, écrivait-il lui-même, « qu'une permission aussi généreuse ait été accordée « dans les mêmes circonstances , depuis trois sié- « clés. » Aussi dirons-nous avec la Revue du Monde Catholique que « nous n'essayerons pas de <( fixer le nombre prodigieux de pièces dont il a « rendu compte ; c'est à désespérer ceux qui vou- € draienl marcher sur ses traces. »

Mais ce qui mit le comble à la courtoisie anglaise, qu'on est d'autant plus heureux de signaler qu'elle est plus rare, ce fut la gracieuse communication faite à notre moine par M. Midden , conservateur du British Muséum des 28 volumes in-folio contenant tous les actes pontificaux relatifs k l'Angleterre. Ce recueil , unique en son genre , a été fait en 1 844, à Rome même et dans les archives du Vatican , sur la demande de sir James Grahasn , ministre d'Etat, et sous la direction de Monsignor Marine Marini. Le titre, par sa grandeur et sa simplicité, est vraiment digne du monument. Nous le reproduisons ici avec quelques réflexions de Dom Pilra :

MONUMENTÀ BRITANNICA

EX AUTOGRAPHIS R0M4N0RUM PONTIFICUM DEPROMPTA

MARINUS MARINIUS CONLEGIT, DIGESSIT,

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