CHAPITRE V
Comment se fit la mer, d'après la tradition haïtienne. Souvenirs du cataclysme aux Antilles, à Venezuela, au Yncatan. Géologie de celle péninsule. Personnification des puissances de la nature et leur localisation dans l'Amérique centrale.
Les populations qui habitaient, à l'époque de la découverte de l'Amérique, les lies du golfe du Mexique, s'accordaient unanimement à dire qu'elles avaient oui de leurs ancêtres que toutes les Antilles, grandes et petites, avaient très-anciennement fait partie du continent, dont elles avaient été détachées par des tempêtes et des tremblements de terre. Une légende haïtienne, conservée par les auteurs contemporains de Colomb, raconte ainsi l'origine de la mer et des lies. » Il y avait, disent-ils, un a homme puissant appelé Iaia, lequel ayant tué un fils unique » qu'il avait, voulut l'ensevelir : mais ne sachant où le mettre, il » l'enferma dans une grande calebasse qu'il plaça ensuite au » pied d'une montagne très élevée, située à peu de distance du » lieu qu'il habitait; or, il allait souvent la voir à cause de l'a- » mour qu'il éprouvait pour son fils. Un jour, entre autres, » l'ayant ouverte, .il en sortit des baleines et d'autres poissons o fort grands, de quoi Iaia, rempli d'épouvante, étant retourné » chez lui, raconta à ses voisins ce qui était arrivé, disant que » cette calebasse était remplie d'eau et de poissons à l'infini. Cette » nouvelle s'étant divulguée, quatre frères jumeaux, désireux de » poisson, s'en allèrent où était la calebasse : comme Us l'a- » vaient prise en main pour l'ouvrir, Iaia survint, et eux l'ayant
— M — » aperçu, dans la crainte qu'ils eurent de lui, ils jetèrent par m terre la calebasse. Celle-ci a'étant brisée à cause du grand poids 11 qu'elle renfermait, la mer sortit par ses ruptures, et toute la » plaine qu'on voyait s'étendre au loin, sans fin ni terme d'au- » cun coté, s'étant couverte d'eau, fut submergée : les montait gnes seulement restèrent, à cause de leur élévation, à l'abri de » cette immense inondation, et ainsi ils croient que ces montait gnes sont les Iles et les autres parties de la terre qui se voient » dans le monde (1). a
« En observant avec attention , dit un auteur moderne (2) , la configuration des deux groupes de montagnes qui forment l'Ile de la Marguerite, la situation de celles de Coche et de Cubagua au milieu du canal qui sépare la première de la cote, ainsi que le 'peu de profondeur qu'on trouve dans le détroit, on ne peut s'empêcher de penser qu'en des temps plus anciens, tout cela faisait partie de la terre ferme et n'en fut séparé que par suite de quelque secousse formidable qui le fît descendre sous les eaux. Les groupes appelés ios Te&tigos, l'île Sola, les Ilots de Frailes et l'Ile de la Tortue, semblent n'être que les restes des terres qui furent submergées. Plus an nord, le groupe des lies Blanquilla,Orchila, los Roques, et l'Ile des Oiseaux, apparaissent commeles sommets d'une même chaîne, dont ils révèlent la position ancienne dans ces lieux aujourd'hui occupés par la mer. Peut-être ctaient-ce là deux chaînes distinctes qui l'unissaient au continent, l'une aux montagnes de Coro par la pointe de Tucacas, l'autre à la péninsule delà Ooajira.
» Si, en se rapprochant davantage delà côte, on fait attention aux golfes deParia et de Cariaco, on croit reconnaître dans leur forme l'effet d'nn déchirement qui, rompant les terres , donna passage à une irruption de l'Océan. La tradition, d'ailleurs, vient ici à
. {1) Voir l'Ecrit du frère Romain I (!) Codaizi, Resumen de la geû- Pane, à la fin de I.anda page 440 \grafUt de Venezuela, Pam, 1841, et note 2. | pag. 46 y 47.
l'appui de l'observation ; car lorsque Colomb visita Paria, dans son troisième voyage, les indigènes lui parlèrent de cette catastrophe, comme d'un événement qui n'était pas encore excessivement ancien.
i» Les lies qui avoisinent la côte élevée et rocheuse, de formation égale aux chaînes interrompues etqui apparaissent comme les vestiges des terrains descendus sous les eaux; les différentes sources thermales qui sourdent au bord et au dedans même du golfe, en élevant la température de la mer dans l'espace d'une demi-lieue carrée ; l'huile de pétrole 'qui couvre la surface de la baie, en s'étendant à une grande distance ; la multitude des eaux sulfureuses; les mines de poix élastique, fréquemment inondées ; les rochers qui se montrent en chaîne au-dessus des eaux, de la côte ferme jusqu'à la pointe la plus méridionale de l'Ile de Trinidad; les Bouches des Dragons, ainsi que la direction et la constitution des montagnes de Paria et de Trinidad ; tout se réunit pour constater la vérité de la tradition des Indiens et l'époque relativement moderne de cet événement.
» En regardant du côté du cap Codera, on reconnaît la chaîne des montagnes qui s'y termine et qui anciennement devait être unie à la péninsule d'Araya, bien que ce vaste espace, englouti par les eaux, n'offre aucun vestige de son ancienne existence, La forme que présente la péninsule de Paraguanà, à peine unie par un cordon de dunes à la côte, n'est pas moins digne de fixer l'attention. Les eaux thermales qui se conservent dans la colline de San ta- Ana, et la figure de ce mamelon, font connaître que c'est là un des témoins encore debout des révolutions qu'a éprouvées cette terre. Ajoutons àcela le golfe de Maracaibo, nommé Venezuela par les conquérants, lequel présente les preuves les ptos sensibles du bouleversement qui, en engloutissant une si vaste étendue de terrains, mit également le golfe en communication avec l'Océan. »
Suivant la tradition des Caraïbes, c'est par une inondation de
ce genre que se formèrent les mornes, les falaises, les escarpements, les écueils que l'on voit dans les Antilles, quand elles fuirent séparées de la terre ferme (1).
L'époque de ce bouleversement était signalée dans nn livre antique, en caractères mayas, qui était entre les mains du docteur Aguilar (2), sous le nom de ffun-Yecil,qae celui-ci traduit par submersion des forêts, faisant allusion aux terres qui disparurent sous les eaux, entre le Yucatan et l'Ile de Cuba. Cette péninsule, si intéressante au point de vue archéologique, ne l'est pas moins pour les géologues. Privée de sources et de rivières, dans toute sa portion septentrionale, elle est pourvue, en revanche, d'une multitude de puits et d'étangs invisibles, situés d'ordinaire à une grande profondeur, dans des grottes d'une forme curieuse, et qu'on croit alimentés par des rivières souterraines. Au rapport du voyageuraméricain Stephens (3\ le sol de cette contrée, qui recouvre un si grand nombrede cavernes, est composé de pétrifications et de coquillages, annonçant qu'une portion considérable du Yucatan, surtout dans le nord-ouest, n'est qu'une vaste formation fossile, et qu'à une époque qui ne lui paraissait pas très éloignée, elle pouvait avoir été recouverte des eaux de la mer. Ainsi, d'après ce système, cette partie de la péninsule se serait soulevée, tandis que l'Océan engloutissait les terres qui la réunissaient auparavant aux Antilles.
Nous avons déjà va comment les traditions de l'Amérique centrale, d'accord avec celles de Haïti, nous montrent la terre envahie par les flots et agitée en même temps par des feux intérieurs. Les quatre frères qui laissent tomber la calebasse, renfermant la mer etles poissons, rappellent tout d'abord les quatre génies de l'enfer qui soutiennent la vasque ou le cercueil d'Osiris :
(1) Lehmann, QBuvresphystgws, i lib. iv, cap. 6, — Voir Lsnrla, dans la préface du tom. 111. — De page 61.
la Borde, Voyagrs, etc. pages 6 et 7. (3) Incidents af travel in Yuca-
(2) Cogolludo, Mit. de Yucatan, i tan, vol. I, chap. 6.
on les retrouve dans les mythes héroïques du Livre Sacre des Quiches , Vukub-Caquix et ses deux fils Zi.pacna et Cahrakan (i), représentés ici comme les symboles de la nature et de ses forces souterraines, avant l'explosion des volcans. Vvkub-Caquix, dont le nom peut s'interpréter « le feu qui brûle sept fois (2), » apparaît, ce semble, comme l'image de la terre féconde et puissante; i! est le maître de toutes les richesses du monde, qu'il produit dans son sein (3\ Zipacnà est son fils aîné. L'étymologie de son nom correspond à l'état de la terre, gonflée par l'amas des matières bouillonnant à l'intérieur, comme d'une pustule prête à crever; c'est le feu, le Typhon intérieur, le Sat des Êgyptiens(i) : <i II roulait les montagnes, ces grandes montagnes qu'on appelle » Chi-Kak-Hunahpu, Pecul, Yaxcanul,-MacamoboX Huliznab (5, » et ce sont là les noms des montagnes qui existèrent au lever » de l'aurore et qui en une nuit furent créées par Zipacnà. » Çabrakan, le second des fils de Vukub-Caquix, dont le nom est encore aujourd'hui même synonyme de tremblement de terre, dans les langues du Guatemala, a remuait les montagnes par sa » seule volonté, et les montagnes grandes et petites s'agitaient » par lui. » Or, c'est de leur temps, dit plus haut le texte, qu'eut lieu l'inondation.
Cette inondation se fit par le commandement de Hurakan,
(1) Voir le Livre Sacré, page 35 et suiv.
(2j C'est l'étymologie qu'en donne Ordofiez, Htst. del Cieto y de la Tierra, etc., MS. Le bon chanoine en fait Lucifer brûlant sept fois au fond de l'enfer. Vukab-Gaqtùx, dans son acception ordinaire, signifie, comme je l'ai dit ailleurs, Sept-Aras.
(3) Voir le Livre Sacré, prêta.
part., aux chapitres iv et v.
(4) Zipacnà est composé de ;ip ou xipoh , verbe qui signifie gonfler, et de na, demeure, maison, en langue marne et vieux quiche.
(5) Os montagnes appartiennent aux contrées guatémaliennes : le Chi-Kok-Hunahjiu, c'est-à-dire Au feu de Hunahpu ou d'un tireur de Sarbacane, est le mémo que le volcan dit del Fuego qui domine a peu de distance la Antigua-Gualémala.
Le YaxcanxU, appelé par les Cakchiquels Gagxanxû, est le volcan de Sanla-Maria , prés de Quezaltenango ; les autres paraissent être les mêmes que l'on voit dans la cordillère entre ce dernier et les volcans de Soconwco.
nom qui signifie la tempête, et que l'Europe a emprunté à l'Amérique, en mettant le mot ouragan dans son vocabulaire : c'est le symbole de la foudre et des orages, l'expression de ces tempêtes formidables, si souvent accompagnées de tremblement de terre et d'inondation, soit dn ciel, soit de la mer. Cest au nom de Hurakan que les deux frères Hun-Anpu et Xbalanqné, qui se retrouvent plus tard personnifiés dans d'autres mythes d'un caractère plus historique (1), se préparent à mettre on terme à la puissance deVukub-Caquix et de ses deux fils. De simples sarbacanes seront leurs armes ; le tube où ils souffleront délivrera le monde de ces êtres orgueilleux. Qui ne reconnaîtrait, dans cette image, les soupiraux, prêts à s'ouvrir dans la terre qui s'agite convulsivement et par ou vont s'échapper bientôt les gaz et les matières accumulées? C'est le l'étymologie que le Livre Sacré nous donne lui-même du nom de Hunahpu, en l'appliquant au volcan, AitdelFuego, qui continue à lancer encore aujourd'hui ses feux dans la Cordillère guatémalienne (2). Rien de plus significatif, d'ailleurs, que cette masse gonflée de lave, indiquée par le nom de Zipacna, qui ride sa surface en soulevant les montagnes; que ces ébranlements produits parle Cabrakan, et dont le souffle de Hunahpu, vomissant ses feux, délivre enfin la terre!
(1) Voir [e Livre Sacré, deuxième j tireur de Sarbacane, mot composa partie. [ lui-même de la particule possessive
(2) llun-ahpu se compose de «A, celui de, et de pu, pub ou ui, Itun, un ou le premier, et de ahpu, I souffle, tuyau qui souffle.
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premiers, à l'origine des temps, gouvernaient ces contrées (1). C'est Coniraya-Viracocha qui soulevé les montagnes etles abaisse, qui creuse les vallées et les aplanit, sans autre instrument qu'un bambou léger (2). Dans unede ces fictions, où il est donné comme la force génératrice qui crée et qui détruit tour à tour, il devient amoureux de Cautllaca, la déesse souveraine de la contrée; pour satisfaire ses désirs, il remplit de sa semence le fruit d'un arbre, planté près d' Auckicocha, à l'ombre duquel elle allait souvent s'asseoir. Celle-ci mange le fruit et devient enceinte : au bout des neuf mois, elle accouche d'un fils ; mais en reconnaissant celui à qui elle le devait, elle s'enfuit épouvantée avec son enfant vers la mer, poursuivie par Coniraya, et, en arrivant à l'Océan, tous les deux s'y changent en rochers qui portent leur nom et qu'on voit encore aujourd'hui dans le voisinage dePachacamac (3). A cette époque, continue la légende, la mer n'était pas encore la mer, telle qu'elle est aujourd'hui, et Une s'y trouvait pas de poissons; car ils étaient renfermés dans un étang appartenant à la femme Urpay-Unchac, qui habitait ces lieux avec ses deux filles. Lorsque Coniraya arriva, cette femme était absente , étant allée visiter Gauillaca au fond de la mer ; furieux de ne pas la trouver, Coniraya renversa l'étang dans la plaine qui devint ainsi l'Océan, et.se retira après avoir rendu enceintes les deux filles d'Urpay- Unchac.
(!) Avila, Tratado y Relation de lot errores, fahos dioses y otrat tupertUtione) y rilos diaboticos en que Vivian anliguamenle loi Indiot de las provincial de Huarocheri. Marna y Chaclto, etc. MS. de la Bibl. uat. de Madrid, Copie de ma collection. Suivant ce document le monde d'avant le déluge est appelé Purun pacha, c'est-à-dire monde faux ou différent de celui d'aujourd'hui, et les hommes d'alors Yananamca.
(2) Id. ibid. Ce document est le seul en espagnol, où il soit parlé
de Coniraya-Viracocha ; il parait être la plus ancienne divinité du Pérou, et son histoire est racontée au long dans le document eu langue qquichua qui vient à la suite de ce manuscrit elque j'ai copié à. Madrid.
Le bambou dont il est question ici, a, l'aide duquel Coniraya soulève ou aplanit les montagnes, rappelle la sarbacane do Hunahpu.
(3) Pachacamac , lieu célèbre autrefois par le fameux temple consacré à cette divinité, le créateur du monde, à 4 t. do Lima et à peu de distance de l'Océan Pacifique.
Le nom de Coniraya est pesté au Pérou, comme celui de Hun- Ahpu au Guatemala, uni à une foule de récits plus ou moins merveilleux; mais il est aisé de reconnaître dans ce personnage le symbole de la puissance volcanique qui bouleversa la contrée, aux temps anté-historiques, et souleva une portion des Andes, tandis que la mer engloutissait les terres voisines. L'action de ces volcans antiques paraît s'être exercée principalement dans les montagnes de la province de Huarocheri, où la tradition signale un autre personnage cosmogonique, dont le nom est demeuré également à une des cimes les plus froides de cette contrée : il s'appelait Pariacaca, et ainsi que ses quatre frères, il était renfermé dans un œuf, d'où il sortit un jour sous la forme d'un faucon. Acette époque, toute cette région, aujourd'hui des plus froides, était, suivant la légende, une plaine fertile, jouissant du climat le plus doux ; elle appartenait à un prince puissant qui avait sa demeure aux bords du lac d'Auchicocha, maïs qui se rendait odieux par son orgueil et son égoïsme. Alors, pour le punir, Pariacaca et ses frères soulevèrent un tourbillon d'eau immense, accompagné d'un ouragan épouvantable, qui brisa les rochers contenant le lac d'Auchicocha; le fleuve de Pachacamac s'ouvrit avec violence un passage entre les monts de Vichoca et de Llantapa, qui se séparèrent en ce moment, et se forma, en s 'échappant vers l'Océan, le lit qu'il a encore aujourd'hui (1).
La terre entière changea de face avec ce déluge qui détruisit toutes les populations existantes, et il ne survécut que celles dont il est parlé dans la tradition suivante. A cette époque, disent les Indiens, il y eut une éclipse de soleil extraordinaire, toute lumière ayant disparu durant l'espace de cinq jours. Quelque temps auparavant, un pasteur, conduisant un troupeau de Hamas, avait remarqué que ces animaux étaient remplis de tristesse et pas-
(l)Avlla, Tratado y Relation, etc. I Lurin, dans la province du même Le fleuve de Pachacamac est le nom, près de Lima, où se trouvait même appelé aujourd'hui Rio de \ le temple de Pachacamac,.
fiaient toute la nuit à considérer la marche des astres (1). Le pasteur, étonné, les ayant interrogés, ils répondirent, en lui fusant observer un groupe de six étoiles, ramassées l'une auprès de l'autre, et lui annoncèrent que c'était un signe annonçant que le monde allait finir par les eaux (2). Ils lui conseillèrent en même temps d'emmener sa famille et ses troupeaux sur une montagne voisine, s'il voulait échapper au naufrage universel. Sur cet avis, le pasteur se hâta de rassembler ses enfants et ses Hamas, et ils allèrent s'établir sur la montagne d'Ancasmarca, où une fonle d'autres animaux étaient venus également chercher un asile. A peine s'y trouvaient-ils installés, que la mer, rompant ses digues, à la suite d'un ébranlement épouvantable, commença à monter du côté du Pacifique. Mais, à mesure que la mer montait, remplissant les vallées et les plaines d'alentour, la montagne d'Ancasmarca s'élevait de son côté, comme un navire au-dessus des flots. Durant cinq jours que dura ce cataclysme, le soleil cessa de se montrer, et la terre demeura dans l'obscurité ; mais le cinquième jour, les eaux commencèrent à se retirer, et l'astre rendit sa lumière au monde désolé, qui se repeupla ensuite avec la descendance du pasteur d'Ancasmarca (3).
On raconte également au royaume de Quito, qu'à l'origine des temps, la race humaine ayant été menacée d'une inondation formidable, deux frères se sauvèrent seuls au sommet d'une montagne, appelée Huaca Ynan, dans la province de Canaribamba {4). Mais les flots de ce déluge grondèrent vainement
(l)Molina, Relation délai fabulas larionAes rapporte également, avec
y rilos de loi Ingas, etc. M8. des une légère variante, et met le liwi
archives de Madrid , copie de ma de la scène dans les montagnes de
collection. Huarocheri, beaucoup plus près de
(2)Ce groupe d'étoiles rappelle les l'Océan.
sixtiontemocque,ou étoilesqui tom-. (4) C'est la province des Canaris
fièrent du ciel, au temps du déluge, où se trouvent les ruines de la cé-
d'après les traditions mexicaines. lèbre forteresse de Canar, citée par
(3) Ancasmarea est à 5 lieues du Humboliit {Vues des Cordillères et
Cuzco , d'après le document d'où monuments des peuples indigènes
cette histoire est tirée. Le document de l'Amérique, pi. 20, édit. in-Tot.), cité avant celui-ci , Tratado y lie-
™*1 autour d'eux : à mesure qu'ils s'élevaient, la montagne se soulevait au-dessus des eaux, sans pouvoir en 'être atteinte, et finit par arriver à une hauteur considérable. Lorsque le danger fnt passé avec l'écoulement des eanx, les deux frères se trouvèrent seuls an monde, et ayant consommé le peu de vivres qu'ils avaient, Us cherchaient a se procurer des aliments dans les vallées voisines. De retour à la cabane qu'ils avaient bâtie sur la montagne, ils y trouvèrent avec étonnement des mets préparés par des mains inconnues. Curieux de pénétrer ce mystère, ils convinrent, an bout de quelques jours, que l'un des deux resterait au logis et se cacherait pour découvrir les êtres bienfaisante! qui ils étaient redevables de ces soins. Retiré dans on coin, celui-ci vit avec surprise entrer deux aras, aux visages de feinmes(l),qui préparèrent aussitôt le maïs et les viandes qui devaient servir au repas. En l'apercevant, les deux oiseaux voulurent s'enfuir, mais il en saisit un qui devint sa femme; il eut d'elle six enfants, trois fils et trois filles, dont l'union donna naissance à toute la tribu des Canaris, qui depuis peupla cette province, et qui eut toujours une grande vénération pour les aras (2).
Ces traditions sont d'autant plus remarquables, qu'on y retrouve évidemment le souvenir de la catastrophe qui modifia si considérablement le continent américain, et de la présence de l'homme au milieu des bouleversements effroyables d'on sortirent plusieurs portions de la Cordillère des Andes. En confirmation de ces traditions, d'autres récits ajoutent que les lieux où se passèrent ces grands événements, aujourd'hui froids et stériles, à cause de leur élévation extraordinaire au-dessus du niveau de la mer, étaient, avant l'inondation, une terre basse et chaude d'une fécondité sans exemple : les fruits, dit la lé-
(1) On plutôt deux femmes, por- I le chapitre de Lizana, à la suite de tact le nom d'Ara. Landa, page 36 t.
(3) Voir, au sujet du culte da l'ara, I
géode, y mûrissaient en cinq jours , et l'on y voyait des multitudes d'oiseaux, parés des plus vives couleurs. Le manuscrit auquel nous empruntons ces récits, ajoute qu'on trouve encore aujourd'hui des preuves de cette étonnante fertilité dans les traces d'antique culture, visibles à la Puna de Pariacaca et au mont de Villcacoto, entre Huarocheri et Surco (1).
Au royaume de Quito, nous retrouvons Coniraya sous le nom de Con, représenté a Liribamba, capitale des Puruhuas, sous la figure d'une marmite, surmontée d'une bouche et de lèvres humaines ensanglantées. Con, première et suprême puissance, dit Velasco ($), qui n'avait ni chair, ni os, de même que les autres hommes, et qu'on croyait venu du septentrion, abaissant les montagnes et soulevant les vallées par sa seule volonté. C'est évidemment le même que Ckora ou Chunsu, l'Hercule égyptien, dont Birch traduit également le nom copte par forte, puissance, chasser, etc., et qui, comme le Chon péruvien, châtie les peuples rebelles (3). Sous le nom de Suha-C un ou Suha-C hum-Su, qu'on retrouve encore dans celui de Sogonmoso, on le revoit dans la Nouvelle-Grenade, où il opère des prodiges comme au Pérou (4). C'est Ckibcha-Con ou Cun ou Chum, qui, pour punir les hommes, crée les torrents de Sopo et de Tlbîto, inonde les plaines et les vallées du Bogota, d'où les populations au désespoir s'en-
(I) Le docteur Avila, curé de Huarocheri, qui recueillit ces faits, les discuta en théologien de son époque, et tout en convenant de la véracité des Indiens qui les lui donnaient, ne trouva moyen ni de les rejeter, ni de les admettre . La géologie avait Tait Tort peu de progrès à cette époque, et le soulèvement des terres yunga ou chaudes, devenues dans l'espace de cinq jours une puna glacée, lui paraissait une chose impossible.
(2)\'ela&CQ,Hist.durog.de Quito, liv. Il, g 2, n.l,et£4,n. 4.
(3) Bunsen, Egypt't place in uni-
versai history, vol. 1, page 393.
(4) Zamora, Hisl. de taprov. de Nueva Grenada, lib. II, cap. 16.— DeSuha Con. Cun, Cttun, ou Chum, noms identiques, vient probablement celui de Cundinamarea ou Cun-Una-marca, qui est donné à cet ensemble de provinces, comprenant Bogota, Vêlez, Pauiplona, la Grita, Merida, Huso, Ebate, Panches, Neyba , Marquetones , Sutagaos , Ubague, Tensa, Lengupa, 9ogamoso et Chila. iPiedrahita, Jiisl.
tien, de las Conquittas del reyna de Nueva-Grenada, Part. I, lib. 1, cap. 1.)
fuient vers les cimes les plus élevées de la Cordillère. De là ils invoquent le dieu Bochica, qui lance sa baguette d'or contre la montagne Tequendama, ouvrant ainsi la brèche, par ou s'écoulèrent les eaux, à l'endroit où la rivière de Funzha forme la célèbre cataracte de ce nom. Pour punir Chibcha-Cum, Bochica le condamne à porter le monde sur ses épaules, ainsi que l'Atlas des Grecs ; c'est lui qui produit les tremblements de terre, lorsqu'il est fatigué, eu transportant son fardeau d'une épaule à l'autre (1) ,
(1) Simon, Hitt. de Tierra-Firm, Part . II, noticia tv, cap. 4