‹ S'il existe des sources de l'histoire primitive du Mexique dans les monuments égyptiens et de l'histoire primitive de l'Ancien monde dans les monuments américains?Chapitre 14 sur 27 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Identité des traditions sur le cataclysme en Amérique, en Europe et en Afrique. Qu'était l'Amenti des Egyptiens. Origine incertaine de ce peuple. Sa parenté avec les nations lybiennes. Sa ressemblance avec les Américains et les races qui échappèrent au cataclysme de l'ouest.

Ainsi, aux rivages les plus opposés de l'Océan, des traditions appartenant aux nations les plus diverses se sont conservées, à travers les siècles, pour affirmer le fait de l'existence de terres autrefois considérables, et que les eaux de la mer auraient englouties à la suite d'un cataclysme effrayant, et dont les détails paraissent également identiques des deux côtés. Au milieu des progrès que la science et la critique ont faits de nos jours, n'est-il pas étonnant de voir combien peu de savants ont osé entreprendre un examen impartial et approfondi des questions que Humboldt soulève ici sur cette matière. Assurément on ne révoquera pas en doute l'intérêt qu'elle présente sous le double aspect de l'histoire et de la géologie; nul ne contestera l'importance de la solution qu'on est en droit d'en attendre. Pourquoi donc semble-t-il, surtout en France, que l'on appréhende un tel travail? Quels préjugés nous empêchent de scruter ces mystères, quelles sont ces craintes qui se manifestent sous le dédain apparent que l'on montre aux moindres lueurs qui viennent de l'Occident ? A-t-on donc peur d'études auxquelles on ne serait pas suffisamment préparé?

Le temps semble arrivé cependant de sonder les profondeurs de l'antique Océan, et de lui demander compte de ces terres

englouties, d'où sortirent les nations qui menacèrent anciennement l'Europe et l'Afrique, et de nous efforcer de rattacher l'une à l'autre les histoires des deux continents, brisées par une immense catastrophe. C'est dans cette destruction d'une partie du monde qu'il faut clicrcher l'explication du mythe d'Osiris, vaincu par Typhon, si l'on en croit quelques interprètes du prétendu Livre des Morts, qui s'appuient sur les données de Plutarque,pour traduire ce livre mystérieux, dont nul égyptologue nu encore brisé le sceau (2). Ce sont ces interprètes, à qui nous posions simplement nos doutes, qui nous apprirent ce qu'était

VAmenti {3), ce bassin de r Ouest, n cette patrie primitive

des Égyptiens, séjour de leurs ancêtres, devenu le séjour des morts, où les dieux de Menés, du fondateur (4), avaient pris naissance; de là venait qu'on les représentait sans cesse portés en barques, dans les grandes processions religieuses, pour signifier qu'ils étaient, ainsi que les dieux d'Homère, sortis de l'Océan (5). Les plus savants égyptologues se taisent quand on leur demande d'où venaient les Égyptiens. Us nous parlent vaguement de l'Asie, comme de leur berceau primitif, et c'est ce que nous admettons avec eux; puisque l'Asie est le premier berceau du

(1) Plularque , Trailé d'Isis et d'Osiris, passim.

(2) « A part les principaux livres « de l'Ancien Testament, à part les « Kings des Chinois, le Véda, quel- » ques Gàthas du Zend-Avcsta, et » le soi-disanl Livre des Morts de la )> vieille Egypte, dont le texte a été » publié par Lepsius, mais dont nul » égyptologue n'a encore hrisé le » sceau, nous ne possédons de toute » l'antiquité que les œuvres d'une » muse épique, dont la forme ac- » tueile ne remonte jias trèshaut, à 1) commencer par Homère (Eek- )) stein, Sur les sources de la rosino- » gonie de Sanchonialhon, page » 136).

(3) Bassin dr l'Ouest. Ainsi doivent s'interpréter les mots Amen oti de l'hiéroglyphe.

(4) Men, est le nom du douzième signe ou personnage du calendrier maya, l'un des vingt chefs primitifs suivant Nufiez de la Vega, et son nom, en maya comme en égyptien, signifie fondateur, édificateur.

(5) Iliad., lib. XIV, etc. — Homère ou celui qui écrivit sous son nom, était parfaitement instruit de la géograjibie de son temps; il distingue parfaitement VOcéari du AiV, que lu vanité égyptienne cherchait toujours à confondre. Voir Diod., Bihiioth. hist., lib. 1.

genre humain. iMais ils clicrchent vainement h l'Orient les traces de leur passage et de leur point de départ. Ils ne les ont pas trouvées, et qui sait s'ils les trouveront jamais? S'ils avaient été d'origine sémitique, ainsi que l'avance M. Brugsch (1), et s'ils étaient sortis directement de l'Asie, de l'Assyrie ou de l'Arabie, ils auraient entretenu naturellement un commerce habituel avec les peuples de ces contrées; ils se seraient servi du chameau, aujourd'hui l'animal le plus utile en Egypte, et ils n'auraient pas attendu jusqu'aux temps de la dix-huitième dynastie, pour introduire dans leur pays le cheval qu'ils y amenèrent de Syrie (2) . On sait, d'ailleurs, que bien loin d'avoir aucune communication aveclesnationsdel'Orient, ils les avaient auparavant en horreur, ainsi que les autres étrangers. Est-ce de l'Ethiopie que venaient les Égyptiens? les égyptologues ne l'admettent pas davantage (3). D'où sortait donc cette population de quelques millions d'hommes, isolés au bord du Nil, sans connexion aucune avec leurs voisins, ni pour les coutumes ni pour le langage, ni pour la couleur, ni l'aspect physiologique? Si nous les interrogeons, leur orgueil national leur fait répondre tout d'abord qu'ils sont autochtones, et qu'ils furent créés par le dieu Horus (4), entre les sables des déserts environnants et les bords de ce fleuve, dont le nom même n'a d'étymologie dans aucune langue de l'ancien monde (5) : mais des traditions anciennes nous montrent les Égyptiens, nouveaux venus dans leur pays, et con-

fl) Hisl. d'Egypte, dès les premiers temps de son existence ^jusqu'à nos jours, etc. Leipzig, 1859, prem.

part., chap. i.

(2) Brugsch, ibid., page 25, texte et note.

(3) Id. ibid., page-2.

(4J Id. ibid., page 3.

(5) Il existe au Guatemala un cours d'eau considérable, du nom de Nil, qui descend de la Cordillère de Soconusco à l'Océan Pacifique.

Ce nom, dans le vocabulaire quiche de Ximenez. est traduit par ces mots, cosa sosegada,que esta en paz, tranquil le, paisible . Deux documents anciens en font mention : le Titulo de las sonores de Tolonicapan et le Tlhdo de los senores de Quezallenango à propos des conquêtes des rois du Quiche. Un Vocabulaire quiche donne au Couchant, c'est-à-dire au côté du Pacifique, le nom de Pa- Nile, la région du Nil.

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quérant le sol sur les races noires d'où l'Égyple lirait son nom, et qu'ils refouliront au midi pour s'établir à leur place (1). Dans leurs peintures murales, on les voit la tête de profil et l'oeil de face : les hommes se distinguent par une couleur tirant plus ou moins sur le rouge brun, et ils sont sans barbe, signe caractéristique qui a été trop peu observé; les femmes en jaune (2), avec un jupon étroitement serré autour du corps, etc. Eh bien, cherchons autour d'eux,jelons les regards sur les nations qui les environnaient, interrogeons-les ; elles ne nous apprendront rien. Nous ne trouverons rien d'analogue dans l'ancien monde. Mais tournons cà l'ouest, passons les mers, franchissons l'Océan, et sur le continent opposé, nous reverrons. immédiatement réunies toutes ces particularités que nous chercherions vainement à découvrir dans l'Egypte aujourd'hui, excepté dans les peintures de ses nécropoles (3) : nations rouges ou cuivrées, sans barbe, nous les retrouverons, non dans quelques provinces isolées, mais dans la plus grande partie de l'Amérique (4). Pour soixante pyramides

(1) Il résulterait des travaux de Lepsius, aussi bien que d'autres égyptologuo?, d'après MM. Nott ^l Gliildon, qu'avant la fondation du premier empire.. .. la population de cette contrée (l'Egypte) était africaine, et la langue originaire de la vallée du Nil (Nolt and Gliddon, Indigenous races ofUic earlh, vol. I , ch. I, num. 9-10. — Perler, 5m/iElhnogénic égtjpliennc, etc., dans les Mém. de la Société d'Anthropologie, tom. 1, pag. 4^.4).

(2) Brugsch, Histoire d'Egypte, etc. page 3. — Aubin, Mémoire sur la piinlure didactique et récriture /iguraiive des anciens Mexicains, page 13. — Pruner-Bey, Reclterches sur Vorigine de l'ancienne race égyptienne, dans les Mémoires de la société d'Anthropologie. Paris, 18C3, tom. I, page 4G2.

(3; Le lecteur qui voudra se donner le plaisir de voir un spécimen

dn la race américaine des bords du Nil, n'aqu'àjeterles yeux sur le petit grammate assis sur un socle, au centre de la salle n" 2 du Musée égyptien du Louvre. Quiconque a vu et observé de près l'indigène américain, ne saurait s'y méprendre-, pour moi c'est le portrait vivant d'un Indien de Rabinal.

(4) Ceci est un fait généralement admis et sur lequel il est inutile de s'ai)pesantir. On pourrait y objecter qu'en bien des lieux les hommes se peignaient en rouge, en signe de supériorité ou de victoire; mais où a-t-on vu ailleurs que dans les peintures égyptiennes ou mexicaines, qu'ils fussent à la fois rouges et sans barbe , surtout sans moustaches? L'appendice qui leur est attaché au menton ne peut être qu'un ornement et ne passera jamais pour de la barbe, aux yeux de gens non prévenus.

— caque l'on a découvertes en Egypte, on en aura mille au Mexique, et dans l'Amérique centrale : là, on trouvera des sculptures, des livres, des tombeaux, des monuments de toute espèce qui rappelleront sans cesse l'Egypte, et, en bien des lieux, en voyant une pauvre femme indigène, revêtue de son costume de fête, on croira se trouver en présence de la déesse Isis elle-même.

Conclurons-nous de cet ensemble de faits, que l'Egypte est une colonie sortie de l'Amérique? Il serait téméraire, croyons-nous, de trancher si vite une question d'une si haute importance. Dans l'exposé qui précède, comme dans l'examen qui va suivre, nous ne voulons construire aucun système ; nous n'avons d'autre dessein que de mettre en évidence des points d'histoire, généralement fort peu connus, et de placer sous les yeux des lecteurs les côtés saillants des annales du monde ancien, en regard de ceux que présentent les traditions du monde nouveau^ sans nous préoccuper, en quoi que ce soit, de la priorité de l'un ou de l'autre. C'est à une science plus approfondie et à des investigations de critique impartiale à prononcer sur la foi de preuves plus décisives. Nous nous estimerons heureux si, pour le moment, nous réussissons à porter quelques nouvelles lumières" sur cette matière obscure, et à y attirer un peu plus l'attention des savants.

Sans travailler ici avec Bailly à reconstituer l'histoire d'un peuple perdu, encore trop douteuse, nous inclinons, toutefois, à reconnaître avec Humboklt, que le mythe de l'Atlantide, dans sa plus simple expression, « désigne l'époque d'une guerre de » peuples qui vivaient hors des Colonnes d'Hercule, contre ceux » qui en sont à l'est, c'est-à-dire une irruption de l'ouest ^1\ n Et ainsi que nous le disions un peu plus haut, avec le savant auteur du Cosmos, u une migration de peuples de l'ouest à l'est, » dont le souvenir conservé en Egypte a été reporté à Athènes » et célébré par des fêtes religieuses,peutappartenir à des temps

(1) Essai sur l'hisl. de la géogr. du N. Conlincnt, tome I, page 170.

» antérieurs à l'invasion des Perses en Maurilunii-, dunl Salluste » a reconnu les traces. »

Ce n'est pas sans dessein que nous répétons ici ces paroles. Elles sont pour nous comme un reflet des relations qui existèrent dans des temps anté-historiques, entre le continent de l'Amérique et le nôtre, relations qu'auraient violemment rompues les grandes irruptions volcaniques, dont nous avons parlé plus haut, et qui paraissent avoir eu lieu simultanément en Amérique, en Afrique et dans toute la chaîne des montagnes de l'Asie centrale. Nous n'examinerons pas ici ce qu'il peut y avoir de réel ou d'imaginaire dans les descriptions de l'Atlantide, rapportées dans le Critias (1); il nous suffit de savoir que la navigation, probablement plus parfaite alors qu'elle ne le fut après le cataclysme, était facilitée par l'existence de cette grande île « d'où l'on pouvait passer aisément aux autres îles, et de celles-là » à tout le continent qui borde tout autour la mer intérieure. » Les communications existaient donc d'un continent à l'autre, et les traditions, non moins que les preuves géologiques, ne manquent pas à ceux qui affirment, que des terres considérables furent englouties également dans l'Océan Pacifique, soit du côté américain, soit aux extrémités de l'Asie orientale, comme du côté atlantique, arrêtant ainsi à l'ouest les peuples qui menaçaient l'Europe, et interrompant les progrès d'une civilisation occidentale, dont les uniques témoignages sont, peut-être, les monuments des premiers Egyptiens, successeurs de Menés.

Ce qui paraît également hors de doute, c'est qu'une grande puissance maritime, établie dans ces îles atlantiques, comme aujourd'hui celle de la Grande-Bretagne, exerçait une influence considérable sur les deux continents opposés. « Dans cette île » Atlantide régnaient des rois d'une grande et merveilleuse puis- » sance; ils avaient sous leur domination l'île entière, ainsi que

(1) Voir le Crilias, Irad. de M. Victor Cousin, tom. XII.

» plusieurs autres îles et quelques parties du continent. En » outre, en deçà du détroit, ils régnaient sur la Libye jusqu'à » l'Egypte, et sur l'Europe jusqu'à la Tyrrliénie. » Si, après avoir lu ces lignes, on jette les yeux sur une carte de l'ancien monde et que l'on examine les lieux que désigne ici Platon, on y retrouvera, précisément en Afrique comme en Europe, tout un ensemble de populations, dont il a été jusqu'à présent, non-seulement difficile, mais à peu près impossible de tracer la filiation, soit avec les souches âryanes, soit avec les races sémitiques. Ce sont tout d'abord les Égyptiens eux-mêmes, dont les ethnographes les plus distingués sont réduits à faire une race autochtone, faute de savoir à quel groupe les rattacher (1); ce sont ensuite les Berbères, ainsi que la plupart des nations libyennes, à qui l'on trouve des liens de parenté avec les Égyptiens, liens que les découvertes modernes semblent resserrer davantage chaque jour (2) ; ce sont les Ibères et les Basques, que, de toutes parts, on cortimence à renouer, à leur tour, aux Berbères, d'un côté; de l'autre, aux Finnois et aux Lapons (3) qui, au moyen des Groenlandais, s'enchaînent, non moins par les langues que par la conformation physique, à plusieurs des populations les plus importantes de l'Amérique (4). Mais entre les Basques et les Finnois il existait anciennement et il existe encore aujourd'hui, en Europe, d'autres nations qui paraissent avoir eu une origine commune avec eux : ce sont, d'un côté, en France, celles dont on a signalé les traces dans des noms de localités antiques entre la Loire et les Pyrénées; de l'autre, en Suisse, les Grisons, que leurs caractères

(1) Pruner-Bey, Recherches sur Torigine de l'ancienne race égyptienne, dans les mémoires de la Société d'Anthropologie, tome I, Conclusions, page 632 et autres, ainsi que dans le Bulletin, passim.

(2) Broca, Sur l'ancienne race égyptienne, dans le Bulletin de la

Société d'Anthropologie, tome II, page 551, etc.

(3) Sur les brachycéphales de la France, dans le Bulletin de la Société d'Anthropologie, tome II, page

(4) Gharencey, La langue basque etlesidiomesdel' Oural. Pa.vh,\?>Q2.

physiologiques rapprochent du type primitif (1); enfin, en Italie, les Étrusques et les diverses autres tribus italiotes, que leur caractère, leurs mœurs et leurs institutions, autant que leur langage, rattachent aux Égyptiens, bien plus qu'aux populations sémitiques, auxquelles on a cherché à les assimiler (2). Souvenons-nous, d'ailleurs, que les Égyptiens assuraient eux-mêmes avoir disséminé un grand nombre de colonies sur le continent, jusque parmi les Grecs et les Romains, dont les noms se trouvent dans leur classification géographique, sur leurs monuments. Ils ajoutaient que Bélus, qui avait conduit des colons à Babylone et institué dans cette ville un sacerdoce sur le modèle de celui de' l'Egypte, était fils de Libya et de Neptune (3), c'est-à-dire issu de la race libyenne et des peuples atlantiques de l'ouesl.

(1) Pruner-Bey,5wr la mâchoire d'Abbexnlle, dans le Bulletin de la Société d'Anthropologie, tome IV, page 302.

(2) Chavée , Sur les origines

étrusques, dans le Bulletin de la Société d'Anthrop., tome III, pag. 447. (3) Biodore, Diblioth. hisl., lib.I.

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