‹ S'il existe des sources de l'histoire primitive du Mexique dans les monuments égyptiens et de l'histoire primitive de l'Ancien monde dans les monuments américains?Chapitre 15 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les Gares ou Cariens. Leur nom identique avec celui des Barbar, Berber ou Varvar. Leurs institutions gynécocratiquess. Etendue de leurs relations en Asie, en Afrique et en Europe.

Si nous suivons maintenant Bélus en Orient, et que nous cherchions entre les vieilles populations de l'Asie Mineure, des îles et des côtes delà Grèce et de l'Italie, aux époques antérieures aux conquêtes des peuples indo-européens, qu'y trouvons-nous? des nations dont le souvenir est presque effacé, dont les langues nous font défaut, mais dont les mœurs, les institutions et les cultes nous rappellent sans cesse des cultes et des institutions analogues dans l'ancienne Amérique, dont les noms et les dieux, avec des noms semblables, se rencontrent dans la plupart des traditions américaines. Les plus remarquables, sans contredit, sont les Gares, qui passaient, à l'époque de la découverte du continent occidental, pour les plus belliqueux et les plus civilisés de l'Amérique centrale (1), et dont le nom se répète dans des centaines de noms de peuples et de lieux, d'un bout à l'autre de l'Amérique tropicale, avec le même sens que lui donnent, dans l'Asie, les philologues anciens et modernes (2). Ce sont encore

(1) Herrera^ Hisl. gen. de las Indias occid., decad. VI, lib. III, cap. XTx. — Les belles ruines de l'antique cité de Copan appartenaient aux tribus de race care. Voir plus haut, § 1, note 3.

(4) Le Diccion. geogr. d'hist.

d'Alcedo et la table générale des matières d'Herrera donnent à eux

seuls plus de trois cents noms de peuples ou de localités commençant par car ou cara, mot qui, dans la plupart des langues américaines, était synonyme, comme en Asie, d'homme par excellence, guerrier, etc. C'est le Kaii des langues germaniques.

les Caucones, les Cauniens, les Aoniens ou Ioniens, les Mopses ou Moxas, qui, tous, ont leurs homophones en Amérique et s'y rattachent aux Gares, de la même manière que leurs homonymes se rattachaient, dans l'antiquité, aux Gares de l'Asie. Est-ce là l'effet d'une simple coïncidence? G'est ce que les lecteurs seront à môme d'apprécier plus loin.

« Quand Homère, dit le baron d'Eckstein (I), désigne les Gares comme Barbarophonoi (qui parlent la langue des Barharas), ce mot est des plus significatifs dans sa bouche. Proféré avec le sentiment de la grande spécialité de l'idiome des Gares, il nous apprend qu'ils parlaient la langue d'une des plus vieilles branches de l'espèce humaine, la langue d'un peuple que ses voisins appelaient du nom de Barbaroi, soit en Asie , soit en Afrique. Ce nom ethnique n'est devenu un lien commun que dans la bouche des Grecs et des Romains , qui l'ont reçu des Grecs. Le passage d'Homère y a contribué. Ge mot est entré dans l'usage des poètes et des prosateurs ; il a donné lieu à une abstraite généralité que le mot de Barbaras a revêtu dans l'usage des âges postérieurs. Rien de pareil chez Homère. Thucydide relève avec force, c'està-dire contrairement à l'opinion de son temps, que l'antithèse des Barbares et des Hellènes était entièrement étrangère au vocabulaire d'Homère. Homère ignore jusqu'au nom des Hellènes ; nom qui ne date que du temps où les Grecs, consolidés dans leurs colonies de l'Asie Mineure, y tranchaient du maître, s'y signalaient par le mépris de leurs voisins. Les Gares étaient les plus considérables de ces voisins, les plus illustres parleur ancienne domination des mers. Ils dataient d'avant les Grecs; ils avaient été les maîtres d'une partie des îles de la Grèce, d'une partie des côtes du Péloponnèse, de l'Acarnanie, de l'Illyrie , avant qu'il y eût des Pélasges dans ces contrées. Ils régnaient dans l'Asie Mineure, à côté des Phrygiens et des Méoniens. Ils avaient con-

(1) Les Gares ou Cariens de l'anliquilc, 2^ pari. YI, dans la Revue archéologique, xv* année.

tracté une alliance des plus intimes avec les Méonicns comme avec les Thraces, voisins des Mysiens,qui ont fait originairement partie de la nation des Gares. Voilà comment il a pu arriver que l'antithèse des Hellènes et des Barbares se soit fait vivement sentir dans une localité restreinte avant de devenir générale.... Ecoutons ce qu'Hérodote (1) affirme au sujet d'un peuple de Barbares, connu des Egyptiens : « Ils appellent Barbaroi, dit-il, )) tous les peuples voisins qui ne parlent pas la langue d'Egypte.» Or , il n'y a pas la moindre difficulté fi reconnaître ces peuples ; car le nom de Barbaras s'y est encore partiellement conservé comme un nom originel, ajoute M. d'Eckstein (2). Ce sont, d'une part, les peuples de la Nubie ; d'autre part, ceux des régions de la Libye. D'après les recherches de ce savant, on retrouvait dans une grande partie de l'Afrique septentrionale, et même jusqu'en Espagne et en Lusitanie, des traces de cette grande famille libyenne, connue sous le nom de Barbare ou de Berbère. Le témoignage de Barth, si instruit, ajoute-t-il, des mœurs, des institutions, des idiomes de cette grande race libyenne , de la chaîne de l'Atlas et des oasis dans le voisinage de l'Egypte... nous renseigne sur la tribu varvar , une des grandes divisions de la race libyenne moderne (3). Il dérive le mot varvar d'un mr radical, nom de l'homme dans la langue des Touaregs. Le redoublement doit avoir le sens d'hommes par excellence, de ceux qui sont deux fois des hommes. Pour nous, répétant ce que nous disions un peu plus haut, au sujet des Carés de l'Amérique, et de l'immense extension de ce nom sur la surface de ce continent, soit comme Caracara ou Caraib dans les Antilles (4) , soit

(1) Hérodot.//is<., lib. II, 158.

(2) Les Gares et Cariens, part.

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