‹ S'il existe des sources de l'histoire primitive du Mexique dans les monuments égyptiens et de l'histoire primitive de l'Ancien monde dans les monuments américains?Chapitre 23 sur 27 · MU · texte numérisé non relu

MU

celui d'uti frugineiil du Proniùlhce délivré d'Eschyle, où le chœur des Titans vient retrouver Prométhée attaché au mont Caucase; il arrive de la Limné qui est d'un rouge ardent ou d'un golfe du couchant sur les rives de l'Okeanos, fleuve qui enveloppe le globe. C'est là que descend Hélios avec ses coursiers fatigués de la course du jour, du us le pays des Ethiopiens de l'occident. »

.Maintenant, si l'on jetait les yeux sur une carte de la mer des Antilles et des cùles voisines du Darien et de Sainte-Marthe, on pourrait s'imaginer, en réunissant, avjBC cela, les données géographiques et les traditions de ces contrées, que c'est là précisément que r.'iuteur aurait voulu placer cette Limné, ainsi que le séjour des véritables Ethiopiens de l'occident. C'est, en elfet, dans les montagnes qui s'élèvent en amphithéâtre Jtutour du golfe de Darien, entre la baie de Maracaiboei l'isthme de Panama, que se trouvent encore aujourd'hui des mines d'or et d'argent, des plus riches et des moins exploitées du globe : c'est entre les sommets les plus inaccessibles de ces montagnes qu'existent les ruines gigantesques des cités cares, ainsi que les débris des forges célèbres où les cvidopes de l'Amérique forgeaient les armures d'or des rois et des princes de ces régions. C'est là, nous l'avons dit, aussi bien que dans les portions du continent qui s'étendent au sud et à l'est, arrosées par les plus grands fleuves du monde, que se retrouve plus qu'en aucun lieu de l'Asie et de l'Amérique elle-même, ce nom de car ou de cara. dans les noms des populations et des villes, sans compter une multitude d'autres noms, dont le s(ui et Tétymologiesont familiers à tous ceux qui ont présents les souvenirs delà Phénicie et de l'Asie Mineure.

A la suite de Panama, vient Pananome, puis les provinces et les rivières de Tabor, iVAbiuamcc/ti, iVAbibeibn^ etc. (1;; les

;l) Snii.> coiTipler les suivaiils :

Miactichi ou Abacari, dans le lorlitoire (les Amazonos; Ahaiios, tribu lie la Nuiivcllo-Grcnado ; Al'''{]irn.

Ahipi, Ahilaiii, noms de tribus et tlcxiWes; Abibryn , A hroija ,Ab7^aiha, Abrnyyar, etc., comme noms de clrcTs dans ces contrées.

montagnes d'Oromina, û'Abiùi\ baignées au sud par le grand fleuve Cauca, dont le nom rappelle encore le Caucase et les Caucaunes; puis Cartama, Cammanta, et plus au nord les Gofanes, tribu puissante habitant les bords d'un fleuve du même nom(l), autre souvenir des Cophanes ou Céphènes de l'orient, issus d'une souche chamitique comme les Cariens. Aux bords de la mer vers le nord, dans ces régions de Terre-Ferme, où presque chaque nom de tribu ou de bourgade commence encore aujourd'hui par car, se présente Malambo^ dont le son phénicien n'échappera à personne; c'est celui d'une tribu célèbre anciennement avec les Bondas, les Chimilas et les Tayronas ou les forgerons, les gens de l'enclume, populations essentiellement métallurges et des plus distinguées entre toutes les nations cares dont ils faisaient partie, et qui fournissaient d'or et de bijoux; la plus grande partie de l'Amérique méridionale et des Antilles (2). Toute la chaîne des montagnes, avec ses ramiflcations, aux cimes coj vertes de neige, entre le golfe de Darien et la ligne de l'Equateur, oii l'on devrait chercher peut-être le véritable Atlas, ce nombril du monde, était renommée pour l'abondance et la richesse de ses veines métalliques, pour la splendeur de ses cristaux, pour la beauté de ses pierres précieuses, et surtout l'existence de ses mines de jade vert, la pierre sacrée de l'Amérique qu'on ne trouvait, qu'on ne taillait que là (3).

(1) Montesinos, Mcmorias anliguas his oriulcs del Peru, lib. 1, cap. IX, MS de ma Coll., lire des Arch. de l'Acad royale d'hisl. de Madrid. — Alcedo, Lice, geogr.

hisl., art. Cofanes.

(2) "Voici ce que dit à ce sujet révêque de Panama, l'iedrahita :

.< Oyo lavoz fUrsuai que celebrada » la riquezas delTayrona, del cerro y » valle en que estahan los minera- » les de oro, y plateria, en que se » fundian las priniorosas joyas de » frtligrana en varia?, figuras , de

" aguilas, de sapos yculebras, ore- » jeras, chaguaias, médias lunas, y » canutiilos, de que tan vistosa y » ricamente se arreaban todas las » naciones que correu desde el cabo n de la Veia, hasta las extremida- » des de Uraba, y la suma quan- » tiosa de oro en puntas y pol- » vos, etc. » illisl. gen. del reyno de Nurva Granada, etc., lib. II, cap. 9.)

(3) JuHan, la Perla de la America, etc., part. I, dise, m, iv, viii, et part. II, dise. ii.

Les immenses ruines que les premiers conquérants espagnols découvrirent dans ces contrées, surtout en s'avanrant dans la direction de Cartama et de Caramanta^ au bassin du haut Magdalena, les routes taillées dans le roc vif, ou construites de pierres énormes, dans des proportions plu. vastes encore qu'au Pérou (1), tout cela avec des traces remarquables d'antique canalisation, et en face des vestiges de la civilisation qu'avaient conservés les nations riveraines de ce fleuve, prouve de quel haut degré de culture celles-ci étaient alors descendues. Dans les montagnes, l'or et l'argent, travaillés avec tant d'art (2\ le cuivre si admirablement trempé (3), les pierres fines et dures, le jaspe, le

(1) Itdacion de Jo que sucedio ni Magni,'}CO senor capilan Jorge Robh'do en cl dtscubrimienlo que hizo de las provi'iciustle Aniio</uii, elc.

MS. des Archives de l'Acad. roy. de Madrid. Coitie de ma Coll.

(2) PieûralnU, llist. de N. Gravada, etc., lib. cap. xiv. — Juliaii, la Petia de la America, passim. — « Il est certain que les mathématiciens français, dit Carli, n'ont jamais pu conii)rendre comment ces peuples sont parvenus à faire des statues d'or et d'argent toutes d'un jet, vides au dedans, miwes el déliéeii. etc. » (Lettres américaines, tome 1, lettre 2 1.) «J'en ai tenu une, dit l'annotateur de ces lettres, qui était une espèce de momie. On n'y voit aucune soudure. On a pareillement admiré des plats à huit fiices, chacune d'im métal diiïérent, c'està-dire allernativement d'or cl d'argent, sans aucune soudure; des poissons jetés en fonte, dont les écailles étaient mêlées d'or el d'argent-, des perroquets qui remuaient la tête, la langue et les ailes; des singes qui Taisaient divers exercices, tels que filer au fuseau, de manger des pommes, elc. Ces Indiens entendaient fort bien l'art d'émailler, qu'a tant cherché Palissy, et de mettre en œuvre toutes sortes de pierres précieuses. » Je possède un

vase à dessins émaillés dans ma collection, provenant des ruines de Pijlcnqué; il me fut donné i)ar le dernier gouverneur de l'Elat de Gliia]jas, don Angel Corso, et je crois que c'est l'unique en Europe.

B de B.

(3) « Parmi les arts que nous avons appris des Américains, ou que nous aurions pu en apprendre, nous rangerons celui de donner au cuivre une trempe aussi dure que celle de l'acier et d'en faire des haches excellentes et d'autres instruments tranchants. C'est un secret qui nous est totalement inconnu.

Le comte de Caylus examina une de ces haches en France et la jugea de la j)lushauti'anli(iuité, parcequ'elle était semblable aux anciens ouvrages analogues de la Grèce. Ils savaient aussi donner au cuivre un poli qui réfléchissait parfaitement les images des objets et servait de miroir. C'était l'espèce des miroirs communs ; car ceux des femmes de la cour étaient d'argent — lis mêlaient aussi l'or au cuivre el donnaient à ce mêlai mixte une trempe assez dure pour en faire des haches de bon usige. Oviedo nous apprend, dans son Histoire (jénèral<' , que parmi les présents que les Indiens a|tj)ortèrcnt au port Saint-Auloine, il v avait trenie-six haches de métal

porphyre et le marbre qu'on ciselait encore avec tant d'iiabilelé (1 ) ; aux bords de la mer, la pêche des perles les plus brillantes, rappelaient sans nul doute cette civilisation des Gares, qui avaient couvert le monde de leurs colonies. Au souvenir de ces traditions extraordinaires, en face de ces montagnes qui portent le nom de la Limné, par excellence, nous sommes bien souvent tenté de voir là la source de ces légendes mexicaines où Quetzalcohuatl joue un si grand rôle; nous sommes tenté d'y placer cet Orcus de l'Océan et de la terre; ce Mictlan oii ce personnage mythique allait chercher ces os de jade (2), ces pierres si précieuses au point de vue religieux, dont il voulait faire des hommes, de

mêlé (l'or et de cuivre. L'ancien Ulloa dit avoir observé, dans le Journal de Colomb, que lorsqu'il arriva à la terre ferme d'Amérique (ou conlinent}, que certainement il découvrit avant Vespuce, il y avait parmi ces peuples des rasoirs et autres instruments faits de bon cuivre, c'est-à-dire bien trempés. »

(Carli, loc. cit.) « L'art de tremper le cuivre, ajoute l'annotateur, connu des Grecs et des Romains, se conserva en Occident jusqu'à la prise de Constanlinople. » Voyez Art des sièges, par M. Joly de Maizeroy, 1778, page 4. — Je possède plusieurs haches de cuivre mêlé d'or et de bronze, trouvées dans des tombeaux américains, et un masque en bronze admirablement fondu, le seul objet de ce genre qui existe en Europe. Un membre de l'Institut fort distingué, M. Rossignol, a publié Sur les mélaux darisl' anliquilé, etc., un ouvrage remarquable de recherches et d'érudition. Mais il en eûtdoublé l'intérêt, s'il y avaitajoulé quelque chose de l'art métallurgique des Américains, si analogue à celui de l'antiquité classique. Les détails à ce sujet dans les auteurs espagnols sont aussi curieux que nombreux et intéressants. B. de B.

(1) « Les académiciens français et espagnols en virent (des miroirs) chez les Guanches, et l'on ne sait pas s'ils sont de pierre naturelle ou de composition. Ceux de Gallinace (obsidienne) étaient ovales, et quelques-uns avaient même un pied et demi de diamètre. La surface en était concave ou convexe. La Gondamine assure qu'ils étaient aussi bien travaillés que si ces gens avaient eu les instruments les plus parfaits et avaient connu les règles les plus précises de l'optique. La Condamine avait mis un de ces miroir?

d'Inca dans la caisse qu'il envoyait à Paris et qui périt dans le voyage » (Carli, loc. cil.) — '<■ Je suis étonné, ajoute ici l'annotateur, que l'auteur ne nous dise rien de ces miroirs d'un très-beau métal blanc particulier, aussi brillant que l'argent, qui faisaient partie des riches présents queMontézuma envoya la première fois à Gortès. Ils étaient enchâssés en or. Etait - ce du pla- Une ? Gela me para't fort probable.

On savait donc le fondre et le traiter. » (Ibid. loc. cil.)

(2) Alcedo dit quelque part que l'on trouvait le jade vert dans les mines d'argent {Dicc. geogr. hisL).

reculer j usque dans cette terre puissunte des Gares, le Tlopallan^ si longtemps mystérieux et où Quetzalcohuatl avait puisé tous les éléments delà civilisation primitive du Mexique.

Établis au centre des montagnes les plus élevées de l'Amérique, entourés des fleuves gigantesques qui s'en échappent entre les scènes de la nature la plus riche du monde, et qui semblent l'image la plus vraie du paradis terrestre, est-il étonnant que les Gares, quel que soit d'ailleurs leur berceau primitif,' aient pu rayonnerde là vers toutes les régions, dans les dcuv lu'misphères? est-il étonnant qu'ainsi que dans les contrées phlégéennes de l'Asie centrale, il aient eu, les premiei's, le monopole des métaux précieux, et qu'on ait retrouvé encore au xvf siècle, parmi les peuples descendus d'eux, en Amérique, ou parmi lesquels ils se mêlèrent, l'art métallurgique porté à un si haut degré de perfection? peut-on s'étonner, enfin, que ce qui restait d'eux et de leurs institutions, malgré la barbarie relative où ils étaient tombés, depuis leur mélange avec des tribus anthropophages, eût un caractère d'analogie si frappant avec les institutions primitives de l'Asie? Car il est une chose dont on devrait toujours se souvenir, en lisant les histoires de la conquête de l'Amérique; c'est que bien des populations qu'on se représente si souvent comme des nations sauvages, l'étaient bien moins alors qu'on ne saurait se l'imaginer aujourd'hui ^1) : que ce n'est qu'en lisant les relations originales des C(uiquérants qu'on entrevoit la vérité à l'égard de ces nations, dont plusieurs ne sont devenues sauvages et anthropophages même qu'à la suite de la conquête.

Au-dessous des volcans qui continuent à remuer la terre dans ces régions phlégéennes, les populations, de leur côté, continuent (Ticore aujourd'hui à porter leurs hommages au lac d'Iguague, à quatre lieues de Tunja, dans la Nouvelle-Grenade, où la tradition place une des scènes de leur antique cosmogonie. Dans ce lac, qui

(1) Voir le Popol-Vuh, inlrcl., page XXII et suiv.

paraît avoir succédé à un volcan éteint (1), ils adoraient naguère la déesse Bacliué qui. fécondée par son fils, né sans père, était devenue la mère des hommes, et après avoir peuplé le monde, s'était précipitée avec lui dans les eaux du lac, où ils avaient été l'un et l'autre transformés en de gigantesques serpents. Le plateau de Bogota est également entouré de montagnes élevées : le niveau parfait de son sol, sa construction géologique, la forme des rochers de Suha et de Facativa, qui se dressent comme des îlots au milieu des savanes, tout y semble indiquer l'existence d'un ancien lac. La rivière du Funzhà, communément appelée Rio de Bogota, après avoir réuni les eaux de la vallée, s'est frayé un chemin à travers les montagnes situées au sud-ouest de la ville de Santa-Fé, C'est là que la mythologie des Mmjscas ou (Ihibchas place encore une des scènes de ses origines cosmogonjques. Dans les temps les plus reculés, avant que la lune accompagnât la terre, dit la tradition, les habitants du plateau de Bogota vivaient comme des sauvages, nus, sans agriculture, sans lois et sans religion. Alors apparut Bochica^ appelé quelquefois le fils du soleil, d'autres fois identifié lui-même avec cet astre : il était accompagné d'une femme appelée Chia, non moins remarquable par sa beauté que par son extrême méchanceté. Par son art magique, elle fit enfler la rivière de Funzha, dont les eaux inondèrent bientôt toute la vallée. Ce déluge fit périr la plupart des habitants ; quelques-uns seulement s'échappèrent, en se réfugiant au sommet des montagnes voisines. Bochica, irrité, chassa Chia de la terre, et elle devint la lune qui, depuis cette époque, commença à éclairer notre planète. Ayant ensuite pitié des hommes, il brisa par sa puissance la barrière de rochers qui fermaient le plateau, et fit écouler ainsi les eaux en créant la rivière de Funzha (2).

(1) Simon, Noiicias de Tierrafirme, etc., part. II, not. iv, cap. iv. — Ternaiix Compans, Essai su/l'ancien Cundinamarca., page 8.

("2) Simon, loc. cit. — Ternaux, ihid. — Piedrahita, Ilisl. de N.

Granada, lib. I, part, i, cap. 3.

Le temps reculé où la lune n'existait pas encore rappelle la prétention des Arcadiens sur l'anliquilé de leur origine (1). L'astre delanuit est peint comme un cire malfaisant, qui augmente l'iuiniidité sur la terre, tandis que Bocliica, fils du soleil, sèche le sol, protège l'agriculture et devient le bienfaiteur des Muyscas. Ces Muyscas ou Moscaa de la Nouvelle-Grenade, nation métallurge également comme les Tibareni et les Moschici, ces autres alliés des Cariens, dans l'Asie occidentale, adoraient encore Nemodocon, ou A'emm^ofoft, regarde en particulier comme le dieu des orfèvres et des tisserands. C'était lui qui présidait aux orgies, où il apparaissait sous la forme d'un ours, affublé d'un manteau, qui dansait et s'enivrait avec les danseurs. On ne lui offrait jamais de sacrifices, parce qu'il se contentait de la chiclia ou hydromel qu'il buvait dans ces occasions. On le désignait aussi sous le nom de Fo^ le renard (2).

Ce culte et celui de Chia, la lune, se rattachaient encore aux coïiceptions lascives des Gares, à qui toutes ces contrées devaient leur civilisation primitive. Car Chia était la déesse des sortilèges et des amours, souveraine des lieux souterrains, où elle avait ses sanctuaires; c'est pourquoi les dieux ne lui permettaient de paraître que dans les ténèbres ou de nuit. Véritable Hécate, elle était représentée sous la forme d'une chouette, et son culte se célébrait par des danses, mêlées d'orgies licencieuses, ce qu'on retrouve chez les Caras et ensuite chez les nations de la race nahuatl ^3'. Au culte de Chia paraissait se l'apporter celui de Dobayba^ la mère des dieux (4), dont le temple, caché au fond d'une caverne, dans les montagnes les plus âpres du Darien, recé-

(I) Ilumboldt, V^ips des Cordillères, Ole, lomc I, page 89.

{'!) Simon, i\olicius, elc, part. II.

lib. IV, not. 4.

(3) La race nahiuill paraît s'(M,ro cipparcnlée de bùiine heure avec les

Cnras, avec lesquels elle s'identifie en bien des lieux.

(/i) Ilerrera, llisl. grn. de las I/ul occid., diicad. II, lib. I, cap. i, et lib. II, cap. XIV.

lait, disait-on, des richesses prodigieuses ; mais soit que ces richesses n'existassent que dans l'imagination avide des Espagnols, soit que les indigènes eussent réussi à leur en déroher le chemin , il est certain que les conquérants ne parvinrent jamais à le découvrir.

Page 1