CHAPITRE PREMIER
Préambule.
Le Yucatan a été un des derniers pays conquis par les Espagnols sur le continent américain ; il avait été découvert un des premiers, et les Mayas furent les premiers hommes entièrement vêtus et portant les caractères d'une nation véritablement civilisée qu'ils rencontrèrent. Au mois d'août 1502, après une suite de gros temps, Christophe Colomb, naviguant à peu de distance des côtes de Honduras, avait jeté l'ancre en face d'une des îles Guanaco (1), voisine de Roatan, à laquelle il donna le nom de
(1) Guanaco est un mot de la langue haïtienne ; gua est un article démonstratif; naco peut signifier lieu fertile. C'est le nom d'une ville, considérable par son commerce et
sa grande population, qui existait dans le voisinage du golfe Dulce , à peu de distance de la mer, à l'entrée de la montagne de San-Gil, où doivent se trouver ses ruines .
« Isla de los Pinos. » Son frère, Barlolomc Colomb, étant descendu à terre, vit arriver une barque d'un tonnage considéruWe pour ce pays ; car « elle était aussi grande qu'une galère et large de huit pieds, dit la relation » (1). Elle marchait à voiles et à rames, et venait directement du couchant, c'est-à-dire de l'un des ports delà côte du Yucatan, éloignée d'environ trente lieues de là. L'amiral reconnut sans peine un bâtiment marchand : au centre, des nattes tressées avec soin formaient un grand cabanon, abritant à la fois les femmes et les enfants des voyageurs, ainsi que leurs provisions de route et leurs marchandises, sans que ni la pluie ni la mer fussent en état de les endommager.
Les marchandises consistaient en étoffes variées, dediverse? couleurs, en vêtements, en armes, en meubles et en cacao, et l'embarcation était montée par vingt-cinq hommes. A la vue des vaisseaux espagnols, ils n'osèrent ni se défendre ni s'enfuir; on les dirigea sur le navire de l'amiral, en leur faisant signe d'y monter. En prenant l'échelle, les hommes y mirent beaucoup de convenance, serrant les ceintures qui leur servaient de haut-dechausses, et les femmes, en arrivant sur le pont, se couvrirent aussitôt le visage et la gorge de leurs vêtements. Colomb, charmé de cette retenue, qui dénotait une population bien supérieure à toutes celles qu'il avait rencontrées jusque-là dans les Antilles, les traita avec bienveillance, échangea avec eux divers objets de quincaillerie européenne et les renvoya ensuite à leuibarque. Telles furent les premières relations des Espagnols avec les Mayas.
Si Colomb, au lieu d'être si préoccupé en ce moment de la recherche de l'or, s'était enquis de la contrée d'où ces indigènes étaient sortis, il est probable qu'il eût dès lors découvert le Yucatan, et, par suite, les autres régions civilisées où Corlès acquit depuis tant de gloire. Ce fut, toutefois, sur la nouvelle de ses
(1) Herrera, Hisl. Gen. de las //ni. occid. decad. 1, lib. V, cap. v.
découvertes en terre-ferme, que Juan Dîaz de Solis et Vicente Yaùez Pinçon, jaloux de ses succès, firent route quatre ans après dans la même direction. Après avoir navigué à la hauteur des îles Guanaco, ils retournèrent au couchant, en s'enfonçant dans le golfe Amatique, formé par les côtes du Yucatan et celles de Honduras, auquel ils donnèrent le nom de « Baya de la Navidad. » Ils découvrirent au sud les hautes montagnes de Caria (2), qui servent aujourd'hui de frontière entre le Honduras et la république de Guatemala, et à l'ouest la côte basse du Yucatan qu'ils suivirent en partie, en remontant vers le nord, sans se douter de la richesse et de la puissance des Étals qu'ils laissaient derrière eux. Ce ne fut qu'en 1317, que Francisco Hernandez de Gordova découvrit le cap Cotoch et aborda au Yucatan : le caractère particulier des habitants et la grandeur des édifices le remplirent de stupeur, ainsi que ses compagnons. Juan de Grijalva le suivit l'année d'après, et, en 1319, Cortès alla prendre terre aux mêmes lieux, en se rendant au Mexique. Ce ne fut, néanmoins, qu'en 1.527, que Francisco de Montejo tenta la réduction de la péninsule yucatèque. Mais il échoua tristement dans son entreprise; après plusieurs mois d'inutiles efforts, il se vit contraint de se retirer devant les hostilités croissantes des Mayas, dont l'énergie triompha cette fois de la supériorité européenne. Ayant abandonné le Yucatan en 1532, il y retourna quelques années après, précédé de son fils aîné, à qui l'Espagne fut redevable de la conquête définitive de cette contrée.
(l)Herrera, Hisl. Gen. decad. 1, lib. VI, cap. VII. Les montagnes de Caria sont celles qui s'appellent aujourd'hui el Gallinero, qui s'élèvent entre les Uanos de Santa-Rosa et la vallée de Gopan. Le nom de Caria que leur donne Herrera leur
vient des Gares, nation puissante entre celles que l'on appela depuis Choies et dont Copan paraîtrait avoir été la capitale. Leur nom se retrouve encore aujourd'hui dans le mont Cari et dans quelques petites localités au nord-ouest de Copan.