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» terre s'obscurcit et une pluie ténébreuse commença, pluie de
» jour, pluie de nuit et il se faisait un grand bruit de feu au-
» dessus de leurs têtes.... Alors on vit les hommes courir, en se ') poussant, remplis de désespoir : ils voulaient monter sur les » maisons, et les maisons s'écroulant, les faisaient tomber à » terre; ils voulaient monter sur les arbres, et les arbres les » secouaient loin d'eux; ils voulaient entrer dans les grottes, etles » grottes se fermaient devant eux. » Dans le Codex Chimalpopoca, l'auteur parlant delà destruction qui eut lieu par le feu, dit : <( Le » troisième soleil est appelé Quia-Tonatiuh^ soleil de pluie, parce » qu'alors survint une pluie àe ïan : tout ce qui existait brûla, et » il tomba une pluie de pierre de grès.On raconte que, tandis que » le grès que nous voyons actuellement se répandait, et que le )) tetzontU (amygdaloïde poreuse) bouillonnait avec un grand )) fracas, alors aussi se soulevèrent les rochers de couleur ver- » meille ^1). Or, c'étail en l'année Ce Tecpatl^ Un Silex; c'était » \q ']0ViV Nahui-Qmaludt l ^ Quatre-Pluie. Or, en ce jour où les » hommes furent perdus et entraînés dans une pluie de feu, ils » furent changés en oisons ; le soleil même brûla et tout se con- » suma avec les maisons (2). » A la suite du cataclysme, occasionné par les eaux, l'auteur du Codex Chimalpopoca nous
(1) Le telzonlli est une amygdaloïde poreuse qui a servi à bàlir la plupart des édifices de Mexico. Suivant Bustamante, le commentateur de Sahagun, ce seraient les petit?
volcans qui environnent au sud-est la vallée de Mexico , qui auraient formé le telzonlli, et le Quauhnexac, dit volcan d'Axuzco, suivant Betancurt( refl//'0 Mcxicano, pari. l, trat. 2, cap. iv) , appuyé sur les traditions de quelques Indiens, aurait donné naissance à la célèbre couche de lave, appelée el Pedregal de San-Augusiin et vomi les vastes torrents de lave qui s'étendent jusqu'à Acapulco.
(2) Le texte ajoute ailleurs, dans le
même document, que tous les seigneurs périrent dans cette circonstance. Une preuve singulière de l'existence des villes antiques, ensevelies alors sous la lave, se trouva au Podrogal de San-Augustin, ainsi nommé de la ville de ce nom, auprès de Mexico : car, de dessous la lave qui l'entoure, sort un large ruisseau qui roule avec ses eaux des débris de poteries antiques , provenant indubitablement des habitations, ensevelies sous les masses de laves qui coulèrent dans la vallée. Combien d'IIerculanum et de Pompeii ont été recouverts des laves des volcans mexicains!
montre dans J'hisloirc des soleils, des phénomènes célestes effrayants, suivis, à deux reprises, de ténèbres qui couvrent la face de la terre, une fois mémo durant l'espace de vingl-cinq ans (1).
Ces traditions extraordinaires ne nous autorisent que trop à conclure de la réalité des convulsions éprouvées par la nature américaine et si vivement représentées dans le tableau des soleils ou époques des livres mexicains : nous y trouvons la preuve des désordres qui bouleversèrent ce continent et peut-être aussi celui où nous vivons, non-seulement au temps même de ces catastrophes, mais encore durant les années qui les précédèrent ouïes suivirent. Bien des choses laisseraient supposer même que l'ordre des saisons fut altéré à cette époque. Les astronomes et les géologues que ces matières regardent plus que nous, s'étendront, s'ils le jugent à propos, sur les causes qui ont pu produire le dérangement du jour et couvrir la terre de ténèbres; ils nous diront, peut-être, envoyant avec quelle précision certains documents historiques racontent les détails de ces révolutions, de quelle manière elles ont pu se réaliser.
Quelle qu'en ait été l'occasion, nous pouvons, sans craindre de nous tromper, attribuer une partie considérable de ces désastres à la mer irritée et sortie de ses bornes ordinaires, à la suite de quelque commotion intérieure. Les forces qui produisent actuellement ce balancement tempéré et si providentiellement réglé de l'Océan, ces forces, augmentées ou dérangées, ont pu suffire pour submerger le continent et détruire en un clin d'oeil les nations qui en occupaient les régions inférieures. Toutes ces mers ont pu être ensuite ramenées momentanément dans leurs bassins, pour être reportées de nouveau sur les terres à qui elles ont livré des assauts réitérés. C'est ainsi que les eaux ont pu
(I) Ce fait est mentionné dans le Codex Chimalpopoca et dans la plupart des traditions du Mexique.
changer la surface de l'Amérique, former de nouvelles vallées, déchirer des chaînes de montagnes, creuser de nouveaux golfes, renverser les anciennes hauteurs, en élever de nouvelles et couvrir les ruines du continent primitif de sable, de fange et d'autres substances que leur agitation extraordinaire les mettait en état de charrier. C'est en quoi les traditions historiques sont d'accord avec les monuments de la nature dans ces contrées.