LA L
Le chemin de la croix est terminé, l’église évacuée... La foule stationne sur la place et commente les paroles du curé... Soudain arrive une nouvelle qui se répand comme une traînée de poudre : l’ivrogne sorti de l’église avant le chemin de la croix a été frappé de mort subite... Terreur
et stupéfaction... les hommes pâlissent, les femmes joignent les mains, quelques-unes se trouvent mal....
La nouvelle n’est que trop véridique. A peine l’ivrogne mettait-il les pieds dans sa maison, où étaient restés quelques membres de la famille, qu’il s’écriait : “ La poitrine m’ouvre ! la poitrine m'ouvre ! bandez-moi la poitrine !... ” Il s’étreint avec une rage folle ; il se roule par terre, blasphémant et hurlant : la poitrine m’ouvre !... 11 mourait en un instant.
Le misérable avait fui la miséricorde de Dieu qui le v ulait à l’église, il avait rencontré, chez lui, sa justice qui l’y attendait, prompte, implacable, pour sanctionner le sermon.
FT
Bravo, le fils ! bravo, le père!
Huit jours durant le missionnaire a donné une belle’ retraite de tempérance. Presque tout le monde va prendre la croix, renoncer à boire... et le père Boisdur s’obstine à faire bande à part. La famille est désolée,
Ce n’est pourtant pas que le père Boisdur n’ait pas besoin de la tempérance.
Il en a bien besoin au contraire, et C’est précisément ce qui désole sa famille, et en particulier l’aîné des garçons, Henri, brave jeune ho: : ne de 24 ans, .
Il ne crache pas sur un verre de boisson, le père Boisdur. Disons-le tout court : c’est un vieil ivrogne. Sa femme ne le sait que trop, et la paroisse également. Lui aussi en convient parfois. Maïs ce qu’il aime boire ! C’est une passion, une obsession...
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Aussi, depuis que la retraite est commencée, il est sombre, ne parle presque pas... Il suit assidûment les exercices pieux, et ne manque pas un sermon.
I1 voudrait bien ne plus boire, c’est ce qui l’attire à l’église, mais il veut pas sincèrement, c’est ce qui le rend sombre et va, hélas ! l'empêcher de prendre la croix.
Non, il ne la prendra pas, malgré les lumières reçues, malgré les chaleureuses invitations tombées des lèvres du missionnaire.
Il ne la prendra pas ; il reviendra chez lui sr1s y apporter cette croix de bois noire, à l’encontre de tous les braves gens de la paroisse et de bien des ivrognes, ses camarades.
Penser qu’il n’a pas eu envie de la prendre serait se tromper.
Quand il vit tous les hommes de la paroisse quitter leurs places, monter au sanctuaire en une interminable procession, et redescendre fièrement armés de la croix... oh ! ce qu’il brûla d’envie de se joindre à eux !... Blotti dans un coin pour n'être pas remarqué, le cœur lui battait à ge rompre. Le visage tourmenté par des sentiments contraires, ‘l eût une fois un mouvement en avant... Il se ressaisit aussitôt...
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“ Père, ‘’apporte la croix à la maison. C’est vous qui auriez dû aller la chercher, vous le chef de la famille. Je n’ai pas voulu qu’il soit dit que la famille aura fermé sa porte à la croix ; c’est pourquoi je suis allé la chercher à votre place. Elle va régner dans la maison cette croix, et avec elle la tempérance. ”
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C’est Henri qui parle de la sorte, en tendant la croix qu’il apporte.
Le père baissa la tête sans dire mot. La croix fut accrochée au mur...
Le père Boisdur n'avait rien répondu aux nobles paroles de son fils, mais il était resté rêveur...
Ou > vit besr.coup moins souvent à Pauberge.
Il ne s’enivra plus jusqu'aux fêtes qui approchaient. Comment allait:il passer les fêtes ? Grave question pour la famille,
Le matin du jour de lan, la famille reçut la bénédiction paternelle, puis l’aîné prit de nouveau la parole :
“Père, la croix est dans la maison. Je l'ai prise, moi l’aîné, au nom de la famille, Je désire donc qu’aujourd’hui il n'entre pas une seule Soutte de boisson chez nous. ”
Ce fut tout. Mais ce fut assez. Il n’entra pas une seule goutte de boisson ce jour-là chez le père Boisdur. Mais celui-ci ?...
Eh ! il pleura comme un enfant, n’accepta nulle part le verre du jour de l'an, revint chez lui parfaitement sobre, s'agenouilla avec sa famille au pied de la croix, à laquelle il jura d’être toujours fidèle, et reprit le sceptre qu’il avait laissé porter par l’aîné.
Bravo le fils ! Bravo le père !
La croix des Martin
Le père Jérôme Martin vient de rendre le dernier soupir. Il est mort dans la paix du Seigneur, Comme il avait vécu ; mort dans l’assurance calme d’une vie meilleure — mort les lèvres collées à sa croix de tempérance.
Ce fut très touchant. Quand il sentit que sa fin approchaït, le vieillard fit décrocher de la muraille sa croix noire, et la fit déposer sur sa poitrine. Ses bras d’agonisant la pressèrent avec amour, et quand ses mains trop faibles furent devenues incapables de la soulever aux lèvres, alors la fidèle compagne de sa vie lui rendit ce suprême service,
Le père Jérôme Martin est mort, consolé, mais aussi emportant dans son cœur un immense chagrin. Sa croix noire n'aura pas d’héritier, parce que son fils Mathias, l’aîné et l'héritier de la terre ancestrale, de l'antique maison des Martin, en Pierres roulées, au toit pointu flanqué de larges cheminées — une maison “du temps des Français ”, Mathias n’a Pas pris la tempérance. C’est un buveur. La croix de bois sera mise en terre avec le corps du père Martin. Il semble au moribond que c’est lenfouissement de son nom, de sa
famille, de sa postérité, Au cimetière, le prêtre ne remettra pas la croix familiale à l'aîné des Martin, et celui-ci ne la rapportera pas dans la vieille demeure. Décrochée du mur pour aider le moribond à mourir, elle ira pourrir avec lui en terre, et désormais les murs de la vieille maison seront veufs de la croix ancestrale, qui y trônait depuis un grand demi siècle. ET
Et comme il allait mourir le père Jérôme Martin avait levé vers Mathias ses Jeux vitreux qui suppliaient et qui reprochaient, tandis que ses mains voulaient — mais en vain — soulever vers le fils la croix de bois noire... Lt devant l’impuissance de son effort, et devant. l’inutilité de ses regards suppliants de moribond, sur les joues creuses et exsangues du vieillard avaient roulé deux larmes...
Pr's un râle — des soupirs espacés — un dernier soupir... et le père Jérôme Martin était mort... L2 LE)
Sous le ciel bleu, dans la lumière qui de minute en minute vibre plus fort en ce matin d’août, par le rang des Saules, lentement s’avance le cortège funèbre.
Très simple le cortège.
En tête le corbillard ; couchée sur le cercueil ia croix noire ; puis les deux voitures des parents, et celles très nombreuses des habitants des Suules et des rangs voisins. Car le père Martin était estimé de tout le voisinage.
HISTOIRES LE TÉMPÉRANCE 117
Chaque côté de la route, derrière les clôtures de Perches, les moissons mûres inclinent leur tête vers le corbillard comme Pour saluer le père Jé. rôme Martin,
“Ah! père Jérôme Martin, nous avions rêvé d’être moissonnées Par toi... Finie votre blonde Prospérité... car le fils Martin boit... »
La poussière s'envole autour du corbillard, et, se Collant aux vitres Pour regarder... aperçoit le cercueil...
“ Ah ! père Martin, le chemin poudreux te connaissait bien, Pour la dernière fois depuis quatrevingts ans tu Passes par ici... Le fils Mathias n’y Passera pas longtemps, car il boit...”
La campagne bourdonne éperdument du chant des insectes, assourdi par le sol mat... Comme le cortège passe les grillons se taisent à demi, et au fin sommet des brins d’herbe grimpés curieusement regardent...
“Tiens, le père Jérôme Martin. Ah! père Martin, tu ne nous apeurais point quand tu passais Au pas de ta vieille jument. Mais le fils Martin, lui, ce ne sera pas la même chose... Car il boit. ”
Dans les prairies s’élèvent de minces filets de Vapeur. L’œil suit leur ascension... et brusquement, à quelques pieds du sol, le soleil les happe, et le regard monte en vain cherchant le mince filet... Et la Vapeur légère semble dire au père Jérôme Martin :
“ Père Martin, voilà donc que tu disparais toi aussi, happé par la mort... Si le fils pouvait
118 F” JIRES DE TEMPÉRANCE
vivre aussi longtemps que le père... Mais, hélas ! il boit...”
A l’église,
La cérémonie funèbre se déroule, lente et triste,
Après les prières chantées dans le vestibule du temple saint, l'entrée du cortège.
Hélas ! Mathias ne précède pas le cercueil, la croix en main...
Le prêtre, après les prières, a tendu la croix à Mathias — et celui-ci s’est détourné pour ne pas voir, tandis que les assistants lui jetaient des regards affligés.
— “ Voyons, M:thias, dit le voisin de terre, un patriarche comme son défunt ami le père Martin, vas-tu faire cet affront à la croix?... tu n’as pas peur ?...
Mais le fils Martin s’est détourné pour ne pas répondre...
La m. ;se,
Sous la voûte de la vieille église les chantres martèlent ies chants funèbres... Le Requiem, le Dies iræ avec ses notes sombres, ses cris suppliants, ses accents de confiance — qui tombent sur le cercueil comme les regrets et les prières de tous...
Mathias, la tête dans ses mains, cache sa douleur, et peut-être ses remorüs. Il aimait bien son vieux père, et puis les sanglots de sa pauvre
vieille mère qui pleure à ses côtés lui vont au cœur...
Il cache sa douleur et peut-être ses remords,
Mais aussi il réfléchit. Parfois ses mains s'entrouvent, et ses yeux vont se fixer sur le cercueil, sur la croix qui dessus repose et tend ses bras...
Evidemment un combat violent se livre en l’âme de Mathias.
Ce combat, vers la fin de la messe et au chant de l’absoute, est trop évident pour qu’il échappe aux regards du curé qui officie. Les yeux du prêtre cherchent les yeux du fils Martin pour y glisser un encouragement — et cette fois Mathias ne détourne pas ses yeux pour ne point voir...
L’absoute est terminée, les porteurs s’avancent pour enlever le cercueil,
En cet instant suprême se produit un incident d’une émotion poignante.
Mathias, dans un effort violent sur ses hésitations, s’avance — non, se précipite vers le prêtre, tombe à genoux, et dans un sanglot s'écrie :
“Donnez-moi la croix ! je prends la croix !”
Et devant la foule témoin de ce spectacle émouvant, le prêtre, avec des larmes dans les yeux, prend sur le cercueil la croix et la remet au fils Martin.
La croix alla au cimetière, mais portée par le fils, en tête du cortège, et elle en revint pour continuer à trôner dans l'antique demeure des Martin, en pierres roulées, au toit pointu flanqué de larges cheminées, la demeure ancestrale des Martin, — une maison “ du temps des Français, ”
... Et Mathias Martin ne boit plus.
Sn LOUE
«Rapport aux enfants...
Prrrendre la tempérance.., lui, Boistreau.., ? Ah, mais non ! mais non !! mais non !!1!...
Boire un peu moins... passe, Ça, Boistreau le veut bien. D’aborà, boire Ça coûte cher. Voyons, Calculons un peu... 10 cents le matin, 10 cents le soir, une bouteille le samedi, quelques tournées Par ci par là..,, 10 + 10 = 20... 20 x T = 81.40. $1.40 + $1.00 — 82.40... la traite... hum... met. tons 60 cents par semaine... 82.40 + 0.60 — $3.60. +..$3.00 par semaine... Bigre ! $3.00 X 52 — 8156.00... cexr CINQUANTE SIX PIASTRES par année !.., Potusse verte ! j'ai bien fait de calculer... Oui, c’est trop Pour mes reins. Entendu, je vais surveiller ce chapitre...
Mais prendre Ja tempérance. .. c’est-à-dire se refuser désormais un petit coup quand il en aura le goût... renoncer aux joyeuses tournées à l’h0tel... n’y plus mettre les pieds... C’est crispant ce que le missionnaire demande là. + Est-ce que par hasard l'hôtel serait devenu le vestibule de l'enfer ?... Mille noms d’un chien ! Boistreau est libre ; il ira à l’hôtel quand il lui plaira... On est homme ou on ne l’est pas, que diable !...
Prrrendre la tempérance.... C’est bon pour Chose, qui est toujours saoûl, et pour Machin, qui se tue à boire... Mais lui, Boistreau ? Pour qui le prend-on ?... Tiens, Pour un ivrogne, parbleu.….. Puisque la tempérance c’est pour les ivrognes. ..
Et cette bonne blague du missionnaire: Prendre la tempérance pour donner l'exemple... Tiens, Pourquoi pas aller à la messe de six heures tous les jours et communier sept jours par semaine... pour donner l’exemple... Et avec Ça, à qui veuton qu’il le donne l'exemple ?... Aux ivrognes... videmment... les buveurs d’eau et de thé n’ont pas besoin d'exemple,
Or lui, Boistreau, dirait à Chose : Chose, regarde-moi.., tu sais, je pose pour l'exemple... je ne bois plus que du thé et de l’eau claire... tu vas faire comme moi, hein ?... Non, voyez-vous d’ici la scène... “T'es fou, Boistreau... En tout cas, moi j'aime mieux le whisky. Pose pour d’autres...”
Blague à part, est-ce qu’il ne le donne vas l’exemple, lui Boistreau ?.. + Que chacun fasse seulement comme lui... un petit coup de temps à autre... sans se déranger... et il 2’y aura plus d’ivrognes... Il donne l'exemple de la modération... qu’on fasse comine lui. =
Et puis, le voit-on, lui Boistreau, se ficher devant la paroisse... aller chercher la croix dans le sanctuaire... dans le sanctuaire ! 1... le point de mire de tous les yeux de femmes de la paroisse !.…
HISTOIRES DE TEMPÉRAN 5; 12#
— Tiens, il veut faire mentir son ‘\iu.
-.. Poison de femmes !... Non, vous n'aurez Pas Boistreau dans votre horizon visuel dimanche soir. ...
Ces réflexions, Boistreau leg rumine en rega- 8nant son domicile après un sermon de la retraite de tempérance,
Le sermon lui a donné sur les nerfs !.., À tra. vers la maison Boistreau marche énervé, mau-
moire,.. pour l’annihiler.
La femme, les enfants, n’abordez Pas votre seigneur et père... je vous dis ça rapport à son humeur, qui est Massacrante...
Et toi, mon petit Jules, si tu veux m’en croire, tu vas attendre à demain pour demander à papa
C'est qu'il a quelque chose à demander à son Papa, le petit Jules. I1 à entendu le sermon, lui aussi, et tout À Coup, comme Ça, il lui est venu en tête une grande lumière... Oui, il va demander £a à père, et père, pour sûr, va dire oui... Comment pourrait-il] dire non ?.., Si c'était Alfred ou Hélène encore. ** Mais à lui... Jules. + SOn père bien sûr va dire OUI...
C’est que Jules est le chéri à Papa... et il le sait bien le gamin... Son Jules, son Jules! connme il l’aime Boistreau !... Comme il est fier de ses Succès à l’école des chers Frères !... Et quand,
chaque soir, la petite main de l’enfant se cache, pleine de bons points, dans sa large main à lui Boistreau... ah, quel bonheur !...
Mais ce soir... non, Jules, écoute-moi... attends à demain...
Mais allez donc imposer, à un enfant, une nuit d’attente entre un désir et sa réalisation !...
—- Papa, voulez-vous prendre la tempérance ?...
— Qu'est-ce que tu me chantes là, toi... mêletoi de tes affaires !
Je te l’avais bien dit, petit Jules... attends donc à demain...
Durant quelques minutes, Jules... se mêla de ses affaires. Mais c’est ce soir qu’il veut la réponse de papa.
— Père, voulez-vous prendre la tempérance
— Jules, veux-tu avoir la volée ?...
Voyons, Jules, il me ferait tant de peine que ton père te donnât la volée... attends à demain...
Mais est-il entêté ce gamin !... Le voilà qui retourne à la charge. Cette fois il sort ses grands jeux. Il y a certains mots et certaines caresses que l'enfant sait être irrésistibles auprès de.son père...
— Petit père...
— Encore toi... Voyons, qu'est-ce que tu veux?
— Petit père —et Jules se colle à son père assis, ses deux menottes caressant le rude visage...
— Allons, chéri, dis ce que tu veux... je suis pressé. $
— Petit père, dis, tu m’aimes bien, n’est-ce pas ?
— Mais oui, je t'aime bien. .…
— Moi aussi je t'aime bien, petit père... Voulez-vous prendre la tempérance ?...
— Tu m’exaspères..,. Enfin, dis-moi pourquoi tu y tiens tant.
— J’ai pensé comme Sa, en entendant le sermon ce soir, que tu devrais donner l'exemple...
L’EXEMPLE !°... Boistreau se l'était joliment démoli l'argument de l'exemple... Voyons toujours...
— Comment ça, l'exemple...
— Mais oui, papa, tu ne vois pas ?... C’est Pourtant bien simple... Le missionnaire il a dit que les enfants ils sont exposés à devenir des ivrognes quand ils seront grands... Moi je ne veux pas devenir un vilain ivrogne... Je me suis dit : Si petit père il mourait sans avoir pris la tempérance, moi je n'aurai pas envie de la prendre, et je deviendrai un vilain ivrogne.…. Mais si petit père il prend la tempérance, Jules aussi il la prendra, et si petit père il mourait, Jules ne voudrait jamais prendre de boisson, pour faire comme son Papa, qui avait pris la tempérance...
On a beau s’appeler Boistreau, être homme, que diable ! avoir fait un massacre d'arguments. . s’être juré de ne pas se ficher dans l’horizon visuel de Mdes Pointu et compagnie... tous les raisonnements et toutes les résolutions fondent comme cire au soleil devant un argument comme celui-là,
douillettement enveloppé de “ petit père” et de caresses en veux-tu en voilà...
Son Jules un ivrogne !...
Dans une vision subite et d’une acuité effroyable,‘ Boistreau voit un jeune homme de vingt ans... débauché... roulant de buvette en buvette... le blasphème plein les dents... ignoble de gestes... l’insultant, lui, Boistreau.
C’est son fils, son Jules!
Alors, les yeux pleins d’éclairs, et sauvage d’énergie, le père saisit son enfant... il le serre éperdument contre sa poitrine... comme pour le défendre contre l’ennemi.…..
L'exemple, l'exemple... Ah ! il comprend que Chose et Machin ne sont pas les seuls qui en aient besoin... Ii y a aussi ses enfants, son Jules...
Une larme perla aux cils de Boistreau, et comme il dépose par terre l'enfant :
— Mon chéri, tu ne seras jamais un vilain ivrogne. Ton père va te donner l'exemple. Demain il ira chercher la croix de tempérance,
Et voilà comment, le lendemain soir, dimanche, Boistreau, rayonnant de fierté et d’âpre courage, entrait dans le sanctuaire et s’armait de la croix noire...
— Madame Pointu, regardez donc M. Boistreau qui va prendre la croix.
— Eh bien, mon mari aussi la prend... rapport aux enfants, que je lui ai dit...