Cf. supra, 1. IV, ch. i. B. b,t'n fine
138 SAINT THOMAS d'aQUIN.
Ajoutons que cette profonde remarque de saint Thomas cidessus notée, à savoir que la mémoire sensible est liée au sentiment de l'utile et du nuisible, de la chose à faire ou à éviter, peut servir d'amorce à ce qu'il y a de vérité dans les théories de la mémoire fondées sur le pragmatisme.
Telle est l'idée que saint Thomas se fait de la connaissance sensible. Le découpage fonctionnel et les essais de localisations cérébrales ne lui font pas oublier l'unité profonde des phénomènes généraux de la vie sensible. L'imagination, la mémoire, les sens particuliers et le sens commun en ses rôles spéciaux à leur égard, tout cela dépend d'un pouvoir de sensibilité générale qui est aux manifestations de la vie sensible ce qu'est la puissance assimila trice à lanutrition, à la croissance et au pouvoir générateur1. D'autre part, saint Thomas serait le premier à convenir que sa classification des pouvoirs sensibles est surtout schématique, et par conséquent provisoire ; qu'elle répond avant tout aux données de sens commun et laisse place à de plus savantes, sinon plus profondes recherches.
Prolégomènes à toute explication scientifique des phénomènes de la sensibilité générale ou particulière : voilà comment, peut-être, on pourrait intituler les déterminations qui précèdent.
Il faut aller plus loin.
L'élaboration des données sensibles par le travail interne ainsi décrit est le tout de l'animal ; mais elle est dépassée chez l'homme. Il est de fait que celui-ci, en possession de X expérience, s'élève jusqu'à Vidée, c'est-à-dire jusqu'à une considération universelle applicable à tous les cas du même genre. Là est pour lui le principe de la science et de l'art ; de l'art, s'il s'agit de faire; de la science, s'il s'agit de ce qui est2. Mais pour que cette transformation de l'expérience soit possible, il faut en supposer dans l'âme le pouvoir. Il y a