‹ S. Thomas d'AquinChapitre 107 sur 256 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'objet propre de l'intelligence, ce sont les essences matérielles. En ces deux mots, le thomisme s'établit entre deux extrêmes presque également redoutables : le spiritualisme issu de Platon, et le sensualisme matérialiste.

L'essence est un objet à part, étant un aspect du réel qui abstrait de ses conditions sensibles. Par ailleurs, il n'y a d'essences accessibles pour nous que celles qui viennent à nous par le chemin des sens : Nil inintellectuquin prius fuerit in sensu. Cette double observation placera saint Thomas sur un terrain dont ne pourront le déloger ni le sens critique développé, ni les progrès de la psychologie expérimentale, alors que tel spiritualisme excessif compromettra la cause du véritable, et lui aliénera pour longtemps la science.

L'essence est, par elle-même, hors l'espace et le temps. Elle y est descendue, en ce qui concerne les êtres objets de l'expérience, par ce que nous avons appelé Yindividuation, et nous avons noté ses temps de chute1. La connaissance intellectuelle consiste à retrouver ce point de départ; à remonter de l'idée réalisée à l'idée de réalisalion, de la maison au plan, de la chose d'art que représente la nature à l'art selon lequel la nature la crée, la dirige et la pousse vers son terme. Concepts universels, jugements obtenus par combinaisons de ces concepts, démonstrations procé-

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