‹ S. Thomas d'AquinChapitre 132 sur 256 · Q. X, De Verii., art · texte numérisé non relu

Q. X, De Verii., art

i/lNTELLIGKNCE. 171

le pli mieux encore que ne le font nos puissances sensibles. Il paraît peu probable {non videtur probabile1) que le devenir spirituel aboutisse à un produit ontologique moins stable que ne sont les images matérielles. Celles-ci se conservent, au milieu du flux incessant dont l'organe animé est le siège : a fortiori la forme d'être obtenue par l'évolution connaissante doit-elle rester acquise, quitte à requérir, pour son emploi, les conditions organiques reconnues universellement nécessaires. Souvenons-nous que connaître, c'est être, à savoir être autrui, et ce, par une addition d'acte, l'acte du connu se greffant sur l'actualité antérieure du sujet. Or, entre la pure puissance à être autrui et la jouissance actuelle de cet enrichissement d'être, il y a place pour Yacte premier qu'est l'idée acquise, non encore vécue, état d'un être formé inconsciemment selon autrui (informatus) et prêt à en prendre conscience dès que seront réalisées les conditions, imposées à la connaissance actuelle.

Il semble donc {videtur 2) que toute idée acquise se conserve au trésor de l'âme, et sans doute indéfiniment, jusque dans l'autre vie, où pourtant leur utilité est relative3.

Mais ce n'est pas cela qu'on appelle proprement la mémoire. Celle-ci a rapport au passé comme passé. Nous nous souvenons de telle chose, sous telles déterminations de temps et de circonstances que le temps mesure. Penser k une chose sans y inclure cette condition de distance temporelle, alors même qu'on y penserait pour la seconde fois ou pour la troisième, ce ne serait pas se souvenir. Or le temps est le nombre du mouvement, qui est une condition des choses matérielles. L'idée n'ayant rapport qu'à

Page 1