‹ S. Thomas d'AquinChapitre 145 sur 256 · Cf. supra, 1. V, ch. ni. A · texte numérisé non relu

Cf. supra, 1. V, ch. ni. A

186 SAINT THOMAS d'aQUIN.

pouvoir. D'un autre côté, l'objet propre du sens est engagé dans une série de conditions qui le dépassent. Fonctionnant bien à l'égard de ce qui le concerne proprement, il laisse une marge à l'erreur pour le reste. On dira que cette erreur ne lui est pas réellement imputable; toujours est-il qu'il en est l'occasion. S'il s'agit de l'intellect, dont l'objet propre est l'être universel, et dont la constitution n'en est pas une, puisqu'il est substance simple, aucune de ces limites n'intervient. Dire que l'intellect conçoit une essence et dire qu'il la conçoit bien, ce sera donc la même chose. Ou, si l'on veut, le bien n'a ici aucune signification, puisque la solution est donnée dans ses termes, et qu'elle n'a point de variables.

Une erreur ne pourra s'introduire ici qu'à propos de circonstances étrangères à l'essence; comme si l'essence entre en composition, que ce soit avec un sujet, que ce soit avec une autre essence. Dans les deux cas, il y a jugement. Exemple : Pie ire est un homme ; l'homme est un animal raisonnable. Que si l'on veut s'en tenir à une composition où n'intervienne pas l'être, comme dans ces énoncés : Pierre-homme; homme-animal raisonnable, on a bien des essences complexes; mais leur complexité n'est que matérielle ; au point de vue de l'acte intellectuel, il y a là une unité, et nous restons, au sujet de la vérité ou de l'erreur, dans le cas de l'essence incomplexe. Il suit de là qu'une définition ne peut être vraie ou fausse que par rapport au jugement qu'elle implique, soit qu'on parle du jugement qui rattache la définition au défini, soit qu'il s'agisse du jugement implicite que peuvent comporter les liaisons incluses dans la définition elle-même. Une définition dont les parties ne sont pas cohérentes, telle celle-ci : animal-insensible, est une fausse définition. Une définition cohérente en soi, mais appliquée à un sujet qui ne la comporte point est une définition fausse. Mais ces appellations n'auront cours que dans le cas où un jugement explicite ou implicite prétend cohérente la définition qui n'est

pas cohérente; bien appliquée, la définition qui l'est mal. Car si Ton ne fait qu'énoncer : animal-insensible, arbreanimal-raisonnable, cela n'est ni vrai ni faux; cela peut servir au vrai et au faux, puisqu'on peut dire : Animalinsensible est une insanité, et que cela est vrai; comme au contraire l'approbation, dans le sens de possibilité ou de réalité, impliquerait une erreur1.

On voit que c'est toujours Mètre, qui se trouve l'arbitre du vrai et du faux; ce n'est point l'essence comme telle, alors môme qu'il s'agit d'une essence. Tant qu'il n'y a lieu que d'appréhender, l'esprit est infaillible, et il serait inconcevable qu'il ne le fût point, son travail n'étant alors conditionné par rien, si ce n'est par sa propre nature. Tout ce qui se présente à nous en forme d'images, l'esprit, spontanément, le transpose en concepts. Entre l'image et le concept, il y a sans doute diversité de nature subjective, puisqu'il s'agit là de deux mondes transcendants l'un à l'autre : celui de la matière, celui de l'esprit; mais il y a identité formelle2. Puisqu'il ne s'agit que de celle-ci pour la connaissance, on ne voit pas ce que pourrait, en ce cas, signifier l'erreur.

Il en résultera que plus une proposition ressemblera à une appréhension simple, plus elle offrira à l'esprit de sécurité, et de là vient la ferme certitude des principes.

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