CHAPITRE III
Que l'homme soit libre en fait, saint Thomas philosophe en doute si peu qu'il veut mettre hors la science [inter extraneas philosophiae opiniones) les solutions déterministes. Elles détruisent, en effet, dit-il, les principes de la philosophie morale, comme ceux qui disent : Il n'y a: pas de mouvement, détruisent les principes de la philosophie naturelle. Ce sont là positions étrangères à toute philosophie (positiones extraheae), et l'on ne peut leur attribuer que deux sources : soit une certaine audace de mauvais aloi (proterviaj, soit l'impression de sophismes qu'oit n'a pas su résoudre1.
L'introspection directe suffit-elle à prouver le libre arbitre, saint Thomas semble parfois le prétendre ; mais ses rares paroles en ce sens sont abréviatives ; elles signifient non pas : le libre arbitre est évident ; mais : le libre arbitre est inclus dans des évidences. Aristote, lui non plus, n'avait pas recouru, pour établir le libre arbitre, à une prétendue évidence du moi; il invoquait en sa faveur le sentiment individuel et social de la responsabilité, le fait universel de la louange et du blâme. Saint Thomas y ajoute la foi. Quant à ce qu'il appelle evidems ratio, c'est une systématisation, en fonction de sa doctrine générale. Celle-ci admise, on ne manque plus de raisons en faveur du libre arbitre; mais on voit de reste qu'il ne.