‹ S. Thomas d'AquinChapitre 181 sur 256 · Q. II, De Virlut., art · texte numérisé non relu

Q. II, De Virlut., art

2 Duns Scot semble verser dans ce travers d'une façon bien étrange. Il prétend (II Sent., dist. VI, q. I, ad arg. 2 et 3, et Quodl., q. XVII) que la volonté a de quoi discuter un choix sans faire appel à l'intelligence, et il appuie son dire fort subtilement (uti solet) sur une théorie chère à son adversaire. Saint Thomas dit sans cesse que le rationnel a sa source dans l'immatériel; que dans la mesure où l'on est immatériel, dans cette mesure on participe la raison. Or, ajoute Scot, la volonté n'est pas moins immatérielle que l'intelligence; elle peut donc, elle aussi, jouir des attributs de la raison. Etrange façon, en vérité, d'user de sa propre raison! La volonté n'est à vrai dire ni matérielle ni immatérielle, puisqu'elle n'est pas, si ce n'est en tant que pouvoir. Ce qui est, comme sujet, et ce qui est immatériel, c'est l'âme, qui à cause de cela est douée de raison, et qui, parce quelle tend à son bien ainsi que tout être, y tend selon la raison. Rendre raisonnable la volonté ou volon-

ligence et la volonté ne sont pas deux êtres, ce sont deux pouvoirs, et deux pouvoirs en dépendance l'un de l'autre. La volonté est dans la raison (voluntas est in ratione *) : quand elle fonctionne, c'est que la raison a dit oui; quand elle choisit, c'est que la raison a guidé le choix. Au moment ultime où il s'agit pour l'homme de se donner à l'acte, sa raison et sa volonté sont toujours d'accord : Judicium de hoc particalari operabili ut nunc, nunquam potest esse contrarium appetitui 2. Aristote avait dit déjà en sa manière géniale et ultra abstraite : « Quand de l'universel et du singulier il se fait en nous une unité, il est fatal que, dans l'ordre scientifique, la conclusion suive, et, dans l'ordre pratique, l'action 3. »

Mais alors, la difficulté demeure. Ce que nous avons dit en contient déjà la solution; mais il faut le faire voir, et pour cela, il devient nécessaire d'étudier de plus près le fonctionnement volontaire, en reprenant avec notre auteur une distinction déjà utilisée à un autre point de vue, et qui n'est pas sans apporter ici une grande lumière.

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