Cf. supra, 1. V. ch. iv. A
276 SAIXT THOMAS d'aQUIN.
culier, de la notion de bien [ratio boni) par opposition au bien incarné plus ou moins dans les objets de l'activité humaine. L'homme est libre parce qu'il a une norme d'action, qui est la notion de bien abstrait, grâce à laquelle il domine les jugements particuliers qui l'invitent à l'acte, et peut ainsi échapper à leur influence. Si, avec le matérialisme, on ramène la notion à une image; si l'on dissout l'universel dans le singulier plus ou moins « associé », le libre arbitre est exclu par là même. Mais on tombe alors sous le coup de précédentes critiques.
Ce qu'il faut concéder aux arguments du matérialisme, c'est que cet arbitre que, parlant absolument, nous déclarons libre, n'en est pas moins conditionné au dedans et au dehors par les activités matérielles. Tout le poids du monde pèse sur nous, tantôt nous inclinant dans le sens de notre loi, tantôt nous entraînant en sens contraire. Il ne dépend pas de nous que cela ne soit pas; mais il dépend de nous, sauf les restrictions introduites, que cela ne soit pas finalement vainqueur. Dans les termes prudents où elle se pose, cette thèse n'a rien à craindre des constatations de la science.
Reste le déterminisme psychologique, dont l'argument de fond ne se rencontre nulle part aussi précis, aussi clair que dans la Théodicée { de Leibnitz, ou dans la Critique de la Raison pure2, à moins que ce ne soit dans saint Thomas lui-même. Cet argument se résume en ceci que le libre arbitre, compris comme nous l'entendons, à savoir comme une indétermination du choix par rapport aux circonstances intérieures ou extérieures de ce choix; par conséquent comme un pouvoir de choisir autrement, dans des circonstances intérieures ou extérieures identiques, à la seule condition qu'on exclue de ces circonstances l'acte de choix lui-même — le libre arbitre, dis-je, ainsi entendu, fait