‹ S. Thomas d'AquinChapitre 47 sur 256 · Q. un. De Anima, loc. cit · texte numérisé non relu

Q. un. De Anima, loc. cit

On le voit donc, ce qui est répudié ici, c'est l'intellectualisme outrancier ou notionalisme; c'est le préjugé d'après lequel le réel ne serait qu'une sorte d'agglomérat d'abstractions, qui, énumérées, nous feraient tenir l'autre. Nous n'admettons comme idée du réel épuisant tout le réel que l'idée créatrice, et, quand il plait à Dieu, ce qu'il en communique aux esprits*. Mais cette descente d'idée, issue de la source où prend origine la matière comme la forme, est pleine de la richesse du réel. Au contraire, ce qui monte à nous par l'effort d'abstraclion de l'intellect est vidé en partie, pareil aux vapeurs de la mer où l'eau se distille, abandonnant aux sables et aux rochers toutes ses substances solides.

Quoi qu'il en soit, j'insiste à dire que, contrairement à de fausses interprétations, le principe de raison suffisante n'a rien perdu ici de ce qui lui revient en tant qu'il exprime la loi de l'être, c'est-à-dire en tant que dérivé du principe de contradiction. On dit seulement que l'être, en son ampleur, comprend de l'indéterminé, et qu'il y a donc des raisons qui ne sont pas les raisons des rationalistes.

Dans l'intellectualisme d'un Kant, d'un Descartes ou d'un Leibnitz, il n'est nullementnécessaire que l'univers s'enferme. Saint Thomas est intellectualiste à sa manière; mais on peut voir ici que cette manière est plus large. Dans l'être objet de la raison, il fait entrer quelque chose qui dépasse la raison en deux sens : en haut, parce que l'immatériel ne concerne plus qu'indirectement la raison abstraite ; en bas, parce que l'abstraction même défend à la raison qui procède ainsi de pénétrer ce dont elle abstrait. La nature est pour lui sans fond, comme l'esprit est sans fond, bien que ce soit pour des raisons contraires. Ce rapprochement nous aidera plus tard à comprendre le libre arbitre2. Pour l'instant, concluons que si, selon saint Thomas, tout ce qui se passe dans la nature a sa raison dans l'absolu de l'être, tout n'en devient pas

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