Cf. la pars, q. LXXXIV, art
l'idée générale de la connaissance. 107
du connaissant comme tel ; autrement il lui serait étranger, et ne pourrait communiquer avec lui dans l'acte commun qui constitue le connaître. L'aliment ne peut être étranger à ce qui se nourrit; il faut qu'une communauté de nature les assemble. Vautre se fonde sur le même, comme le mouvement sur l'immobile et le multiple sur l'un. Ce qui fait l'intelligibilité doit être, au fond, ce qui fait l'intelligence ; ce qui rend le sensible tel doit être ce qui rend le sens capable d'y boire. L'analyse, partant de là, poussera ainsi sa pointe : Rien ne nous est donné que dans son idée, en prenant ce mot au sens le plus large [species). Or le sentiment universel oblige à dire, et tout le contenu de la vie en porte l'affirmation : Nous connaissons les choses. Quel moyen de s'en tirer que de dire : La chose même est idée, et, par l'idée, l'intellect ou le sens pourront donc devenir chose. On pourra dire : Intellectas fît omnia, parce qu'on aura pu dire d'abord : Ex intelligibili in actu et intellectu in actu fit itnum; et cela même sera vrai, parce qu'il est vrai qu'en puissance -du moins, intelligibile et intellectus sunt unwn.
L'idéalisme platonicien est là ; corrigé ainsi qu'on l'a vu déjà, ainsi qu'on le verra davantage; mais persistant en l'affirmation si admirablement exprimée dans le commentaire sur le livre des Causes : « Chaque chose est connue par cela même qui la met en acte, et c'est ainsi l'actualité même de la chose qui est comme sa lumière1. »
On peut juger maintenant de ce que devra penser saint Thomas soit de l'objectivisme matérialiste, soit de l'idéalisme subjectiviste en toutes leurs nuances. Il les combat entant qu'exclusifs; il les absorbe clans sa synthèse. Il lui parait tout à fait insensé de vouloir, avec le premier, construire le sujet avec de l'objet, la conscience avec de la chose. 11 lui paraît absurde aussi de chercher à absorber l'objet dans le sujet à tel point que tout soit conscience ou