A. MATÉRIALISME ET IDÉALISME
Le matérialisme était représenté, pour saint Thomas, par les anciens naturalistes : Empédocle, Heraclite, Diogène d'Apollonie, Hippo, Critias et surtout Démocrite. Leur point de départ était que le semblable est connu par le semblable, en quoi ils ne se trompaient point tout à fait, ainsi qu'on l'a vu; mais ils étaient comme des hommes que la vérité poursuit dans le sommeil, et qui l'habillent de songes1. De ce que l'objet et le sujet doivent avoir quelque chose de commun, ils concluaient aussitôt qu'ils doivent avoir une composition identique. Platon même raisonnait ainsi ; seulement, ayant reconnu d'abord l'idéalité du sujet, il avait idéalisé le réel, pour ne pas désidéaliser l'âme. Les physiciens, au contraire, partant de l'objet matériel et le comprenant clans le sens le plus empirique, en composaient le sujet, de sorte que l'idéalité de la connaissance était sans nulle explicalion, quoique imposée par l'expérience la plus immédiate du moi2.
Cette opinion n'est pas soutenable. L'âme ne peut pas être un composé corporel; elle n'est ni une harmonie de propriétés matérielles, comme le voulaient Simmias, Empédocle et Dinarque3; ni une complexion d'organes, à la façon de Galien4; ni à plus forte raison un feu, un souffle, une vapeur, comme « l'imagination grossière » d'un Dé-