A. LA CRITIQUE I»2S SENS
Au sujet de la critique des sens telle qu'on la trouve en saint Thomas, il y aurait à faire d'importantes remarques. D'abord, le sens abstrait d'une certaine manière, n'absorbant du réel, par chacun de ses pouvoirs, que ce qui lui est assimilable. Et sans doute, abstrahere non est mentiri ; mais il y aurait meDsonge si la raison, interprétant le travail des sens, attribuait tel quel à la réalité extérieure le découpage qu'ils opèrent. La substance une est « disposée » de diverses manières par ses qualités1 ; mais il ne faudrait pas pour cela prêter à saint Thomas l'idée d'une réalité composée de pièces et recouverte d'une couche de peinture. L'accident n'est pas ens, mais cntis-; s'il n'a pas d'être propre, il n'a pas davantage d'essence propre, pas davantage d'unité propre3. Grâce à lui, la substance est déterminée à certains modes; mais puisque la réalité de ces modes est empruntée au fond substantiel, et que ce fond est un, la pluralité effective qu'ils affectent ne peut venir que d'ailleurs, à savoir des puissances connaissantes. La substance est réellement colorée, réellement sapide, réellement odorante; mais la couleur, la saveur, l'odeur ne sont trois qu'en nous.