‹ S. Thomas d'AquinChapitre 94 sur 256 · De ente et essentia, c. vu · texte numérisé non relu

De ente et essentia, c. vu

Il en va ici comme de ce qu'on a dit ou dira du découpage qu'opère l'esprit en ses jugements1. Quand je dis : L'homme est sage, je pose une dualité pour penser ; mais la réalité la nie pour être, et, en se dépassant elle-même, ma réflexion y consent. Le sens, lui, ne consent à rien; mais la pensée, qui le contrôle, doit remonter à l'unité de l'être, à travers la multiplicité des phénomènes.

Saint Thomas a dit : L'intelligence est proprement la faculté de l'être ; mais l'intelligence humaine, l'intelligence composant et divisant à cause de son union à la matière, ce n'est déjà plus, tout court, l'intelligence, et elle n'atteint donc l'être que d'une manière déficiente. A plus forte raison le sens, participation lointaine de l'esprit, pouvoir totalement immergé, non pas seulement lié à la matière, doit-il être suspect à la critique. Ce qu'il dit, est, mais non comme il le dit; et l'essence de la qualité, en tant que détermination de l'être, c'est la faculté de l'être qui l'aperçoit, c'est-à-dire l'esprit pur, à qui l'intuition de l'être est possible. En d'autres termes, le sensible est aussi intelligible, quoique non pour nous, et c'est en tant qu'il est intelligible, qu'il se rattache à l'être et qu'il est un en soi.

Autre remarque. C'est un principe constant, chez saint Thomas, que les qualités incluses dans la constitution de la puissance connaissante altèrent ou limitent son pouvoir, de telle sorte que l'objet, au lieu d'être atteint tel qu'il est en soi, subira les effets d'une relativité aux influences variables. C'est ce que dit cette formule : Intus apparens prohibet extraneum. On s'y appuiera, pour montrer que l'intellect est pleinement dégagé de la matière, devant connaître tous les corps et le corps en tant que tel2. Mais à l'égard du sens, ce principe n'est pas moins ferme. Car si le sens est affecté, au dedans, par quelque chose de ce qu'il doit connaître, il est lié pour autant, se trouvant déterminé d'avance, et s'il connaît pourtant, en raison de la

1. Cf. supra, t. I, 1. I, ch. n, B., et infra, ch. ir, H etl.

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